LIVRE XXTX
m'était permis de porter témoignage de moi, je pourrais lui dire que la plus grande partie des cardinaux les plus accrédités dans le Sacré Collège m'ayant envoyé visiter m'ont fait témoigner qu'ils avouaient que je n'avais ni pu ni dû agir en toutes choses autrement que j'avais fait, et qu'ils désapprouvaient infiniment tout ce qui s'était déterminé à la congrégation, et le peu de devoir où on se met de satisfaire à Votre Majesté. Le marquis Matthœi a été déclaré lieutenant général des armées du Saint Siège, sans obligation d'obéir à don Mario. Je m'achemine vers les terres du grand duc, et serai demain sur les confins de son État. Je lui ai écrit, tant pour lui en donner avis que pour le remercier des offres que l'ambassadeur de Florence m'a faites en son nom. J'attendrai là cependant ce qu'il plaira à Votre Majesté me commander; et comme dans le premier ordre que je recevrai d'elle, il se pourra faire que n'ayant pas encore su ma sortie de Rome, elle m'ordonnera quelque chose que je ne pourrais pas faire dans la situation où je suis, je crois qu'elle ne trouvera pas mauvais que je prenne la liberté de suspendre l'exécution de ses commandements jusqu'à ce que j'aie réponse des courriers que je lui ai envoyés.
« Je suis. Sire, « De Votre Majesté le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur, le duc de Créquy. »
Pendant que ce duc se mettait en peine de justifier envers le roi sa sortie hors de Rome, Sa Majesté, qui était entrée par avance dans ses sentiments, prenait le soin de la lui ordonner et en écrivait èette lettre au pape :
<( Saint Père, « Notre cousin le duc de Créquy, notre ambassadeur extraordinaire, nous ayant fait savoir l'assassinat commis en sa personne, en celle de notre ambassadrice, et de tous les Français qui se sont trouvés dans les rues de Rome à la rencontre de la milice corse de Votre Sainteté, nous avons aussitôt envoyé ordre à notre dit cousin de sortir hors de l'État ecclésiastique, afin que sa personne et notre dignité ne demeurent pas plus longtemps exposées à des attentats
dont il n'y a point jusqu'ici d'exemple chez les barbares mêmes. Et nous avons en même temps ordonné au sieur de Bourlaymont, auditeur de rote, de savoir d'elle si elle veut approuver ce que cette soldatesque a fait, et si elle a dessein ou non de nous en faire une satisfaction proportionnée à la grandeur de l'otfense qui a non seulement violé, mais renversé indignement le droit des gens? Nous ne demandons rien à Votre Sainteté en cette rencontre ; elle a fait une si longue habitude de nous refuser toutes choses, et a témoigné jusqu'ici tant d'aversion pour ce qui regarde notre personne et notre couronne, que nous croyons qu'il vaut mieux remettre à sa prudence propre ses résolutions, sur lesquelles les nôtres se régleront, souhaitant seulement que celles de Votre Sainteté soient telles qu'elles nous obligent de continuer de prier Dieu qu'il vous conserve. Très Saint Père, au régime de Notre Mère la Sainte Église.
« Donné à Saint Germain en Laye le 30 août 1662. »
Ce jour là même il écrivit, sur le même sujet, celte autre lettre à chacun des cardinaux en particulier :
« Mon cousin,
« L'assassinat commis le 20 du courant en la personne de mon cousin le duc de Créquy, mon ambassadeur, et en celle de l'ambassadrice et de tous les Français que la milice corse du pape a pu rencontrer ce jour là dans les rues de Kome, est un forfait si énorme en toutes ses circonstances, qu'aucun temps ni aucun peuple, pour barbare qu'il ait été, ne savent fournir un seul exemple où le droit des gens ait été si inhumainement violé et renversé. Comme vous êtes un digne membre du sacré corps qui est le conseiller naturel du pape, j'ai chargé le sieur Bourlaymont, auditeur de rote, de vous voir en cette rencontre pour vous faire entendre le juste ressentiment que j'ai d'une si grande olfense, afin que contribuant, comme je ne doute pas que vous ferez volontiers, ce qui sera en votre pouvoir pour me faire obtenir une réparation proportionnée à l'excès de l'injure ; si vos offices se trouvent impuissants pour cela, il ne puisse rien, après ces diligences, m'étre imputé de tous les maux et suites fâcheuses que cette affaire pourra tirer
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après soi, dont je proteste, quoi qu'il arrive, devoir être pleinement déchargé devant Dieu et les hommes. Et me remettant au surplus à ce que vous représentera dé vive voix le dit sieur de Bourlaymont, je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait dans sa sainte garde.
« Ecrit à Saint Germain en Laye le 30 août 1682.
« Signé : Louis.
« El plus bas : De Loméiiie. »