LIVRE XXX
tout ce qu'elle a exécuté, et qu'ainsi ils ne les sauraient punir sans se faire en même temps leur procès à eux-mêmes. Mais puisque les choses en sont encore à ce point qu'on refuse au roi la justice qui lui est due, Sa xMajesté aurait tort de compromettre davantage son honneur à ces demandes, et d'attendre inutilement [de] la disposition d'autrui ce qu'elle est en état de se donner elle-même. C'est pourquoi. Monsieur, je suis obligé de vous déclarer qu'elle est résolue de se faire raison et de se venger de telle sorte sur la maison Chigi et sur Impérial, gouverneur de Rome, qu'elle ne regarde plus que comme auteur de l'attentat des Corses et ennemi de son nom et de sa gloire, les excès que lui ont été faits, que la mémoire en puisse demeurer à jamais à la postérité. Elle saura bien pour cet effet conserver la piété qu'elle a héritée de tant de rois ses ancêtres, démêler l'intérêt du Saint Siège, pour lequel elle proleste qu'elle abandonnerait de bon cœur tout son sang, d'avec les intérêts de ceux qui depuis tant d'années en dissipent le patrimoine, et [distinguer] la personne du pape, pour lequel elle aura toujours les sentiments qu'un roi très chrétien doit avoir pour le chef de l'Église, d'avec la personne des parents et des ministres de Sa Sainteté. Je vous envoie une copie de la lettre du roi à la reine de Suède, sur quoi vous prendrez la peine de remarquer que cette lettre est du 15 septembre, et que Sa Majesté m'ayant ordonné de la faire rendre quatre jours après que je l'aurais reçue si elle n'était satisfaite, j'ai différé jusqu'ici, par une modération extraordinaire, non seulement à la publier, mais encore à en envoyer l'original à la reine de Suède. Ainsi vous pouvez juger si le roi a fait contre la maison Chigi les déclarations que vous verrez, lorsqu'elles n'étaient encore que conditionnelles et que j'avais douté si on le satisferait ou non. Ce que Sa Majesté ne fera présentement qu'après tant de bonté et de patience qu'elle a eues, on a refusé de lui donner les justes réparations qu'elle désire.
« Voilà ce que j'ai cru vous devoir dire, afin que vous soyez instruit des sentiments et des résolutions du roi en la conjoncture présente, vous faisant savoir de plus que pour commencer à obéir aux ordres que Sa Majesté me donne, je vais me retirer à Livourne, pour de là m'en retourner à Toulon. Cependant je vous supplie de croire
qu'en quelque lieu que le service du roi m'appelle, et à quoi que ce soit qu'il me desliue, je conserverai toujours une extrême envie de pouvoir vous témoigner que je suis véritablement,
« Monsieur,
«Votre très humble et très affectionné serviteur, « Le Duc de Gréquy.
« A Saint-Quirico, le 4 novembre 1662. »