‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 334 sur 440 · LIVRE XXÏX · texte numérisé non relu

LIVRE XXÏX

rangés avec des bateaux ' dans toutes les rues qui y aboutissaient; qu'on en avait encore mis deux autres : l'un devant la maison de M. le Cardinal Antoine, et l'autre devant celle de M. le duc Cesarini avec des pareilles barricades; et à moins que d'entrer dans une guerre ouverte contre Votre Majesté, on ne pouvait pas faire des démonstrations qui en eussent davantage toutes les apparences. La congrégation même qui était composée des cardinaux Sachetti, Franciotti, Gorredo, Rospigliosi, Chisi Pio, Impériale, Parnèse Azzolini, et qu'il semblait ne devoir être établis que pour donner des satisfactions à Votre Majesté, fait voir une passion inconcevable de seconder tous les désirs des parents du pape. Mais véritablement il n'y a pas sujet de s'en étonner beaucoup, le choix de ces messieurs là ayant été fait en sorte que le plus grand nombre des suffrages dépendait de leurs moindres mouvements. Ce n'était qu'ordres tous les jours de fortifier la ville de troupes dans l'alarme qu'ils feignaient d'avoir de cinquante ou soixante Français qui, étant poursuivis etoutragéspar tout Rome, s'étaient réfugiés dans mon palais, qui naturellement est le véritable asile de tous ceux de la nation. On a vu outre cela, sous le même prétexte, des édits publiquement affichés, promettant cinquante écus de récompense et le rappel de tel bandit que l'on voudrait à quiconque aura découvert qu'un officier eût fait quelque levée ou que quelque soldat se fût engagé sans permission. Mais ce que Votre Majesté devra trouver étrange, et ce qui ne s'est jamais pratiqué contre aucun ambassadeur, on avait enjoint aux marchands, depuis cinq ou six jours, de n'avoir aucun commerce avec les Français, et on avait même fait défense au boulanger et au boucher qui me servaient de fournir pour mon Palais qu'un certain nombre de pain et de viande, qui ne suffisaient pas même pour la subsistance de ma maison. D'autre part, les choses étaient en un tel état, que le pape ayant envoyé prier M. le cardinal d'Arragon par M. Salvetti de me donner parole de sa part que je serais en sûreté dans Rome, Son Eminence avait absolument refusé de le faire, n'osant pas s'y hasarder de la manière qu'il voyait les choses aigries. Je considérais encore que bien

Page 1