‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 393 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

besoin d'examiner ni d'éclaircir aucune circonstance, il suffit à Sa Majesté, pour avoir droit de prétendre avec justice les réparationsqu'elle demande, qu'elle sache seulement cequele pape même nenierapasêtre horsdedoute,que l'ambassadeurdeSadite Majesté et l'ambassadrice ont été assassi nés dans kome, qu'on avait pris toutes les avenues de leur palais, qu'on a laissé évader tous les assassins pour ne les point châtier, quoique leur crime soit d'une nature qu'il suffisait de les avoir trouvés sur le fait pour les punir de mort à l'instant sur le lieu même ; que l'on n'a fait aucune diligence sur les chemins ni ailleurs pour les reprendre après leur fuite; qu'on a attendu neuf jours pour les faire chercher, quand on les a crus tous arrivés au lieu de sûreté, et qu'enfin en deux mois et plus de temps on n'avait puni un seul des coupables ; qu'on a même licencié les compagnies des Corses qui sont à Rome afin qu'aucun d'eux ne pût déposer contre les auteurs ; qu'ayant fait plainte au pape du premier attentat, Sa Sainteté, au lieu de promettre des satisfactions au roi, avait répondu des choses étonnantes, que Ton peut voir dans la lettre que le roi a écrite au cardinal de Médicis sur ce sujet, comme le doyen du Sacré Collège.

« Il n'est donc plus besoin d'avoir plus grand éclaircissement après ce qu'on vient de dire, qui ne peut être révoqué en doute, pour faire encore mieux connaître quels ont été les sentiments de ceux qui ont aujourd'hui l'autorité dans Rome sous le pape, touchant l'assassinat de l'ambassadeur du roi, s'il leur a déplu ou non, s'ils ont trempé auparavant, ou continué après leur coup fait, l'assassinat même à part, toutes réflexions sur l'occasion des assassins qu'on tenait renfermés, et sur l'entière impunité du crime , il ne faut que savoir ce dont toute la ville rend un témoignage public, combien et avec quels termes d'ostentation et de complaisance de soi-même on s'est glorifié au palais et chez le gouverneur d'avoir su si avantageusement réparer l'ignominie de l'accommodement que Ton venait défaire il y a quelques années avec M. le cardinal d'Esté ; d'avoir chassé avec honte l'ambassadeur d'un grand roi, d'avoir attiré et fait cacher tous ceux qui lui voulaient adhérer, d'avoir montré qu'on sait quand on le veut être le maître, et d'avoir enfin, pour l'abaissement et la mortification de la plus pétulante nation, immortalisé et élevé la gloire du pontificat beaucoup au-

dessus de tous les plus glorieux prédécesseurs de Sa Sainteté.

« Sa Majesté, nonobstant tout ce que dessus, n'en est pas moins disposée à un bon accommodement, pourvu que son honneur, qui est notablement blessé, soit mis à couvert par des réparations convenables Elle veut bien donner de bon cœur au repos de Tltalie et au bien de toute la chrétienté tous les autres ressentiments de vengeance qu'il serait en son pouvoir d'en tirer facilement, comme tout le monde voit, puisqu'elle a pour la justice de la cause la puissance en main de faire rendre ladite justice aussi ample qu'elle voudra.

« Mais si le dit sieur cardinal Chigi doit venir en France en qualité de légat, comme Sa Sainteté a fait déclarer par le dit sieur de Créquy que c'est un des points, entre plusieurs autres, de la satisfaction qu'elle prétend, ce ne doit pas être sous prétexte de donner des éclaircissements, dont il n'est nul besoin, sur des choses qui ne sont que trop évidentes ; mais pour le sujet que le dit sieur de Créquy s'est déjà expliqué.

« Pour conclusion, Sa Majesté est prête de recevoir le sieur cardinal Chigi en qualité de légat, comme elle-même l'a demandé avant que Sa Sainteté en fît l'offre, et de lui faire rendre tous les honneurs qu'on a accoutumé en France de déférer à ceux qui y venaient avec ce caractère; mais il est nécessaire que deux choses précèdent le départ de Rome du dit sieur cardinal Chigi : la première que les termes dont il devra user en parlant à Sa Majesté soient auparavant concertés et arrêtés avec le dit sieur de Créquy; et la seconde, que tous les autres points de la satisfaction de Sa Majesté soient préalablement ajustés par le même duc. Cependant elle proteste de nouveau que, quelque résolution qu'on l'oblige de prendre, elle révéreraet respectera toujours le Saint Siège en la personne de Sa Sainteté qui y est assise, autant et plus que n'a fait aucun^des rois ses prédécesseurs qui ont le plus mérité du Saint Siège. »

Cet écrit plein de vigueur soutenait les droits du roi et la gloire de sa couronne; mais il ne dut pas être fort agréable aux parents et aux ministres du pape, qui voyaient avec quelque peine que les Français étaient trop éclairés

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