‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 276 sur 440 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

.M. d'Angers engage M. Aruauld à se justifier auprès de quelques théologiens de Ronae. Ses lettres sont bien reçues, mais ne produisent aucun autre effet.

Dans le temps même que M. Arnauld répondait au projet des Dominicains qui demandaient la jonction des disciples de saint Augustin avec l'école de saint Thomas, il se vit obligé de poursuivre une négociation avec Rome dans laquelle ses amis avaient voulu l'etnbarquer, et qui durait depuis quatre ans.

M. l'évêque d'Angers, son frère, lui en avait donné la principale occasion. Car ayant été obligé de remercier un ecclésiastique de la cour de Rome, nommé M. Crevœus, qui avait soutenu sa réputation auprès du pape, ce prêtre lui fil une réponse fort honnête au mois de juin de l'année 1659, Mais il témoigna que les mauvaises impressions que l'on donnait à Sa Sainteté de la conduite de ce prélat ne venaient que de la liaison qu'il avait avec M. Arnauld, son frère, parce qu'on le croyait trop attaché à ses sentiments, et opposé à ceux du pape et de l'Eglise '.

M. d'Angers ayant reçu cette lettre crut que c'était un engagement à M. Arnauld de lui en écrire une latine pour sa justification, qu'il pût envoyer à Rome. Et quoique ce docteur fût entièrement persuadé que ce travail lui serait assez inutile, il l'entreprit néanmoins, pour la satisfaction de M, d'Angers, plutôt que pour son propre intérêt, et lui écrivit en ces termes*....

1. Ici se trouve au œs. la lettre latine qu'on peut lire imprimée dans l'édition des Œuvres d'Arvauld (Paris-Lausanne), tome 1, p. 189.

2. La lettre d'Arnauld à son frère a été imprimée dans les Œuvres d Arnauld (I, 190) et dans la Causa Arnaldina (p. 639).

Comme M. Crevaeus avait le cœur droit et n'avait conçu de mauvais sentiments de la foi de M. Arnauld que par un excès de crédulité à de faux rapports et à des préjugés mal fondés, il fut tellement satisfait de cette lettre qu'il ne se mit plus en peine que de faire entrer dans les mêmes sentiments les théologiens de la sacrée congrégation, et il s'en expliqua ainsi à M. d'Angers, par une lettre datée du 29 novembre de la même année 1659 '.

M. d'Angers reçut cette lettre de Rome avec d'autant plus de joie qu'elle rendait justice à M. Arnauld en ne trouvant rien que de catholique et d'orthodoxe dans le sens qu'il donnait à chacune des cinq propositions. Il la lui envoya en diligence comme un témoignage authentique qui devait être capable de le consoler. Mais ce docteur étant persuadé que ce serait inutilement qu'il entreprendrait d'écrire au pape, ainsi que M. Crevreus le lui conseillait par le seul désir qu'il avait de l'obliger, il prit le parti d'écrire une seconde lettre latine à M. d'Angers, qui pût être envoyée à Rome pour éclaircir de plus en plus cette cour de ses sentiments, et voici ce qu'elle contenait'-....

Comme les mouvements de la cour de Rome sont lents, les suites de cette correspondance avec M. Crevœus furent tardives. Il avait promis de communiquer aux théologiens de la sacrée congrégation la première lettre que M. Arnauld avait écrite à M. d'Angers. Ce fut peut-être ce qui produisit quelque effet sur l'esprit du Père Hilarion, qui était l'un des principaux de ceux que le pape consultait sur les matières de théologie, et on apprit l'année suivante, par une lettre que le Père Séguenot, prêtre de l'Oratoire, écrivit au Père de Sainte-Marthe, datée du 27 de novembre, que le Père de la Mirande, de leur congrégation, mandait de Rome qu'il avait eu quelques conférences assez particulières avec le Père Hilarion, et [^qu'ils] s'étaient liés ensemble pour chercher les moyens de mettre bien M. Arnauld dans l'esprit du pape. Qu'à cet effet, le Père Hilarion l'avait une fois visité, lui qui ne se remuait pas même pour les cardinaux à cause de sa goutte, qui entrait jusque dans la chambre du pape porté

1. Le texte de cette lettre latiue est de luûtne dans les Œuvres (V Arnauld (I, 198).

2. De môme que les précédeutes, cette lettre est imprimée dans les Œuvres d' Arnauld (I, 200).

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