‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 288 sur 440 · LIVRE XXV m · texte numérisé non relu

LIVRE XXV m

nouvelle traverse ne fut pas capable d'empêcher qu'il ne prêchât avec vigueur dans sa cathédrale le jour de la Pentecôte. M. l'abbé Le Gentil assista à cette prédication, et fut tellement édifié de la manière dont cet évoque s'acquitta en cela de son ministère, qu'il en écrivit à Messieurs de Châlons et de Laon.

Jusqu'à ce temps-là, M. de Beauvais n'avait eu aucun commerce de lettres avec M. d'Alet, mais ayant commencé de lui écrire, il en reçut alors une réponse pleine de consolation, et qui lui marquait l'ancienne liaison de leurs deux mères. M™* de Buzanval d'une part, et M"'* Pavillon de l'autre, dans les exercices de piété*. Ce commerce ne fut pas fort fréquent; mais il produisit de bons effets pour les intérêts de l'Église, dans le temps que M, de Châlons agissait avec un peu plus de réserve et de tiédeur pour la défense d'une cause qui était commune à l'épiscopat. Car ce fut par cet esprit de retenue que les mandements de trois évêques contre la thèse des Jésuites ne furent pas publiés, parce qu'il en détourna lui-même ceux de ses confrères de Languedoc qui étaient les mieux intentionnés.

Tout se préparait en ce temps- là à la persécution, et M. *** paraissait en être fort persuadé, en écrivant le 27 mai cette lettre* à M. Taignier, avant que de partir de Paris :

« Vous ne m'avez prévenu que dans l'exécution de la pensée que j'avais de vous donner des marques de mon respect avant que de partir de Paris, et comme cette voie est la seule qui me reste pour m'en acquitter, et qu'il ne serait peut-être pas sûr ni pour vous ni pour moi que j'en cherchasse d'autres, c'est avec beaucoup de déplaisir et de confusion que je me vois réduit à ne pouvoir témoigner autrement que par de faibles paroles la passion tendre et respectueuse que j'aurai toute ma vie pour vous ; et je vous avoue que quand je ne l'aurais pas aussi grande par moi-

1 . Ce passage depuis : el qui lui marquait, a été barré au ras. par la M. Le Féroa et n'a pas été reproduit à la copie.

1. Oq lit eu marge du ms. : Voir de qui est cette lettre, Hermant avait écrit : Forbin de Janson, évêque de Digne, puis il a biffé sa note. Dans la copie, au contraire il y a en note : elle est de M. Vévéque de Digne Janson.

mêmf, la liaison que j'ai avec M. du TrouïUas', qui me fait entrer dans tous vos sentiments, serait capable de produire en moi le même effet. Comme j'espère de l'aller joindre bientôt dans sa petite solitude, je puis vous assurer que nous vous mêlerons souvent dans nos entretiens, et que si la compassion de vos maux nous donne de la douleur, l'exemple de votre constance nous donnera beaucoup de consolation et d'instruction tout ensemble. Car de la manière que les choses semblent tournées, tous les amateurs de la vérité se doivent préparer aux mêmes traitements que l'on fait à quelques-uns d'eux. Prions Dieu qu'il nous rende dignes de souffrir pour sa querelle, mais de souffrir d'une manière qui soit digne de lui, c'est-à-dire qui tourne à sa gloire, à notre sanctification, et à l'édification de l'Église. Mais ce n'est pas à moi à faire des leçons là-dessus, c'est à moi à profiter de celles que vous me donnez de votre retraite. Je vous demande, s'il vous plaît, les secours de vos prières et la continuation de la bonté que vous avez eue pour moi, vous assurant que de tous ceux à qui vous en faites part il n'est personne qui les reçoive avec plus de reconnaissance et de fidélité que moi. »

Le chapitre de Paris n'était pas lui-même sans embarras à cause de la vacance du siège, car les prélats regardaient leur conduite comme une entreprise et une usurpation, et M. de Glermont refusa à M" Thévenin, chantre, et de Gamaches, chanoine, la grâce qu'ils lui demandaient de la part de leur chapitre en qualité de grands-vicaires^ de donner les ordres dans le temps des Quatre-Temps suivants. Il leur déclara nettement qu'il ne serait jamais dit de lui qu'il aurait donné atteinte à l'épiscopat; que le chapitre n'avait point droit de prendre la direction du diocèse, et que c'était une entreprise très injuste. M. de Babylone, qui leur avait promis de faire l'ordination tomba malade. Enfin M. de Broc, évêque d'Auxerre^, la fit, mais sans donner la confirmation, quoiqu'il en eilt été prié'.

1. Ëtieune de Lombard, couau sous le nom d'abbé du Troiiillas. D'abord jésuite, il se retira à Port-Royal des Champs, li devint secrétaire de M. de Jaason, alors évoque de Digne, et mourut en 1689.

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