‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 364 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

jours de jeune commandés par l'Eglise, et de ce qu'un homme riche et de qualité travaillait au jardin. Ils dressèrent leur procès-verbal et l'envoyèrent ù, la cour.

■Quant à la souscription du formulaire, les religieux la lirent en ces termes par l'ordre de leur abbé :

« Nous signons par soumission, quoique nous n'entendions rien dans ces matières, ni dans le livre de Jansénius. »

Cependant celle signature, n'étant point agréable à la cour qui ne voulait nulle restriction, ne le fut pas aussi aux disciples de saint Augustin, qui ne la croient pas sincère. Il y avait en ce monastère un jeune religieux nommé Poitevin; natif de Poitiers, qui avait de l'érudition et de l'esprit, et avait même traduit et fait imprimer chez Savreux, dès l'an 1651, Aa Défense de la foi de V Église catholique contre le défi des ministres hérétiques, par M, l'évêque d'Ypres. La déférence qu'il avait pour M. de Saint-Cyran, son abbé, le porta en ce temps-là à signer le formulaire avec cette faible restriction ; mais depuis, s'en trouvant troublé dans sa conscience, il révoqua sa signature, quitta l'habit et composa cet écrit :

« Considérations sur la signature du formulaire faite à Saint-Cyran par quelques religieux, ensuite des ordres de Monsieur l'abbé, lui étant absent. »

Après avoir mis sa signature à la tête de cet écrit, il la détruisait par ces raisons :

« 1* S'il est vrai qu'ils n'y entendent rien du tout, ils ne doivent pas signer un acte qui est dressé à ce sujet', etc. ».

La cour ne trouvant point dans le procès-verbal des grands-vicaires de Bourges de quoi pousser les personnes qui s'y étaient retirées, le Père Annal s'avisa d'une autre batterie, et sollicita les Bénédictins réformés de Saint- Germain-des-Prés de s'y établir, en leur disant que l'abbé s'était enfui; que dans la visite qui s'y était faite, on n'y avait trouvé qu'un ancien profès et des outils de menuiserie qui servaient à un homme riche de plus de cinquante mille écus de rente, et quantité d'autres faussetés de cette nature.

Les Bénédictins ne prirent pas feu d'abord à cette proposition, à cause du peu de revenu de celte abbaye de leur

l. Trois pages blanches au ms. saas aucune iadication.

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ordre, qui ne paraissait pas suffisant pour y établir une comniunauté, Ils répondirent néanmoins que si le roi le leur commandait il faudrait lui obéir.

Cette résolution rompit les mesures du Père Annat, qui avait dessein de s'emparer de cette abbaye pour en appliquer les revenus à sa société. Mais vers le milieu du mois de novembre le roi adressa au général des Bénédictins une lettre de cachet par laquelle il lui mandait qu'étant mal satisfait de la conduite de l'abbé de Saint-Cyran, il lui donnait ordre de se retirer incessamment à Boulogne, et ordonnait à ce général qu'aussitôt après sa lettre reçue,^ il eût à envoyer des religieux réformés dans cette abbaye, pour y établir la discipline régulière, à faute de quoi il y serait pourvu.

Cet orage passa comme plusieurs autres. M. de Saint- Cyran demeura caché à Paris sans recevoir sa lettre de cachet, et les Bénédictins, s'étant présentés à son abbaye, quittèrent cette entreprise qui n'était pas de leur goût et de leur inclination.

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