‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 337 sur 440 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Suite (le cette hrouillerie de Rome daas le reste du mois de septembre.

Les desseins de la cour de Rome en cette affaire ne s'étant développés que dans la suite du temps, le duc de Créquy se crut obligé d'en écrire encore cette autre lettre à Sa Majesté :

« Sire,

« Depuis la lettre que je me suis donné l'honneur d'écrire à Votre Majesté pour l'informer de ma sortie de Rome, et des raisons puissantes qui m'y ont obligé, ayant appris quelques particularités qui découvrent le secret de l'entreprise des Corses, et par qui ils ont été poussés, j'ai cru qu'il était à propos d'en instruire Votre Majesté, et de lui faire savoir que trois Corses du nombre de ceux qui ont eu part à l'assassinat et qui se sont retirés de Rome ayant été vus à P'iorence, et ayant été enquis par d'autres gens de leur nation qui avaient été instruits et employés à cet effet, quelle avait été l'origine et la véritable cause de l'énorme crime qu'ils avaient commis, ils ont répondu et avoué ingénuement qu'après le petit démêlé qu'eurent quelques-uns de leurs compagnons avec des Français, don Mario en ayant rencontré de leur corps par les rues de Rome, les fit approcher de la portière de son carrosse, et leur parla en ces termes : « Canailles! ne saviez- vous plus vous servir de vos carabines? Tirez et faites votre devoir, à la première occasion qui s'en offrira, si vous ne voulez que je vous envoie tous dans une galère ». Ils ont aussi dit que le cardinal Impérial leur faisait tous les jours mille

reproches de cette nature; et que sur ce qu'on leur a demandé comme quoi ils avaient pu s'évader et sortir de Rome, ayant été d'abord investis dans leur quartier, ils ont répondu avec la même franchise qu'il leur avait été facile, parce qu'aussitôt qu'ils y furent retirés, don Mario y fit répandre et porter parole que les portes de Rome ne seraient point fermées à ceux qui voudraient s'en retirer. « De tout ce que dessus. Votre Majesté peut juger si l'action du 20 août est une affaire de hasard, et si ce n'eût pas été risquer l'autorité de Votre Majesté de continuer mon séjour dans Rome. Je suis, avec un profond respect, « Sire, « De Votre Majesté le très humble et très fidèle serviteur et sujet,

« Le duc de Créquy. »

a A Radicofani le 6 septembre 1662.

Le pape de son côté n'épargnait nullement les brefs pour sa justification et celle de sa famille, et il écrivit encore celui-ci au roi le 2* jour de septembre :

« Carissime in Christo fili nos ter, salutem. Scriptis ad Majestatem tuam proxime litteris, has nunc addere cogimur. Nam profecto nobis accesserunt molestiarum et amaritudinum causœ ob improvisum decessum ab urbe dilecti filii nobilis viri oratoris tui, postquam ei significare diserte fecissemus nihil omnino ipsi timcndum esse, sed omnem securilatem habere plane posse. Quod si consiliis illorum obsecutus est, qui scandalum inter patrem et filium serere quaerunt, et Majestatem tuam, etiam ante voluntatem ejus agnitam, in obligationem aliquam absque ulla ratione perducere conantur, speramus utique, pro prudentiâ et œquitate tua, fore ut prius de calumniis et veritate certus esse velis, proul ample magis intelligere poteris a venerabile fratre episcopo Cœsarea), nuntio nostro, cui plané fidem ut habeas a te petimus. Majestati tuœ benedictionem Apostolicam impertimur.

« Datum Romse,apud Sanctam Mariam Majorera, sub annulo piscatoris, die 2aseptembris 1662, pontificatus nostri an. 8" ».

Le lendemain, le cardinal Ghigi écrivit aussi à M. l'ambassadeur en lui députant M. l'abbé Rospigliosi pour savoir

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de lui ce que désirait S. M. très chrétienne sur l'avis qu'il avait eu, de la part de M. de Bourlaymont et de M. l'ambassadeur de Toscane, que le d-oi avait donné à ce duc tout pouvoir d'accommoder cette affaire. Voici la lettre de ce cardinal patron*.

On remarqua en ce temps-là que la conduite du pape n'était pas conforme aux expressions de ses brefs. Car lorsque l'abbé de Bourlaymont lui rendit la lettre de Sa Majesté, il répondit à cet auditeur de rote que l'ambassadeur avait eu de méchants conseillers, et le roi de méchants ministres, et n'avait pu en témoigner moins dans un premier mouvement, étant sujet aux violences du climat; mais que néanmoins il ne pouvait croire que quand il ferait réQexion sur les fautes d'autrui, et considérerait cette atï'aire comme un pur accident, comme effectivement il l'était, il ne s'adoucît et ne se contentât des satisfactions raisonnables qu'il était prêt de lui donner en la manière qu'un père les devait à un fils, et qu'au cas que cela ne suffit pas, il porterait ses raisons aux pieds du crucifix, qui le défendrait. Celte réponse fut copiée dans les propres termes qu'il l'avait faite, et on l'envoya en France*.

Il adressa néanmoins à Sa Majesté un troisième bref, ainsi conçu :

« Carissimo in Christo fîlio nostro Ludovico Francorum Régi christianissimo.

« Carissime in Christo fîli, salutem. Dilectus filius abbas de Bourlaymont, Rotse nostrœ Auditor, Majestatis tuso litteras ei... quas ad te prima hujus mensis dedimus. Credimus etiam ante requisitionem nostram, nos tibi animum nostrum salis apertè patefecisse super âtroci et detestabili casu, qui dilecto filio nobili viro oratori tuo hic nuper acciderat, tum ea significasse quae adhuc sanè pro reorum omnium severiori quanquam juste commeruissent pœna pro satisfactionibus aliis tuis... verum exaggerare et detestari facinus indignum quam maxime quis quoad hic nun-

1. Tout ce passage a été barré au ms. et ne figure pas à la copie non plus que la lettre eu italien du cardinal (une demi page de ms.).

2. On trouve au ms. la copie en italien de cette réponse mais elle a été barrée et ne figure pas à la copie.

quam assequi certè poterit horrorem et indignationem quam percepimus, et injuriam in personam tuam tamque amati fîlii quam nobis reputamus factam.

« Quare nos,tamquam in re ad existimationem propriam pertinente, adversus sontes justitiam et satisfactiones tibi débitas exsecutioni mandari jussimus, quod si loco velamentorum quse prolegendâ sensu um nostrorum acritate pênes Majestatem tuam adhibita sunt, aliquod voluntatis tucc lumen prœstitum fuisset, nihil hodie remaneret quod plané desiderare posses ab affectu et justitia patris illius qui te non minori sestimatione quam amore complexum cupit, ut non eolum tibi satisfaciat de qualitate offensionis ab aliis illatcB, verum, ut omni beneficentias pontificiae plenitudine perfrui possis, neque propriâ pietate et ingentibus coronœ tuae promeritis pr<T,cipuè hujus sanctte sedis propensione dignus unice sis.

« Cœterum dolor ingens, cum litterarum tuarum sensum perlegerit animus paternus, penitus cordi acerbum vulnus inflixit, carissime fili noster, casus vere scelestus impius et horribilis, sed plané casus, quod omnibus absque passionum velamine respicientibus apertum et manifestum prorsus est, neque aliud ejus rei judiciura quam tuum postulamus; sed poslquam neminem rectè planèque certioratus fuerig, et verifatis, omniumque lacti circumslantiarum benè conscius. Quod ut nielius faciliusque contingat, dilectum filium nobilem virum marchionem de Lyonne, qui tibi referai hujus negotii rem diligenter, admoneri curavimus illudque tibi persuasum esse cupimus, nobis, ut cum voluntatis tua» tam in bac quam in aliis rébus certi fuerimus.., nihil magis cura^ cordique fore, quam ut eis satisfieri rectè posset. Intérim absque summi Dei, sanclœ hujus sedis ac lui ipsius offensa gravi pra^terraittere non possumus, quin justissimas ad te querimonias referamus ob ea quu> venerabili fratri Archiepiscopo Cœsareo, nunlio nostro Apostolico, illic acciderunt.

" Carissime fili noster, orator tuus urbem, sedem banc sanctam et dignitatem nostram in discrinien adduxerat armatus; hic stabat armatus, et absque ordine tuo descendebat, et tamen nomine nostro rogatus fuit ut remanere, factâ etiam securitalis tide, vellet, et cum que pergerel ipsi nesciremus, et ministris tamen noslris exceptus casu, et

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