‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 361 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

M. de Rodez et M. de Rennes, porte cet autre mémoire, ont disputé pour les trois prêtres de l'Oratoire au conseil de conscience en préseiice du roi. M. de Rennes dit qu'on n'avait jamais reçu si facilement dans l'Église des hérétiques; M. de Rodez dit qu'on ne les avail jamais refusés, et demanda à M. de Rennes si les jansénistes étaient pires que les calvinistes. M. de Rennes dit que non. Et si un calviniste donnait un écrit aussi formel que ces prêtres de l'Oratoire, s'il ne le recevrait pas, qu'il le sommait d'en dire la vérité en présence de Dieu et du roi, sur son honneur et sa conscience. M. de Rennes dit qu'il fallait voir cet écrit des prêtres. M. de Rodez dit que le Père Annat l'avait examiné et qu'il en était satisfait. M. de Rennes ne répondit plus, et le roi se mit à rire et conclut l'affaire.

Le Père Annat n'ouvrit pas la bouche ; mais l'on croit qu'il parlait par M. de Rennes.

11 y a lieu de s'étonner de ce qu'une si basse et si honteuse signature, qui ajoutait au formulaire tant de choses infamantes, ne fut pas reçue proraptement ; car voici ce qu'elle contenait :

« Nous soussignés, déclarons devant Dieu et devant les hommes que nous n'adhérons point aux sentiments de Jansénius, que nous croyons avoir été ^bien condamnés par nos saints pères les papes Innocent X et Alexandre VII, et par Messeigneurs les évéques de France, et nous les condamnons comme eux, et dans le même sens qu'ils ont entendu les condamner. Nous signons le formulaire sans aucune restriction, sans modification, sans distinction du fait et du droit, et si cela ne suffit, nous sommes disposés à faire et signer tout ce qu'on désirera de nous pour preuve de notre respect, de notre soumission et de notre créance, ne voulant avoir aucun sentiment sur ces matières que ceux de l'Église, des papes et des évéques, qui nous ont été déclarés tant par les constitutions des premiers que par le formulaire des seconds. Désavouons et rétractons tout ce qui se trouvera avoir jamais été dit, écrit et publié au contraire par qui que ce soit de nous. Fait, etc. »

On attribua l'addition de cette horrible queue au Père Annat, qui usait tyranniquement du pouvoir que la cour lui

donnait sur l'Oratoire, après une si étroite confédération, et ces trois Pères achetaient bien chèrement un peu de repos temporel, puisqu'il leur coûtait la perte de leur conscience et de leur honneur.

On plaignit d'autant plus les Pères de l'Oratoire qu'au milieu de tant d'humiliations et de prévarications si honteuses, ils paraissaient encore assez satisfaits d'eux-mêmes et de l'état des affaires de leur congrégation. Car voici ce que l'un d'entre eux en mandait quelque temps après à un de ses amis : « Nous sommes à présent dans une grande tranquillité. Le pape a écrit à notre Très Révérend Père Général une lettre, où il lui témoigne beaucoup d'estime, et où il loue ce que l'on a fait dans la dernière assemblée de la congrégation touchant le jansénisme, savoir que ceux qui s'en trouveront convaincus, en seront exclus. Mais qu'aussi ceux des nôtres qui en accuseront témérairement leurs frères^ sans les en pouvoir convaincre, seront euxmêmes chassés. Ce qui a été fait pour arrêter quelques faux frères qui ont pensé brouiller toute notre congrégation, qui possède maintenant en assurance tous les sujets dont quelques-uns, comme vous savez, avaient été éloignés. »

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