‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 367 sur 440 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Impostures publiées contre M. Petit, ouré d'Herèlay, au sujet du dernier mandement des grands-vicaires de Paris. 11 donne une profession de foi, et se défend vigoureusement et avec succès devant le chapitre de Notre-Dame, qui se joint à lui.

Il y avait longtemps que M. Petit, docteur en théologie et curé d'Herblay, près Pontoise, avait de grands différends avec la dame de son village, pour la conservation de ses droits et delà discipline de sa paroisse. Elle crut que le dernier mandement des grands-vicaires de Paris lui serait une occasion favorable pour le pousser à bout, et qu'elle serait appuyée de leur autorité pour lui causer un embarras dont il ne pourrait se tirer. Les calomnies paraissaient alors innocentes quand elles étaient employées contre les disciples de saint Augustin ; parce que ceux qui avaient entrepris de les perdre croyaient oflrir un grand sacrifice à Dieu. Elles ne furent point épargnées en cette occasion contre ce pasteur. Car quoique le mandement lui eût été envoyé sans formalités extraordinaires, et qu'il l'eût reçu des mains d'une personne inconnue, on publia dans le monde, que lui ayant été signifié par un sergent, il l'avait déchiré et mis en pièces avec fureur. Les auteurs de cette imposture subornèrent même un sergent pour en dresser son procèsverbal, et la chose étant portée aux grands-vicaires, M. Morel, qui cherchait l'occasion de perdre M. Petit, se vanlait déjà de le dépouiller de sa cure pour en revêtir un autre qui lui serait plus agréable. Mais quoiqu'il le fit poursuivre à la requête du promoteur avec tout le zèle d'un moliniste passionné, M. Petit, qui trouvait sa force dans son innocence, et qui avait toujours paru intrépide parmi toutes les traverses qu'on lui avait suscitées, se défendit vigoureusement par une inscription en faux contre le sergent et quatre faux témoins qu'on lui avait subornés, et

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ayant fait signifier au promoteur l'appel qu'il avait interjeté d'une procédure si inique, il se garantit par ce moyen de la nouvelle persécution que lui faisait la dame de son village, et de la sentence d'interdiction que l'on était sur le point de prononcer contre lui.

Le succès de cette affaire lui fut tout à fait avantageux. Car la fausseté étant reconnue par les juges, le sergent que l'on avait employé pour la fabriquer fut interdit et condamné à l'amende, le prétendu exploit déclaré faux, et le procès-verbal fait en conséquence entièrement ruiné. Il fit signifier celte sentence au promoteur, en adhérant au premier appel, et pour un plus grand témoignage de son innocence, le doyen rural dont on avait employé le nom contre lui donna sa déclaration devant des notaires, qu'il ne lui avait pas fait signifier le mandement, ni à aucun autre curé, ne jugeant pas que celte affaire dût paraître parmi les peuples.

Il s'était prémuni d'une profession de foi qu'il avait dressée, et qui le mit à couvert de tout soupçon d'erreur ; puis ayant obtenu du chapitre de Paris la permission d'y être entendu de vive voix, il y entra le premier vendredi du mois de décembre, parla pendant plus de trois quarts d'heure pour sa justification, fit voir qu'il était étrange que sous le nom d'une compagnie on inventât de si horribles faussetés; que les grands-vicaires étaient députés du chapitre; mais qu'ils ne devaient rien faire de considérable sans en faire part à la compagnie. Il prit à partie M. Morel, qui s'en était allé à dessein avant qu'il entrât, afin d'éviter la confusion qui lui était inévitable, et traita sa procédure de friponnerie, de bassesse et de lâcheté. Enfin la procédure fut blâmée et désavouée, et il fut dit qu'il pourrait poursuivre son appel comme bon lui semblerait; que l'on parlerait à M. de Verthamont, officiai et absent, pour lui recommander de surseoir les poursuites qui s'étaient faites contre lui. Et quant aux autres entreprises de la dame contre ce curé, la compagnie se joindrait avec lui, attendu que c'était en leur considération seule qu'elle lui avait 'fait] tant de maux.

Le neveu de M. de Contes, doyen de Notre-Dame, se signala en cette occasion, et dit que les députés n'avaient aucun pouvoir, blâma hautement tous les curés qui les

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avaient reconnus, cita le Chartreux et quelques autres qui s'étaient fait réhabiliter pour avoir été ordonnés pendant leur direction ; soutint que le mandement était hérétique et que les évêques ni même le pape ne pouvaient faire de formulaire de foi. M, Thévenin, chantre, ayant voulu l'interrompre, l'autre le traita d'ignorant.

M. de la Corbière dit que lui-même n'avait pas signé le formulaire, et qu'il mourrait plutôt que de le souscrire, dit que la profession de foi du curé d'Herbiay était plus que suffisante; dit que véritablement ce pasteur, en refusant de souscrire au bas du mandement, avait péché non contre Dieu et la religion, mais contre la politique.

M. l'abbé de Grave, parlant en son air de gascon qui ne l'abandonna jamais, fît une infinité de gasconnades en faveur du curé. Mais il voulait qu'il signât pour faire enrager ces coquins, c'étaient ses termes. Le curé répondit qu'il aimait mieux qu'ils n'enrageassent pas que de signer.

M. de Contes, doyen, demeura toujours dans la dissimulation et dans la réserve, quoiqu'il eût donné au curé d'Herbiay ses avis pour la conduite de cette affaire.

M. de Launoy, docteurdeNavarre, s'était diverti à son ordinaire à la solliciter dans le cloître de Notre-Dame en disant : <i Je vous recommande l'affaire du petit curé d'Herbiay (c'était un grand et gros homme). Il est bon garçon. On l'accuse d'avoir dit que les administrateurs étaient des fines bâtés. Pour le fait du mandement, le pape en jugera quand il pourra; mais pour la réparation, il faut que Verthamont ordonne que le curé d'Herbiay les débâtera, sauf à les rebâter s'il y échet. « Ce style du docteur de Launoy témoigne assez le caractère de son esprit, et la liaison qu'il avait toujours eue avec M. de Contes, dont il voulait soutenir l'honnjeur par cette sanglante raillerie.

La profession de foi de M. le curé d'Herbiay fut portée en Sorbonne par M. Morel; mais elle ne reçut aucune atteinte de la part de ceux qui l'examinèrent. M Courtot, autrefois prêtre de l'Oratoire, qui avait plus de zèle que de prudence, et qui prenait le nom de Philalèthe dans quelques feuilles volantes qu'il répandait, la fit imprimer sous ce titre sans la participation de l'auteur, et contre son intention*.

1. Mb. : Copier sur Vimprimé cette profession de foi. Deux pages blanches.

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