‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 382 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

time de rompre toute sorte de négociation, cependant, pour faire connaître plus clairement à toute la terre la fausseté de ces promesses, ni laisser aucun mauvais prétexte aux artifices et aux subterfuges du Palais, et faire voir avec quelle modération je me comportais, j'ai bien voulu déclarer les réparations que Sa Majesté désire. Je ne vous les déduirai point ici, puisqu'elles vous ont été communiquées depuis trois ou quatre jours par M. de Bourlaymont, et que je vous en envoie encore la copie avec cette lettre; et je ne m'attacherai point à vous en faire voir la justice, puisque outre que vous devez être persuadé que le roi ne voudrait rien exiger d'injuste, je ne doute point aussi que non seulement vous ne jugiez avec tout le monde qu'on ne saurait donner de satisfactions trop grandes pour un outrage delà nature de celui qui a été fait à Sa Majesté ; mais que vous condamnez même son procédé d'avoir offert si généreusement de sacrifier tout son ressentiment et tous ses intérêts pour faire rendre justice à deux princes ses amis. Ces déclarations toutefois, de vouloir satisfaire à Sa Majesté lorsqu'on saurait ce qu'elle souhaitait, se terminèrent de la part de M. Rasponi à ne me donner aucune réponse qu'il n'eût nouvelle de la cour de Rome. Je lui dis que cela me semblait étrange dans une personne qui paraissait être venue avec pouvoir de traiter, de résoudre de luimême; et voyant cependant qu'il n'était chargé d'autre chose, je lui ajoutai que je voulais donner part à tous les ministres des princes des propositions que je lui avais faites. *

« lime pria instamment de les tenir secrètes, en me conjurant de lui donner terme jusqu'au retour d'un courrier qu'il allait dépêcher à Home. Comme je prévoyais que si on venait une fois à les rendre publiques, Sa Majesté en serait plus engagée à ne se relâcher de rien, je lui accordai ce qu'il demandait, dans la pensée que cela pourrait faciliter davantage un accommodement, et pour obliger ainsi par ce procédé les parents et les ministres du pape à sortir de leur aveuglement. Mais il n'y a point de lumière qui puisse faire voir clair à des gens qui se ferment volontairement les yeux. M. Rasponi ne m'apporta autre chose, au bout du temps que je lui avais donné, sinon qu'il avait charge de m'accorder les articles qui concernaient le dédommagement

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du duc Césarini et le rétablissement des choses en leur entier comme elles étaient auparavant l'affaire du 20 août 1662. Je fus indigné au dernier point de voir qu'après tant d'offenses faites au roi on osât en faire si peu de compte que de traiter la chose comme si elle n'était point arrivée, et d'offrir pour toute réparation des conditions qui dans toutes les affaires sont des suites nécessaires et indispensables aux accommodements; et je témoignai que je ne pouvais plus retarder de rendre publiques les satisfactions que Sa Majesté désire et les déclarations dont elle m'a chargé contre la maison Chigi, M. Rasponi redoubla les instances et les conjurations qu'il m'avait faites la première fois pour m'obliger encore à différer et à lui donner terme. Je me laissai aller à ce qu'il souhaitait, aimant quasi mieux hasarder du côté du roi que Sa Majesté me blâmât d'avoir eu trop de patience, que de donner lieu à croire que par aucune précipitation j'eusse été cause que les choses eussent été portées à l'extrémité. Mais qu'a-t-on fait qui répondit à cette modération? On a offert deux choses : l'une la légation du cardinal Chigi en France sur le sujet des affaires présentes*; et l'autre que le pape déclarait, par un bref, la nation corse incapable de porter jamais les armes au service du Saint Siège dans toute l'étendue de l'État ecclésiastique. Je vous prie de faire réflexion sur Tune et sur l'autre de ces offres, d'en bien examiner la nalure, et de considérer combien il s'en faut qu'elles soient d'un assez grand poids pour contrebalancer tant et de si grandes offenses qui ont été faites au plus grand roi du monde et au Fils aîné de l'Église. Car premièrement, quant à la légation du cardinal Chigi, si on la considère du côté du pape qui l'envoie, qu'y a-t-il de nouveau que le pape envoie un légat en France, et quelle réparation proportionnée avec une injure porte avec soi un simple témoignage que l'on rend au déplaisir qu'on en a, lorsque d'ailleurs l'on ne fait rien de tout ce que l'on peut et de tout ce que l'on doit pour châtier ceux qui l'ont commise? Vous jugerez sans doute que c'est une chose plus glorieuse pour lui que satisfaisante pour le roi, et qu'ainsi ce point ne peut être convenable qu'en tant que cette démonstration serait accompagnée des justes réparations que Sa Majesté demande. Pour ce qui est du bref que le pape s'offre de donner contre les Corses,

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