LIVRE XXIX
Le 17 de septembre, M. le nonce se vit le matin environné d'une compagnie de quarante soldats à cheval, et sut que c'était une garde ordonnée par le roi, de ses mousquetaires, qui gardaient toutes les avenues du couvent des Dominicains où il était logé, et qui accompagnaient le nonce même et ses domestiques quand il sortait. Et lorsqu'il parlait à la cour de cette manière d'agir, ils répondaient qu'ils n'en savaient rien, et le nonce, usant de dissimulation, feignait de ne s'en point apercevoir, faisant inviter ces soldats à dîner chez lui comme étrangers, et leur faisant plusieurs autres courtoisies; mais ils n'acceptaient jamais ses civilités.
Le soir même du 17, il arriva à M. le nonce un courrier du pape, avec un bref de Sa Sainteté adressé au roi, et des informations plus distinctes de tout ce qui s'était fait à Rome par ordre de Sa Sainteté contre les coupables : l'édit des tailles contre eux, la députation des deux congrégations, la visite de M. le cardinal Chigi à M. l'ambassadeur, et une longue lettre à M. de Lyonne, avec la plus claire et la plus expresse relation qu'il fut possible des circonstances du fait.
La matinée suivante, il l'adressa avec un billet à M. de Lyonne, le priant avec instance de faire que ce bref vînt à Sa Majesté, de le lui représenter vivement, et de lui permettre de pouvoir s'aboucher avec lui. M. de Lyonne ne pouvait faire autre chose, en recevant cette dépêche et ce billet, que d'aller trouver le roi avec un autre, pour voir ce que Sa Majesté lui commanderait ; ce qu'il Ht.
Peu de temps après, il répondit qu'il avait lu le bref à Sa Majesté, et qu'il en avait fait son rapport à Sa Majesté dans le temps qui restait, et en même temps il marqua une conférence avec le nonce chez M. de Turenne, où le nonce alla la nuit même accompagné de quarante mousquetaires.
La conférence fut longue. Le nonce exposa comment il pouvait porter le roi à la modération sur le fondement de la vérité, de la raison et de la volonté paternelle du pape. M. de Lyonne l'assura qu'il avait apporté de l'eau pour éteindre le feu au lieu de l'allumer, et dit que le roi, à la lecture de ce bref, avait témoigné être content de vouloir