‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 383 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

je demanderais volontiers si Sa Sainteté n'a pas un intérêt considérable de faire voir à toute la terre qu'elle déteste leur attentat, et si par conséquent il y a lieu de faire valoir au roi comme une grande réparation une chose où elle est aussi intéressée que lui; ou plutôt je souhaiterais que la cour de Rome me pût alléguer une bonne raison pour laquelle le pape peut réduire à un simple bref l'article de la pyramide, puisqu'étant certain qu'il ne peut jamais trop détester cette action des Corses, on doit aussi demeurer d'accord qu'il ne saurait donner des marques trop authentiques de cette détestation. Cependant voilà de quoi on prétend au Palais que le roi se doit satisfaire contre don Mario et le cardinal Impérial, qui en sont reconnus pour les auteurs ou pour les instigateurs, et sans me donner nul contentement sur la précaution que Sa Majesté demande à l'avenir pour la sûreté et l'immunité de tous les ambassa- • deurs, qui ont été si barbarement violées en ma personne. M, Rasponi sait que m'ayant dit qu'il n'avait que ces choses à m'oflfrir, je lui répondis qu'il n'y avait donc qu'à faire [éclater] les déclarations du roi, et il sait pareillement qu'il me pressa instamment de n'en rien faire, et de différer encore j usqu'au 30 du passé. Je le lui accordai, quoique peut-être je ne le dusse pas faire après tant de remises, et dès le 28, il me vint trouver et me dit qu'il avait eu réponse, et que le pape, tenant don Mario et le cardinal Impérial pour innocents, ne se pouvait résoudre à faire aucune démonstration contre eux. Sur ce que je lui témoignai qu'après cette déclaration qu'il me faisait, je ne voulais [plus] différer celle du roi, il me répondit que lui ayant donné terme jusqu'au 30, il me suppliait de tenir ma parole. Je me crus obligé à la lui observer, en cela plus exact que la cour de Rome, qui nonobstant qu'elle m'eût fait prier par lui avec de très vives instances de tenir secrètes les propositions de Sa Majesté, et tout le détail de la négociation, en avait toutefois donné part de tous côtés à tous les ministres des princes. Cependant le terme que j'avais donné à M. Rasponi jusqu'au 30 étant échu, il me vint voir, et si vous n'étiez incapable de prévention, j'essaierais ici de vous préoccuper en ma faveur pour vous porter à ne me condamner pas tout à fait de n'avoir pas accepté les offres avantageuses qu'il me fit. Mais puisqu'on

ne peut pas espérer de corrompre un jugement aussi droit que le vôtre, et que d'ailleurs il serait inutile de vous pallier les choses et d'amoindrir les grandes propositions que la cour de Rome a faites, d'autant qu'elle n'aura pas manqué de les rendre publiques pour faire voir à tout le monde la justice de son procédé, je vous avouerai franchementque l'on m'a offert que le cardinal Impérial et don Mario donneraient un écrit par lequel ils avoueraient n'avoir eu aucune part à l'action des Corses, et que même don Mario en jurerait en foi de cavalier. Je vous confesserai de plus que je reçus si mal cette proposition, que je la traitai de ridicule, et que je ne voulus plus entendre parler de rien, et prolestai à M. Rasponi que je ne pouvais plus différer à faire éclater les déclarations de Sa Majesté, et à donner part à tous les ministres des princes des satisfactions qu'elle souhaite, il retourna à ses instances accoutumées, me pressant extraordinairemenl de vouloir encore attendre. Je le lui refusai constamment fort longtemps; et enfin m'ayant prié par un écrit de lui accorder encore quatre jours de terme, avec promesses de ne plus demander aucun délai, je voulus bien lui donner ce temps, plutôt pour le satisfaire et me donner à moi le contentement de n'avoir rien oublié de tout ce que je pouvais faire, que pour aucun bon succès que j'en attendisse. Le 3 de ce mois était le dernier terme que je lui avais donné ; il me vint trouver au matin, et m'ayant répété ce qu'il m'avait dit dans les conférences d'auparavant, que le pape ne pouvait se résoudre à châtier des innocents, il me fit même comprendre par son discours que Sa Sainteté était plutôt prête de récompenser le cardinal Impérial de quelque charge éclatante, si elle l'ôtait du gouvernement de Rome, que de le punir en quelque manière que ce fût. Je vous puis dire sincèrement qu'en tout ceci je n'ai point été trompé. Car premièrement, quelle réparation faut-il espérer quand ceux contre qui on la demande résolvent eux-mêmes si on la donnera? Et puis, quelle apparence que le pape voulût traiter ses parents et ses ministres plus mal qu'il n'a fait les Corses après un crime si énorme que celui qu'ils ont commis? Mais je m'étonne encore moins de l'impunité de cette soldatesque, vu que les mêmes parents et les ministres qui ont le pouvoir savent bien qu'ils sont les auteurs de

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