LIVRE XXlJt
n'y avait encore que trois jours que deux soldats de l'ambassadeur ayant eu entre eux une petite querelle sur la place, le porlon s'ouvrit au bruit qu'ils firent, et qu'on vit sortir aussitôt tout le corps la mèche allumée, et toutes les troupes rangées comme pour une faction de campagne.
Qu'il priait Son Excellence M. de Lyonne de considérer par sa bonté en quel état était réduite Kome, puisqu'au dedans même du palais de Son Excellence M. l'ambassadeur, il y avait des hommes jusqu'au nombre de six cents, sans sa famille qui était de deux cents hommes; que l'on parlait de faire une compagnie de cavalerie, et que Son Excellence et ses adhérents en avaient suffisamment pour les assembler tout à la fois; mais que ce qui était plus important, était qu'en plusieurs endroits de Rome on levait des troupes pour Son Excellence ; mais que pour ôler l'apparence de cette levée, on leur donnait la liberté, et on en était convenu avec eux, de se rejoindre et d'accourir lorsqu'ils seraient mandés selon le besoin qu'on en aurait, et que depuis peu de jours on en avait enrôlé douze dans une seule hôtellerie, lesquels ayant été découverts avaient donné occasion de retrouver plusieurs autres pratiques semblables; et qu'encore que M. le cardinal d'Esté affectât en apparence de ne se faire accompagner que d'un petit nombre d'eslafiers, et de ne faire aucun mouvement, néanmoins on savait très bien qu'il n'omettait rien de ce que Ton pouvait entreprendre pour parvenir k cette même fin, et que par la considération de sa main et de son autorité on avait une juste occasion de soupçonner quelque chose encore de plus que ce qu'on en pouvait remarquer; que l'on ramassait tout ce qu'on pouvait trouver de piques dans tous les quartiers; que l'on travaillait sans cesse à faire des
balles de plomb, des mèches et des , dans le Palais de
Son Excellence ; que l'on y amassait aussi quantité de poudre; et que le pape de son côté avait fait chercher beaucoup de grenades et de bombes ; que de plus on savait très bien qu'il y en avait un grand nombre dans l'arsenal de M. le cardinal Antome ; que quelques offices que Ton rendit à M. l'ambasscideur, et de quelques lénitifs dont on se servit à son égard, il ne s'adoucissait point, et au contraire il prenait tous les jours de nouveaux prétextes de rupture et de mécontentement. Qu'il s'en inventait qui n'étaient
530 MÉMOIRES DÉ CODEFROl flERMANT
nullement véritables pour justifier la conduite que l'on tenait, et qu'on ne laissait point de publier avec menaces qu'on avait dessein de faire voir qu'il y avait à Rome un ambassadeur de France; de faire paraître des ressentiments, d'attaquer les personnes jusque dans leurs propres maisons, et comme s'ils eussent déjà tenu Rome dans leurs mains, ils avaient donné avis à quelques personnes, comme étant de leurs amis, de bien garder leurs maisons ; que dans l'état où étaient les choses, le peuple épouvanté demandait qu'on prît les armes pour sa défense ; que les capitaines des quartiers en faisaient des instances aux sénateurs dans le Capitole ; que les barons trouvaient des soldats qu'ils armaient pour leur défense ; que les autres étaient soupçonnes d'en chercher sous ce prétexte, quoiqu'ils n'eussent aucun sujet légitime de le faire ; et qu'il n'y avait ni condition, ni personne de quelque état que ce pût être, qui ne fût dans la terreur et dans la confusion. Que Son Excellence même M. de Lyonne, connaissant Rome comme il faisait, savait bien de quoi le peuple était composé, combien ces dispositions étaient dangereuses, combien elles demandaient de promptes provisions et des remèdes vigoureux ; que dans toutes ces circonstances, il priait Son Excellence de considérer ce que le pape avait pu faire, et ce qu'il avait fait effectivement.
Que certainement, sans s'arrêter à aucune autre considération, tout bon prince n'ayant pas même aucun égard à peser toutes ces choses ensemble, mais s'arrêtant seulement à chacune en particulier, aurait fait même avec péril et préjudice des autres tout ce qui aurait été capable de lui procurer la paix, parce que la seule nécessité qu'on a de se défendre dispense de tout le reste et engage à pourvoir à son salut, à sa sûreté et ix la tranquillité publique ; que néanmoins Sa Sainteté usant de sa grande patience, quoique la chose la touchât moins en particulier et lui fût moins dangereuse qu'elle ne l'était à l'égard de la ville de Rome, avait voulu faire voir jusqu'à quel point elle aimait et estimait la majesté du roi très chrétien en la personne de ses ambassadeurs, et comme pour commencer par donner toutes sortes de satisfactions à son Excellence [elle] avait fait éloigner les Corses de son palais, et les avait fait tenir en état de ne pouvoir plus être spprchendés so u