‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 363 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

l'on lasse tous les ans des lectures ordinaires en ciiacune des Facultés dont elle est fondée.

Qu'étant de fondation royale, ses professeurs avaient pu prendre la qualité de professeurs royaux, non seulement parce que les rois, ayant toujours tenu à honneur de se dire les pères et les protecteurs des Universités, trouvaient bon qu'elles portassent les titres elles marques de leur royale origine ; mais aussi parce que quand celle de Bordeaux donnait des degrés en quelque qualité que ce fût, elle se servait toujours de ces termes : ISos igitur, auctoritate aposlolica^ cuiprivilegium accessit regiuniy te doctorem creamus, etc. Que le surcroît de taxe imposé par l'Université sur ceux qui prenaient des degrés, et autorisé par le Parlement de Bordeaux, n'était pas un sujet de plainte, puisque Ton pouvait faire voir par ses anciens statuts qu'elle retirait autrefois de plus grands droits que ceux qu'elle exigeait alors; que l'on pouvait montrer, par l'exemple de celle de Paris, qu'il n'y avait point d'Université où le salaire des professeurs fût tellement fixe qu'il n'eût été souvent augmenté, selon la diversité des temps; et qu'il n'y avait point de lieu dans le royaume où les degrés se prissent avec si peu de dépense qu'à Bordeaux.

Que l'approbation de Wendrock, jugé hérétique par des évéques et par des docteurs de la Faculté de Paris, n'avait point été faite en la manière que les Jésuites l'avaient supposé pour faire beaucoup de bruit, les professeurs de Bordeaux ne lui ayant point donné d'éloges, ayant seulement donné leur avis doctrinal, lorsque le Parlement le leur avait adressé, et ayant seulement déclaré qu'ils n'y avaientpoint trouvé d'hérésie, parce qu'ils avaient lu dans ce livre que l'hérésie prétendue par les Jésuites touchant les cinq propositions, y était formellement condamnée et que nul dogme hérétique n'y était enseigné. Qu'ils n'avaient point loué ce livre, quoiqu'ils l'eussent pu faire en conscience, puisqu'il avait réfuté si solidement la morale corrompue des Jésuites, et donné occasion à un grand nombre de savants et pieux prélats de la condamner par leurs censures. Que ce chef d'accusation, qui disait que les professeurs de Bordeaux avaient approuvé un livre jugé hérétique, était captieux, en ce qu'il supposait un livre déjà condamné d'hérésie, lorsque les professeurs avaient déclaré

leur sentiment, ce qui était faux, puisque dans le temps de leur déclaration ce livre n'avait été atteint d'aucune censure ni d'évéques ni de docteurs, ni même noté d'hérésie dans l'Inquisition de Rome ; que si quatre ou cinq mois après quelques évêques et quelques docteurs de Paris, tous amis choisis des Jésuites, avaient jugé ce même livre hérétique, on n'avait pas eu juste sujet de faire interdire des professeurs pour avoir porté un jugement contraire longtemps avant cette censure; que longtemps avant leur déclaration, ils avaient reçu avec soumission et respect les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VU, et fait un décret par lequel ils avaient arrêté de ne donner aucun degré à ceux qui oseraient avancer quelqu'unedes cinq propositions condamnées, et de ne pas souffrir qu'elles fussent mises en dispute.

Qu'enfin l'Université de Bordeaux espérait que le Conseil étant éclairci de l'état sincère des choses, elle serait relevée de cet interdit et rétablie dans ses droits et privilèges.

Son espérance ne fut pas vaine, le Conseil se rendit à ces raisons si solides, la tyrannie des Jésuites, qui n'avait déjà duré que trop longtemps, cessa enfin à cet égard ; les professeurs furent confirmés dans le droit de rouvrir leurs classes, et Dieu fit voir par la protection qu'il leur donna, qu'il n'y a pas de temps si fâcheux dont il ne soit le modérateur et le maître.

CIIAPITKE III

Visite de l'abbaye de Saiut-Cyran. Souscripliou du formulaire non approavée.

Au commencement du mois d'octobre, l'on parlait beaucoup dans Paris de la visite que les vicaires généraux de l'archevêché de Bourges avait faite à Saint-Cyran, en l'absence de M. de Barcos qui en était abbé. Les visiteurs n'y avaient trouvé que trois ou quatre religieux et cinq ou six séculiers, serviteurs domestiques. Ils ne purent disconvenir qu'il y avait beaucoup de piété dans ce monastère ; ils se plaignirent néanmoins de ce qu'il n'y avait point de prieur, de ce qu'on n'y mangeait qu'une fois le jour aux

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