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quelque prétexte que ce fût, donnant parole qu'ils ne feraient aucun tort, et offrant de plus de [les] faire sortir de Rome, (>t de substituer en leur place, pour le service de la justice, ceux qui s'étaient trouvés dehors dès le commencement 'le cet accident. Que si tout cela ne suffisait point, elle avait remis à la disposition de la congrégation députée à cet effet et du chef de ses troupes, d'ordonner ce qu'ils trouveraient à propos de ce peu de milices qui se trouveraient alors à Rome, afin qu'elles fussent distribuées dans des lieux particuliers, pour éloigner les mécontentements et les inconvénients qui en pourraient arriver de la part de la plus vile populace; que pour cet effet l'on avait ordonné deux corps de garde, l'un dans la rue Giulia, auprès des prisons, du côté desquelles il y a plus de périls à craindre dans les tumultes populaires, parce ce que l'on en peut toujours tirer deux cents hommes, toujours disposés au pis au préjudice du bien public, en ouvrant seulement une porte ; l'autre qui répondait à l'église Saint André de la Vallée pour avoir au cœur de Rome un corps de soldats qui pût accourir promptement où le feu aurait commencé à s'allumer, avant que les troupes fussent introduites en ces deux quartiers, l'un de ces deux corps étant composé de deux cents personnes, et l'autre de trois cents. Que M. l'ambassadeur ayant dit, en partant de Rome qu'il voyait bien par ce procédé que l'on avait dessein d'assiéger son palais. Son Excellence M. de Lyonne voyait bien combien il y avait peu de raison, vu la grande distance qu'il y avait de Saint André de la Vallée au Palais f'arnèse, de donner le nom de siège à cette disposition de troupes faite en cette manière ; qu'on l'obligeait d'abord de dire à M. l'ambassadeur qu'elles étaient assemblées pour défendre Son Excellence, et que dès qu'il se serait désarmé elles se retireraient entièrement à l'instant même.
Que dans le temps que le bailli de Valençay était à Rome, sans qu'il s'armât ou qu'il menaçât de la saccager, on avait planté un corps de garde droit devant sa porte, de sorte que quiconque en sortait avait les canons des mousquets en face, dans une distance égale à celle de la largeur de toute la rue, et qu'avec tout cela cet ambassadeur ne s'en plaignait point, disant qu'un prince n'offense personne en agissant pour sa garde et pour celle de son
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peuple ; que ces deux quartiers ne se voyaient plus alors vers le palais de M. l'ambassadeur, et que le premier en était plus éloigné qu'il n'avait été d'abord de celui des Corses ; que cela se faisait en un temps où l'on n'en pouvait faire moins dans une nécessité évidente que l'on en devait encore même faire beaucoup plus; qu'il avait même entre les mains le pouvoir de l'empêcher, de sorte qu'il était étrange qu'il se plaignît qu'on l'assiégeât, dans le temps qu'il donnait de la terreur au pape et à son peuple, et leur faisait craindre qu'il ne les attaquât ; que quelques soldats de milice étant venus à Rome de Seltri et de Viterbe, avaient été introduits pour la garde de^ portes, afin d'empêcher l'arrivée d'un si grand nombre de troupes qui y venaient par des défilés et que l'on voyait lever et amasser de toutes parts, et que pour cet effet on avait fermé trois portes de la ville, dont le tour était vaste, et que Son Excellence savait bien qu'il n'y avait pas d'autre moyen de pourvoir à de semblables inconvénients, et qu'il était impossible d'y remédier qu'en empêchant l'arrivée des nouvelles troupes.
Que s'il eût été aisé en cette occurrence d'approcher promptement du roi, certainement Sa Sainteté n'aurait point usé d'aucune autre précaution dans tous ces périls extérieurs de la ville et du Saint Siège, que d'avoir recours à Sa Majesté et de la rendre juge de ce qu'il était à propos de faire, comme étant tout ensemble défenseur de l'État et du salut, non seulement de ce peuple, mais aussi du Saint Siège apostolique et de l'Eglise tout entière, et lui remettre toute cette affaire entre les mains, et d'en attendre le remède de cette piété royale dont on ne se pouvait promettre que de grands biens dans une cause si juste ; et si la nécessité pressante et le péril éminent(stc) ne donnaient point lieu à cela, au moins Sa Sainteté avait voulu ne rien faire de plus que ce qui était en son pouvoir, savoir de garantir les choses d'un accident imprévu en attendant des mains de Sa Majesté les effets qu'elle espérait en recevoir.
Qu'il ne s'était rien fait que cela, et rien plus, et que comme, selon le sentiment de toute la cour de Rome, cette conduite devait être capable d'apaiser, non seulement M. l'ambassadeur, mais ceux qui le remplissaient d'animosité, aussi Sa Sainteté espérait que Sa Majesté reconnaîtrait
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les sentiments si tendres d'un père plein d'affection qu'il conservait toujours sans altération envers elle, et qu'elle ne permettrait pas que le premier ambassadeur qu'elle lui envoyait depuis qu'elle avait pris le gouvernement de son royaume portât autre chose dans le monde que des occasions d'une très grande édification, et^conforme à la piété très chrétienne de Sa Majesté et qu'elle avait toujours témoignée avec tant de marques de mérite et de gloire dans toutes les occurrences publiques de l'Église et de la religion.
11 priait Son Excellence de croire qu'en toutes les choses qui étaient arrivées jusqu'à ce temps là, ses sentiments avaient toujours été tels que pouvaient être ceux d'un respectueux et très humble serviteur de Sa Majesté, et qu'il en ressentait l'impression jusqu'au fond de son âme; que ces occasions présentes lui donnaient occasion de les exprimer à Son Excellence, non pas dans les rencontres pareilles à celles qu'il aurait bien désirées du service de Sa Majesté, envers laquelle sa très humble et très véritable dévotion serait toujours immuable, comme l'estime qu'il faisait de Son Excellence et l'obligation de la servir s'augmenterait de jour en jour, [lui] baisantlesmains d'un cœur sincère et très vif.
A Home, l»"" septembre 1662.
Signé :
De votre Excellence, Le serviteur, le cardinal Chigi,
11 fallait quelque chose de plus net et de plus positif que cette longue apologie pour satisfaire la cour de France et pour guérir une plaie aussi profonde qu'était celle qu'elle croyait avoir reçue en la personne de M. l'ambassadeur.
Le bref de Sa Sainteté au roi, dont il est parlé dans cette lettre du cardinal Chigi, ne fut point aussi capable d'adoucir l'esprit de Sa Majesté, ni de lui faire oublier si promplement une injure si atroce, parce qu'il paraissait qu'on la regardait à Rome comme une chose trop légère et de peu de conséquence, et que l'on ne se mettait pas en peine d'en faire une suffisante réparation.
Voici la teneur de ce bref :
« Carissimo in Christo filio nostro Ludovico, Francorum llesii christianissimo.
« Alexander Papa VII.
« Carissime in Christo fili noster, salutem. Ingenti molestaque adeo amaritudine replevit animum nostrum gravis excessus quem hic aliqui perpetrarunt ex militibus Corsis insultis à familiaribus dilecti filii nobilis viri ducis de Crequy. Majestatis tuse oratoris, provocati, ut vix sane nobisipsis ex assiduis paternae dilectionis erga le stimulis notum facere possimus, nisi majores et insigniores ejus rei declarationes jugiter exhibuerimus. Hinc est quod praeter injunctastatim districleque mandata nuntio pênes Majestatem tuam apostolifiojussimus eodem tempore cardinaliChigi,nostrosecundum carnem ex fratre nepoti, ut tam ad oratorem quam ad oratricem, cui profecto ob atrociscasus horrorem praecipue compassi sumus nomiae nostro quam acrius accederet, et doloris quo afficeremur luculentam significationem illis offerret. Et quamvis cardinalis in eis adeundis difficuUatem non modicam expertus fuerit, tamen sola respeclus tui ratio, et eis satisfaciendi studium omnia posthabenda persuasit, ut hujusmodi sensus nostri cognitio, qui magis conspicuus esse posset, oratori perveniret. Imo, cum nepos idem noster invisenda3 oratricis ob aegritudinem invenire aditum minime posset, tamen carissimamin Christo filiam nostram reginam Suedia» oratum misimusut utriquevellet ea officia perferrequaealiarationeadhucpenetrarenequiveranljCredentes nimirum quod Régi na semper erga te praecipuam amicitiam professa fuit, quœque in hoc negotio prima pênes nos pro Majestatis tuœsatisfactionibusinstitit, posset etiamobamplitudinem regiam locupletior et dignior promptiludinis nostra? et ejus quod effecimus testis accedere ; et nihilominus nondum etiam plane contenti, Majestatem tuam coram complecti vellemus, et optimse voluntatis ostensione prse oculis tuis paternumamorem, etsimul noStri cordis modestiam exhibere. Sedqnoniam his plane locus esse non potest, animo saltem caritatis Apostolicœ brachia vel hinc extendimus, ut hujusofficii testificatione te certum omnino reddamus injuriam oratori tuo factam propriam existimare, et tanquam talem a nobis jam demandatam et mox exsequendam esse omnem justam severœ ultionis animadversionem. Huicrei hominum doctrinâet virtutespectatoriim congregationem députa vimus, inter quos Preelatum quoque posuimus qui clientelc'e tuœ caracterem habet. Praetereaè sacro cardina-
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Hum coUegio viros iategritate etprudentiâ longe conspicuos elegimus, consultandis rationibus quibus Majestati tuae satisfieri plane possit.Porro de singulari judicio et prudentiâ tuîi nobis pollicemur eam sane minus fidei prsebituram esse sinistriset alienisinterprelationibus ab omni veritate abhorrenlibusel in sola calumnia, ac expressionum malignitate fundatis, quam ipsis nobis, qui paterne animo et loco tibi sum us, ut in oratoris tui personaatque actu ipsa laesi. Nec dubitamus quin banc sanctam sedem tanquam matrem tuam sensibus pietatis in regia domo haereditariis respicere velis. Hacsane confidentia freti te in Domino amantissime complectimur, rogamusque nos agnitione sensuum tuorum solari velis ; tum pollicemurquodsiquidremanetquodjustedesiderarepossis, id certe à nobis paternoauditu omni cum animi promptitudine excipietur. In eamdem sententiam loquitur archiepiscopus Caesareœ, nuntius noster, cui fidem haberi cupimus. Majestati tuae benedictionem Apostolicam intérim ex omni corde profectam impertimur.
« Datum Romœ, apud S. Mariam Majorem, sub annulo piscatoris, die 28 Augustil662. Pontifieatûsnostri annoS'. >>
Comme le roi ne voyait pas que les effets répondissent à ces paroles si spécieuses de Sa Sainteté, ce bref ne changea rien dans sa disposition, et son mécontentement augmenta lorsque M. de Créquy trouva la liberté de lui faire tenir secrètement cette lettre, dès qu'il crut le pouvoir faire après sa retraite de Rome* :
« Sire, « Les ordres que j'ai su que le pape avait donnés d'arrêter tous les courriers, et particulièrement tous les Français, m'ont obligé d'attendre que je fusse presque hors de ses terres pour pouvoir dépécher celui-ci à Votre Majesté avec plus de sûreté. Je le lui envoie pour lui faire savoir que les continuelles entreprises de la cour de Rome ensuite de l'affaire qui y arriva le 20 du passé m'ayant fait juger que je ne pouvais plus avec bienséance et dignité demeurer dans une ville où il se faisait tous les jours de nouveaux attentats contre le respect qui vous est dû, je pris la résolution jeudi dernier d'en sortir le lendemain, et
1. Un extrait de cette lettre est donné dans la Gazelle n" 109.
d'obliger tous les cardinaux de la faction [française] à en faire autant. Pour cet effet, après avoir communiqué ce dessein le jeudi à M. le cardinal d'Arragon et à M. l'ambassadeur de Venise, j'envoyai dès le soir même M. de Bourlaymont* à M, le cardinal Chigi pour lui dire que je sortirais le lendemain de Rome avec tous les cardinaux de la faction française, et selon cela j'en sortis le vendredi l*' septembre sur les huit heures du matin de France avec ma femme et une partie de ma famille, laissant le reste dans mon palais en attendant les ordres qu'il plaira à Votre Majesté de me donner. M. le cardinal d'Esté partit de ce même temps que moi, et me doit venir trouver au même lieu où j'ai dessein de m'arrêter. M. le cardinal Mancini^ se retira aussi le même jour, d'un autre côté ; et pour M. le Cardinal Ursin, je ne sais point encore ce qu'il a fait, ni s'il aura tenu plus de compte de ce que je lui ai fait dire là dessus qu'il n'en tint dernièrement, lorsque je le fis avertir qu'il ne devait point aller au consistoire dont le cardinal même d'Arragon s'abstint, pour témoigner la part qu'il prenait aux intérêts de Votre Majesté, suivant les ordres qu'il en avait du roi son maître.
« Il serait long, Sire, d'exagérer' par le détail à Votre Majesté combien de choses m'ont obligé à prendre le parti que j'ai suivi; mais quand elle connaîtra seulement une partie de celles que le Palais a faites, elle jugera bien que l'intérêt de sa dignité et de sa gloire, que je voyais continuellement blessé par des procédés outrageux, ne m'a [pas] permis d'en pouvoir user d'une autre sorte. Car enfin, Sire, Votre Majesté saura que toute l'application de la cour de Rome ayant été de soutenir avec violence ce qui avait été si insolemment entrepris contre toutes les lois et le droit des gens, elle avait fait venir des troupes de tous côtés; qu'il était entré dans la ville quatre ou cinq cents hommes de guerre, tant cavalerie qu'infanterie ; que je m'étais vu chaque jour investi d'un nouveau corps de garde ; qu'on en avait mis huit ou dix autour de mon palais, qui y étaient
1. Louis d'ÂDglure de Bourleiiiout, mort «ichcvêqu' ilr Bordeaux en
2. François-Marie Maociui (1(i(lti-1672), frèi-e du beau- frère de Mazarin, avait été élevé au cardinalat eu 1660 à lu demande de Louis XIV.