LIVRE XXV
l'acceptation et la signature. Il blâme ceux qui prétendent que ces propositions ne sont pas de Jansénius en ces termes : « Néanmoins on aurait mû une question de fait, et prétendu que ces propositions n'étaient pas de Cornélius Jansénius, évéque d'Yvres, et n'auraient point été condamnées au sens de cet auteur. Ce qui ayant de nouveau troublé la tranquillité de l'Église aurait donné sujet à notre Notre Saint Père Alexandre VII de prononcer sur cette question par sa bulle du 16 octobre 1656. » Il fait considérer comme une chose fort louable la publication qu'on a faite dans le diocèse de cette bulle, quoique elle décide que les propositions sont de Jansénius. Il commande ensuite que l'on signe le formulaire. Jusque là il n'y a rien qui ne pût venir de ceux qui sont les plus passionnés pour confondre le fait avec le droit et le convertir en article de foi. Ensuite il ordonne qu'à l'égard même des faits décidés par les dites constitutions, et contenues au dit formulaire, tous demeurent dans le respect entier et sincère qui est dû aux dites constitutions, sans prêcher contre et disputer au contraire, et que la signature d'un chacun sera un témoignage de ce respect. Jusque là il n'y a encore rien qui favorise ceux qui croient que le mandement donne liberté de signer le formulaire; car ces termes sont équivoques, ambigus et captieux, et peuvent fort bien contenter ceux qui veulent que l'on signe le formulaire absolument dans toutes ses parties, comme un article de foi. Il n'y a donc que ces paroles-ci : « Comme de leur croyance pour la décision de foi » qui donnent cette ouverture merveilleuse que l'on croit avoir trouvée de signer en conscience, à cause que ces paroles étant ensuite des autres signifient quelque distinction du fait et du droit. Mais ne faut-il pas demeurer d'accord qu'elles sont si ambiguës, équivoques, obscures et captieuses, que ceux qui veulent que le fait soit un article de foi peuvent les tirer à leur avantage, et qu'ils peuvent les étendre sur le fait aussi bien que sur le droit?
« Ces termes permettent seulement d'avoir intention de ne croire que le droit et de vouloir que la signature en ce qui est du fait ne soit qu'un respect et une déférence. Voilà toute la grâce que fait ce mandement, de donner la liberté de distinguer dans son esprit ce qu'on ne pourra distinguer en signant, et de rectifier son intention en faisant une pro-
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teslation publique de croire ce que l'on ne croit pas. Sans doute il ne fait autre chose que de permettre à chacun de démêler dans son cœur ce fait d'avec le droit, et de partager ses intentions à l'égard de ces deux sujets, quoiqu'effectivement il déclare en public par sa signature, quUl ne démêle et qu'il ne distingue rien et qu'il croit et reçoit tout conjointement et confusément comme un article de foi. N'a-t-on pas prouvé invinciblement par tous ces écrits qu'il est impossible de signer ce formulaire sans signer le fait avec le droit, comme un article de foi, tant ils sont confondus ensemble? Ce mandement détruit-il cette écriture?
« Est-il permis à des personnes éclairées de se bander les yeux comme on témoigne de le vouloir faire pour se jeter dans le précipice? Est-il permis à des chrétiens de déguiser et de dissimuler? Y eut-il jamais de dissimulation, si ce n'en est point une de signer le fait en ne croyant pas ce qu'il contient. La permission que les grands vicaires me donnent de n'avoir que du respect pour le fait et de ne faire tomber une créance que sur le droit ferait-elle changer de nature aux expressions si naturelles du formulaire? M'exemptera t-elle d'être un trompeur et un menteur devant Dieu et devant les hommes?
« Les grands vicaires ordonnent que la signature sera un témoignage de respect pour les faits contenus dans les constitutions, et de la croyance pour la décision de foi : donc il m'est permis de signer le formulaire. Je ne comprends pas celte conclusion. Ce formulaire décide comme un article de foi la décision du fait. Par conséquent je ne puis éviter que mon témoignage de ma créance pour la décision de foi ne tombe sur le fait. Et de ce que l'on dit que cette signature sera un témoignage de respect, cela n'exclut point que cela ne soit aussi un témoignage de foi, puisqu'on ne saurait rendre un plus grand respect à une constitution qu'en la recevant comme un article de foi. Si ma signature est un témoignage de ma créance pour la décision de foi, cela signifie très naturellement devant toutes les personnes raisonnables que je crois le fait comme une vérité de foi, puisqu'il est décidé dans le formulaire, et que c'est de là décision de foi faite dans le formulaire que les grands vicaires entendent parler. Il est donc visible que le biais et l'adresse dont ils ont voulu