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n'eurent pas le soin de faire souvenir Sa Sainteté qu'elle pouvait au moins alors envoyer faire à ma cousine la duchesse de Créquy le compliment que tous les papes, sans y manquer jamais, ont accoutumé de faire aux ambassadeurs pour se réjouir de leur arrivée. Ainsi il se trouve qu'elle est entrée dans Rome, et qu'elle en est sortie, sans avoir reçu ni accueil, ni honneur de sa part. Je ne vous dirais pas toutes ces bagatelles, qui sont indignes que j'y songe un moment, n'était que je vous veux faire connaître évidemment que l'origine de tout le désordre qui en est arrivé n'est autre que l'honneur que mon ambassadeur a osé retrancher pendant trois ou quatre mois aux parents du pape, et que comme ils ont conseillé à Sa Sainteté, depuis qu'ils l'ont reçu, de témoigner moins de considération pour lui qu'auparavant, sur ce principe et par cette même raison de conformité de conduite, ils se sont bien gardés, comme l'effet l'a fait voir, de révoquer l'ordre qu'ils avaient donné aux Corses, dès le premier jour du mois d'août, de faire main basse sur tous les Français indifféremment pour la moindre petite première occasion qui leur en arriverait. J'ai des preuves convaincantes en main de cet ordre donné. Toutes les lettres de Rome du 5 m'en ont informé, avec cette circonstance de plus, que chaque jour les officiers faisaient une exacte perquisition sur les soldats pour reconnaître s'ils étaient pourvus de munitions pour bien exécuter la première occurrence, laquelle était même attendue avec beaucoup d'impatience et de désir de la part des parents de Sa Sainteté. Le nonce même, environ ce temps, s'en expliqua assez ouvertement à mes ministres, quand se plaignant du désarmement de la patrouille du pape par un seul Français à qui elle abandonna quatre mousquets et deux épées, il leur déclara que telles choses n'arriveraient plus; que l'on y avait donné bon ordre; que le pape était bien armé; qu'il ne craignait personne dans Rome, et qu'il voulait y être le maître. On m'a assuré même, ce qui sera aisé à savoir de delà, que l'on a fait le procès aux quatre soldats qui se laissèrent désarmer, pour n'avoir pas tiré sur les Français, et que l'officier qui commandait la patrouille, après quelques jours de prison, a été cassé et banni pour avoir dit aux soldats de ne point tirer. Je ne trouve rien à redire au ressentiment. Car en effet
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c'est un assez grand affront qu'un Français qu'on voulait maltraiter s'étant mis en défense, eût renvoyé sans armes les soldats de Sa Sainteté. Mais il n'a pas dû donner lieu à un ordre général de faire main basse sur la nation française à la moindre occasion qui en arriverait, et si l'on ne déguisait la vérité des choses à Votre Majesté, elle n'attribuerait pas, comme elle fait, à un cas purement fortuit l'action du 20 août, qui n'a été que par l'exécution d'un ordre fort exprès et fort souvent donné, voire réitéré le même jour. Votre Majesté ne sait pas peut-être comme moi que quand ces trois Corses, qui eurent ce petit démêlé avec les deux Français qui n'étaient pas domestiques de l'ambassadeur, eurent été séparés, ils allèrent immédiatement chez le gouverneur de Rome Impérial, esclave des parents, et qu'après une sévère réprimande qu'il leur fît sur l'infamie de tous les Corses qui se laissaient battre en toutes rencontres, il leur ordonna d'aller à l'instant chercher leurs compagnons, et de ne retourner point dans leur quartier, qu'ils n'eussent jeté une vingtaine de Français par terre. La barbarie de ce commandement, dont il s'est peu fallu que l'exécution soit tombée sur les propres personnes de l'ambassadeur et de l'ambassadrice, même en deux divers endroits, me donne quelque horreur en les écrivant. Ainsi, pour ne causer pas le même effet dans l'esprit de Votre Majesté, je la prie de trouver bon que je me remette à la lettre du sieur de Lyonne sur beaucoup d'autres choses que je l'ai chargé de lui mander, et que je me contente de lui dire que les conseils que peut avoir suivis en cette occasion mon cousin le duc de Créquy lui ont été donnés entièrement conformes à mes intentions par des très gens de bien, incapables de calomnies et d'avoir jamais autre intérêt et objet que mon honneur et le bien de mon service; que je ne manquerai point à ce que je me dois à moi-même en cette rencontre et à mon honneur; que je ne me satisferai point de compliments et de beaux biefs pour des méchants effets, et que si je suis obligé de pousser mon ressentiment par le refus de cette juste satisfaction, que Votre Majesté qualifie déjà d'impossible, pour le peu de disposition qu'elle voit delà à me la donner, ajoutant même, comme par menaces que me font sous son nom les parents de Sa Sainteté» qu'il en arrivera de grands malheurs^ et si je la
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prétends, je saurai bien distinguer le respect et la révérence que je dois au Saint Siège et à la personne de Sa Sainteté, avec les malheurs de l'offense que j'ai reçue, laquelle n'étant point réparée, certainement ne demeurera pas impunie, sans qu'il me puisse rien être imputé de ces grands malheurs, les intérêts des parents du pape et de ses ministres n'étant pas si confondus avec ceux du Saint Siège qu'il ne soit fort facile de les démêler. Votre Majesté sait que pour un bien moindre sujet, quelque autre pape, en ces derniers siècles, a été obligé par la considération d'une autre couronne de chasser ses parents de Kome, et de les priver du trop grand pouvoir qu'il leur avait donné, et de la mauvaise administration de ses affaires. Cependant je demeure...
« Madame ma sœur, depuis cette lettre écrite, je viens d'avoir avis que trois Corses des assassinats de Rome, qui ont pris la fuite, ayant été vus à Florence, on a pris soin de s'enquérir d'eux par le moyen d'autres gens de la nation, quelle avait été l'origine et la véritable cause de l'énorme crime qu'ils avaient commis ; qu'ils avaient répondu et avoué ingénuement, qu'après le petit démêlé qu'eurent quelquesuns de leurs compagnons avec des Français, don Mario ayant rencontré des soldats de leur corps dans les rues, les avait fait avancer à la portière de son carrosse et leur avait dit ces paroles précises : « Canailles! ne savez-vous plus vous servir de vos carabines? Tirez et faites ce qu'il faut à la moindre occasion qui se trouvera, si vous ne voulez que je vous envoie tous dans «ne galère ». Ils ont ajouté qu'Impérial leur faisait tous les jours mille bravades de cette nature; et quand on leur a demandé comment ils avaient su s'évader et sortir de Rome, ils ont répondu avec la même franchise qu'il leur avait été très facile, parce qu'aussitôt qu'ils furent rentrés dans leur quartier, don Mario fit répandre et passer parole que qui voudrait se sauver, les portes ne seraient point fermées à personne.
« Vous voyez, Madame, par les nouvelles circonstances dont on ne peut plus douter, de quelle manière on m'a traité, et quelle est la justice du ressentiment que j'en veux avoir.
« Signé : Votre bon frère, « Louis.
« A Saint-Germain, le 16 septembre 1662. »
Cette réponse de Sa Majesté à la reine de Suède conte" nait de grandes vérités exprimées avec une liberté royale qui n'était pas tout à fait du goût du pape ni de ses parents; mais qui leur devait être plus avantageuse que les prédications ordinaires, pour leur donner une connaissance solide de ce qu'ils étaient. Au moins servit-elle à leur faire connaître que les civilités romaines n'étaient pas une suffisante réparation d'une injure aussi atroce qu'était celle qui avait été faite à la couronne de France par les Corses, et il leur fallut prendre d'autres mesures pour sortir de cet embarras que celles qu'ils avaient choisies d'abord.
Le pape commença lui-même' à en être persuadé, et fit voirson inquiétude dans plusieurs consistoires qui se tinrent sur ce sujet. Voici le discours qu'il prononça dans le premier :
« Curœ levés loquuntur, ingentes stupent, dixitille. Ante quindecim dies, cum egrederemur conclavi Consislorium ingressuri, audivimus immane facinus, quod pridie vestri commissum fuerat inter milites Corsos et familiares oratoris régis Galliarum, dilectissimi filii nostri; quem scitis quanta benevolentiù semper fuimus prosecuti, et quanti fecerimus ejus pietatem, virtutem atque constantiam. Corsi enim pluribus simul conviciis et insultationibus provocati in eam rabiem et furorem conversi sunt ut nobilem ephebum innoxium secus rhedam conjugis Oratoris insidentem interfecerint, ac bombardas suas contra œdes oratoris disploserint.
«Horruimus adtantumscelus, etmaximo cordis amore et animi afflictione oppressi Sensimus intercludi nobis aditum loquelœ; ita ut hodie mane, ilidem inordinate et confuse sermone uti necessehabeamus, ad succurrendum mémorise, aliqua è scripto decerpere.
«MaiidavimusillicocardinaliChigio, nostro secundumcarnem ex fratre germano nepoti, ut eliam conveniret oratorem et conjugem ejus, impertitâque utrique nostrâ benediclione, nostri mœroris significaret effectum, et intérim expediretur citatus cursor qui hoc ipsum significaret régi Galliarum litteris consignatis nostro nuntio Apostolico. « Hic legitur primum Brève.
«Quod post hœc actum fueritnDverunt procul dubio fraternitates vestrœ ex edicto publico promulgato contra con-