‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 33 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

de donner le poids et le branle aux choses, et de faire par votre crédit trouver bonne une chose qui paraîtrait mauvaise, et mauvaise une chose qui paraîtrait bonne. On est assuré que votre doctrine est profonde, que vos lumières sont merveilleuses, que vos intentions sont toutes sincères, que votre sagesse peut servir de règle et d'exemple. Si vous portez le monde à signer sans restriction, et si vous signez vous-même en cette manière, il est tout â fait à craindre que vous ne détruisiez en un moment tout le bien que vous avez fait et tous les services que vous avez rendus à l'Église par vos admirables ouvrages, et que vous ne fassiez des maux incroyables et irréparables. Je vous conjure donc, Monsieur, en me prosternant à vos pieds en esprit, et ayant le cœur tout plein de larmes, je vous conjure de nouveau de vous mettre encore de nouveau en prière sur celte affaire, de considérer si c'est une justification d'une profession publique de foi que ce mandement. Mais il faut que Dieu vous le fasse voir lui-même : maneat fidei robur immobile. Renonçons à tous les accommodements humains; ne trahissons point notre foi, sous des couleurs et des prétextes qui se dissiperont et qui ne nous laisseront que la douleur et la honte d'avoir fait ce que nous aurons fait. Mais hélas! qui suis-je pour vous écrire de cette sorte? Que je dois avoir de confusion de ma liberté, moi qui suis le dernier de tous les hommes, de parler ainsi à celui qui est peut-être le premier homme de l'Eglise par les talents et les grâces que Dieu a mis en lui. Il faut bien, Monsieur, que je me fie à votre charité, à votre patience et à votre humilité, pour vous parler de cette sorte. Au moins je puis vous assurer que ce que j'écris n'est point un emportement, mais une effusion toute tranquille et toute tendre de mon cœur. C'est l'effet pur de l'affection toute forte et toute immuable avec laquelle je vous honore. Je vous demande très humblement pardon : factus sum insipiens; mais votre charité vous fera excuser une folie. Je me recommande très humblement à vos saintes prières, et soyez assuré. Monsieur, qu'il n'y a point de personne sur la terre qui soit plus passionnément à vous que je le suis en Noire Seigneur Jésus-Christ. »

On a plus d'un écrit de M. l'abbé Le Roy sur une matière si importante, qui lui faisait souffrir dans le cœur d'étranges convulsions, et il ne sera pas inutile que le public en soit

instruit, parce qu'il est important de faire connaître à tout le monde que les disciples de saint Augustin n'étaient engagés dans cette dispute que par le seul amour de la vérité qu'ils préféraient à toutes choses. [Voici l'écrit qu'il envoyait à M. Arnauld] * :

Réflexion» sur le mandement des vicaires généraux du diocèse de Paris touchant la signature du formulaire.

« Il faut que nous demandions à Dieu de tout notre cœur que n'étant tous que les enfants d'un même Père, et participant tous à un même pain, nous n'ayons tous que les mêmes sentiments et que le même esprit, et que nous soyons tous si parfaitement unis que nous n'a^^ons tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme. C'est dans la rencontre des différends • et des difficultés qui arrivent sur le sujet de la religion et de la foi que nous devons principalement désirer et demander avec des gémissements cette conformité et cette union, et nous ne devons rien dire ni écrire qui ne tende à y contribuer. Mais il faut que cette union et cette conformité de sentiments soient à l'égard de la vérité et de la justice; et quand il nous paraît que nos frères s'en veulent éloigner, nous sommes dans une nécessité absolue de ne nous point accommoder à leurs pensées et à leurs desseins.

« Si nous n'étions point dans un siècle aussi misérable, aussi faible, aussi éloigné de la générosité évangélique et sacerdotale qu'est celui-ci, il est très certain que nous ne serions nullement en peine d'examiner s'il est permis de signer le formulaire en conséquence du mandement, car on rejetterait absolument le mandement, ou plutût on ne serait point en peine de le rejeter, parce qu'on ne l'aurait point fait.

« Ce mandement ne tend qu'à persuader, que non seulement il n'y a point de mal de signer le formulaire; mais que même on y est obligé. Il autorise tout à fait ce formulaire; il le publie et le présente aux fidèles comme une chose fort bonne, fort recevable, fort dans l'équité, fort utile et fort nécessaire à signer. 11 en commande absolument

1. C'est à tort que la copie a fait de ce qui suit un chapitre spécial. Il n'en est pas ainsi au ms. car les Réflexions, etc., sont celles que l'abbé Le Roy annonce dans la lettre ci-dessus à Arnauld.

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