‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 338 sur 440 · LIVRE XXtJC · texte numérisé non relu

LIVRE XXtJC

honorifice habitus est. Quid igitur universus loquetur orbis? Quid Respublica christiana? quid omnipotens Deus ipse sentiet, qui interrogat opéra regura et cogitationes eorum scrutatur? Nuntius noster, innocens Ecclesiasticus, pastoris et patris tui à Deo dati, sanctte hujus Matris, atque adèo ipsius Dei vices pênes Majestatem tuam gerens jussu laïcœ potestatis ob privatum scelestorum paucoruin faclum relegatus. Nos qui rationem animie tuai regum tlegi reddituri sumus, haîc omnia tibi paterne reprcusenlare cum Domino profecto debuimus. Acerbitas nuntii non minus inexspectati quam immeriti lacrimas nobis satisfuctionibus tuis penitùs intentis expressit, sed multo plures cum Domino effusuri sumus, ut eis qui causa illarum sunt veniam tribuens, dilatare velit angustias animœ nostne, ibique voluntatis sute sanctœ vias ostendere. Huic animum luum regium te conformaturum esse confidimus eo studio pietatis qujc tibi maxime propria est, quœque tam dignum te prieslat iis gratiis et benedictionibus quibus ample te Deus impertivit atque cumulavit. Earum assidua incrementa pro Christianitatis univers» bono precibus accuratis exposcimus, Majestatemque tuam Apostolicâ benedictione amantissime donamus.

« Datum Romœ, apud Sanctam Mariam Majorera, sub annullo piscatoris, die 12" septembris lb62. Pontificatûs nostri annoS" ».

Les plaintes que le pape faisait par ce bref du traitement que son nonce venait de recevoir en France eussent encore été plus grandes si l'on eût exécuté envers lui ce que quelques personnes du Conseil du roi avaient inspiré à Sa Majesté dès que l'on apprit la nouvelle de la brouillerie de Rome, et que selon leur avis on se fût saisi de sa personne et [qu'on l'eût] conduit dans la prison du Bois de Vincennes. Mais quoique la modération du roi eût rejeté ce moyen de faire éclater son ressentiment, il ne laissait pas d'en être tout pénétré, voyant l'impunité des coupables et la crainte que Sa Sainteté avait de mortifier le moins du monde les personnes de sa famille, dont l'éclat et la grandeur paraissaient être la plus haute idée qui occupât son esprit.

Le roi ayant appris le traitement que le duc Cesarini avait reçu à son occasion^ lui écrivit celte lettre :

« Mon cousin, j'ai vu par les dépêches de mon cousin le

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duc de Créquy, les preuves signalées que vous avez rendues de voire afFeetion à mon service, et tout ce qui s'est fait dans Rome de plus furieux et de plus barbare contre le droit des gens et toute l'humanité même dans ces dernières concurrences. Je n'ai [pas] voulu différer à vous remercier par cette lettre, écrite de ma propre main, vous assurant que ma protection ne vous manquera jamais, et que s'il vous arrivait le moindre préjudice de m'avoir témoigné tant de zèle, je le ferai réparer en sorte qu'il se trouvera par l'événement que vous aurez moins perdu que gagné du mal même que l'on aurait entrepris de vous faire. Je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et assurée garde.

« Écrit à Saint-Germain en Laye le 15 du mois de septembre 1662.

« Signé : Louis.

« Et au dessus : A mon cousin le duc Cesarini. »

La Gazette de France se soutenait toujours dans ce langage de plainte et de mécontentement contre Rome, et l'article du 14 septembre, qu'elle en rapporta quelque temps après, fît connaître à tout le monde la disposition oîi l'on était de part et d'autre:

De Rome, le 14 septembre 1662.

« Le gouverneur de cette ville, Imperiali, que les personnes non prévenues ne regardent que comme un étourdi • audacieux qui par ses emportements a embarrassé cette cour dans une fort méchante affaire, ne laisse pas d'être considéré au Palais pour le vrai soutien du pontificat, comme en ayant hautement rétabli la réputation, qui fut perdue il a quelques années par le honteux accommodement qu'on fut contraint de faire avec le cardinal d'Esté. Bien loin donc d'avoir en détestation la conduite du dit gouverneur, ainsi qu'elle le sera à jamais par les nations même les plus barbares, chez qui on n'a point encore vu impunis de pareils assassinats d'un ambassadeur et d'une ambassadrice, on exalte dans les antichambres la prévoyance de

l. Hermant avait écrit par erreur, prévenu, le copiste voulant rectiûer a écrit prince. Le véritable texte a été rétabli sur celui de la Qazelte a" 119 qui donne cette lettre in extenso.

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