LIVRE XXIX
maltraité un de leurs frères lais. Jugez du rapport qu'il y a entre un portier ou un jardinier avec un prêtre. Si vous allez au noviciat, on ne vous refusera pas le rescril du pape à Messieurs de Louvain, ni les tables de nos thèses. Mandez-moi, s'il vous plaît, si je dois espérer cet accord, je suis tout étonné que vous ne m'en ayez rien écrit. »
C'est une chose étonnante que dans un temps où les Jésuites paraissaient victorieux et triomphants de tous ceux qui pouvaient s'opposer à leurs desseins, ils aient été réduits à implorer une aussi faible protection qu'était celle du sieur Marandé, et à mettre leur confiance en la plume do cet ancien" greffier de la cour des aides, homme méprisé et méprisable, et auquel les disciples de saint Augustin n'ont jamais daigné répondre. Cela fait voir leur faiblesse en ce genre d'écritures et le mauvais goût du P. Ferrier, qui pour l'engager de plus en plus dans leurs intérêts le combla en ce temps-là de civilités par cettre lettre, copiée sur l'original ;
« Monsieur,
« J'ai parlé à un libraire de cette ville pour savoir s'il voudrait entreprendre d'imprimer votre ouvrage de V Infaillibilité du pape. Il a accepté avec plaisir, et je lui ai promis de lui avoir la permission et les approbations nécessaires. Une seule chose lui pourrait faire de la peine, c'est le défaut de privilège de M. le chancelier. Car il y a sujet de craindre que, n'ayant pas de privilège, on réimprimera votre ouvrage à Paris ou à Lyon, et le libraire qui l'aura imprimé se trouvera frustré par ce moyen du fruit de son travail. Possible qu'il se pourra trouver quelque remède à cet inconvénient.
u Je ne doute pas que votre ouvrage ne soit de grand débit. Votre réputation est si grande dans toute la France et dans les pays étrangers, que toutes les personnes intelligentes seront ravies d'avoir une pièce sur un sujet de cette importance qui soit de votre main. C'est le dernier refuge des jansénistes que de révoquer en doute l'autorité du Saint Siège, et si on les chasse de ce fort, je ne sais s'ils trouveront quelque autre chicanerie pour autoriser leurs erreurs.
« Il est vrai que j'ai reçu un écrit dans lequel ils demandent qu'on leur fasse voir quel est le sens de Jansénius. Ils ne
veulent plus disputer si les cinq propositions sont dansl'Awgustin de Jansénius, ni si elles sont hérétiques dans le sens de Jansénius. Mais ils demandent qu'on leur montre quel est le sens de Jansénius sur les cinq propositions; et ils sont dans cette persuasion qu'il est impossible de donner un sens à ces propositions qui ne soit catholique, s'il est de Jansénius, ou (jui soit de Jansénius s'il est hérétique. Cela veut dire que le pape s'est trompé, ou pour avoir attribué à Jansénius les cinq propositions dans un sens qu'elles n'ont pas selon la doctrine de ce prélat, et par conséquent qu'il n'est point infaillible dans les questions de fait; ou pour avoir condamné ces propositions corume hérétiques en un sens qui est très catholique, et ainsi qu'il n'est pas infaillible dans les questions de droit. Quel moyen de remettre dans le bon chemin des personnes si obstinées dans leurs erreurs? II ne serait pas difficile de leur marquer distinctement le véritable sens de Jansénius sur chaque proposition. Mais ils n'en demeurent pas d'accord avec les catholiques, et si les uns les accordent, les autres ne l'approuveront pas. Et si tous en demeurent là avec nous, ils s'obstineront àdire que les propositions ne sont pas hérétiques en ce sens, et que le pape n'a jamais prétendu les condamner en ce sens. Il serait à souhaiter qu'ils s'avançassent jusqu'à ce point. Car s'ils demeuraient d'accord avec nous du sens de Jansénius, il serait aisé de faire expliquer le pape là-dessus, si ce qu'il a fait n'était pas suffisant. Mais après tout ce sont des hérétiques, et ils ne se mettent pas tant en peine de connaître la vérité que de pallier leurs erreurs.
« Continuez donc, monsieur, à travailler contre eux pour la défense d'une des plus importantes vérités du christianisme ; et si vos travaux ne travaillent pas à leur conversion, ils serviront pour affermir les fidèles dans la créance des vérités catholiques, et leur fourniront des armes pour se défendre contre les surprises des hérétiques.
« Je vous supplie de compter sur moi, et que je suis avec autant de passion que le saurait être M. de La Font, votre intime ami,
« Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
« J. Ferrier.
« De Tolose, le 5 juillet 1662. »