‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 278 sur 440 · LIVRE xxvirr · texte numérisé non relu

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fiers à Rome. De sorte qu'étant maintenant tout triomphants d'avoir fait révoquer avec infamie un mandement où rien ne les a tant piqués que de ce qu'on a voulu séparer la condamnation des propositions de la personne de Jansénius, n'est-ce pas se flatter de l'espérance du monde la plus vaine que de s'imaginer que ces mêmes personnes, dans ce même temps, se contenteront d'une déclaration où l'on condamnera seulement les propositions sans parler de Jansénius? Je vous avoue que cela ne me peut entrerdansTespril, et qu'ainsi je me croirais en fort mauvais état si mon repos dépendait de cet accommodement. Mais, par la grâce de Dieu, je me suis disposé à ne mettre mon bonheur qu'en ce qui dépend de moi, qui est le témoignage de ma conscience ; et quoique je ne sois rien, je crois pouvoir dire avec saint Paul, en qualité de chrétien et de prêtre: Gloria nostra hsec est, testimo ilium conscientiie nostrie ; et à déclarer à tous ceux qui forment si facilement des jugements désavantageux de ma foi : Mihi autem pro minimo est ut a vofns judicer, aut ab humano diCy sed neque me ipsumjudico ; qui autem judicat me, Dominus est. Ce n'est pas que je ne regarde comme un irai la mauvaise opinion que Ton a donnée de moi au pape ; mais je vous avoue que je le regarde comme un moindre mal que le moindre péché véniel et la moindre bassesse qui irait au désavantage delà vérité, que ma mère m'arecommandéenmourantdesouteniraux dépens de mille vies. C'est pourquoi je suis résolu, avec la grâce de Dieu, d'éviter, autant qu'il sera en moi, de rienfaire qui puisse donner de prise raisonnable contre moi, et après de ne m'inquiéter pas de tous les jugements du monde, et de souffrir plutôt toutes sortes de violences, ou temporelles ou spirituelles, que d'abandonner la défense de la vérité, ou de trahir ma conscience par aucun mensonge. C'est la disposition dans laquelle je prie Dieu de me faire vivre et mourir. »

Cependant le P. de la Mirande, étant revenu en France par l'ordre de ses supérieurs qui l'envoyèrent à Toulouse, en écrivit encore cette lettre à M. d'Angers :

« Monseigneur,

« Je n'ai pas peu de joie de voir [que votre] Grandeur est persuadée du désir que j'aurais de la servir, et M. votre

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frère aussi, que j'aurais été ravi de pouvoir entretenir, si la divine Providence et mes supérieurs m'en eussent donné les moyens. Attendant ce bien, que j'ose encore espérer quand il plaira à Dieu dont il faut suivre la conduite, j'ai cru que je devais ôter à votre Grandeur tous les soupçons et toutes les défiances qu'elle peut avoir conçus de la sincérité du Père Hilarion, parce qu'autrement ce serait en vain que nous travaillerions. Je proteste donc, Monseigneur, devant Dieu que je n'ai reconnu en ce Père qu'amour et cordialité, avec une passion extrême d'ôter à vos ennemis et à ceux de M. Ârnauldles occasions que son silence et la préoccupation où l'on est à Rome leur donnent de triompher, au grand préjudice de l'Église, et au regret de tous les catholiques véritablement désintéressés.

« J'en ai touché quelque chose par occasion à Ms"" de Comminges, qui est ici pour les affaires de son diocèse, et prêcha ces jours passés dans notre église à l'établissement de la famille du Saint Enfant Jésus. Ce prudent et sage prélat me fit l'honneur d'entrer dans mes sentiments, et reconnaissant les mauvais offices qu'on pouvait lui avoir rendus auprès du pape, me témoigna se vouloir servir du Père Hilarion pour y remédier, en quoi j'espère qu'il réussira aussi bien que vous, car ce Père s'y appliquera avec zèle et avec fidélité. Je l'y exhorterai en mon particulier, et comme il a confiance en moi, je me fais fort qu'il aura égard à mes raisons et à mes prières. Comme je suis sur les lieux, il déférera beaucoup à ce que je lui manderai, et représentera secrètement et naïvement à Sa Sainteté les choses de la manière qu'elles sont, et lui fera comprendre combien il est important pour le bien de l'Eglise qu'elle fasse justice à tout le monde. M. Fagnani est aussi très puissant auprès du pape. S'ils agissent tous deux de concert, comme il est facile de procurer (sjc), ils obtiendront des choses auxquelles on ne s'attend pas, et dont leurs ennemis aussi bien que les vôtres seront bien surpris. Ce dernier est fort vieux, et l'on ne saurait trop tôt l'employer si l'on veut qu'il serve. M. le cardinal François Barberin est fort lié au Père Hilarion. Il pourra encore faire agir M. Fagnani. Il ne coûtera rien de faire les avances que la prudence vous inspirera. M. Hache rendra fidèlement vos lettres, et quand le Père Dalmas, qui a l'honneur d'être connu de votre Grandeur, sera à Home, il

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