LIVRE XXX
point par l'espérance, comme j'ai dit, de profiter à ce bon ecclésiastique.
« De plus, j'avais déjà vu, sans lui en rien dire, une rétractation imprimée de la signature qu'il avait faite, es mains de M?'' l'évêque de Clermont; me l'ayant peu après lue et donnée, je sentis que tous mes efforts avaient été sans effet. C'est pourquoi je lui dis un peu froidement : « Si l'acte qui vous a été donné par votre évêque était mauvais, pourquoi le signer? S'il était bon, pourquoi le rétracter »? Ainsi finit cet entretien, lui n'ayant pas laissé de continuer les bontés et les civilités, les quatre ou cinq jours que je restai en ce pays là. Cependant je donnai au lieu où j'étais les avis qu'il fallait, et fis ôter un petit embarras à une personne qui s'était innocemment engagée, sans qu'elle eût aucune veine qui tendît au jansénisme.
« Du reste ce n'est pas moi qui ai violé le secret naturel et consciencieux dans lequel ce bon ecclésiastique m'avait renfermé, et puisque les lettres l'ont publié et détorqué à contre-sens jusque dans Paris, je consens que cette présente déclaration, /a^ue//<? l'on m'a commandée y serve partout où il appartiendra pour un témoignage très authentique de la vérité pure et sincère ».
Le Père Léon détruisait lui-même sa déclaration en disant qu'on la lui avait commandée, et il donnait sujet de croire que son obéissance était fort aveugle. Mais la manière populaire et toute politique dont il parlait du mystère de la grâce était indigne d'une personne de sa profession, et le raisonnement dont il se servait pour condamner la rétractation de M. Courtin n'était nullement solide, puisqu'on aurait dit la même chose pour condamner la conduite de saint Denis de Milan', lorsqu'il effaça une méchante signature qu'il avait faite. Car on lui aurait pu dire, par ce même principe : <>. Si cette signature était mauvaise, pourquoi la faisiez-vous? Et si elle était bonne, pourquoi l'avezvous effacée? »
Mais il était d'autant plus hardi adonner cette déclaration que M. Courtin avait moins de liberté de la combattre,
\. Saiat Deuis, évêque de Milan ea 350, souscrivit à la condamnation de salut Athanase, mais s'étant rétracté il fut exilé par ordre de l'empereur Constance, et mourut eu exil.
parce que cet éclaircissement ayant éclaté dans le public, quoiqu'il ne l'eût pas nommé, M. l'évéque de Clermont en prit occasion d'en faire de grandes menaces contre lui, et cette affaire l'exposa à une nouvelle tempête, qu'il ne détourna que par son silence.