‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 414 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

que la France soit le seul état où la religion catholique soit affaiblie par ce poison pestilentiel, ce monstre infernal, [né] comme le serpent python delà fange des marais pourris et corrompus rendue féconde, s'il faut ainsi parler, par les rayons du soleil, c'est-à-dire par la permission de Dieu. Dieu pour prouver sa cause et pour se venger de quelque déplaisir qu'il a reçu cousent à son affliction. On sait que tous les rois de France n'ont point eu de plus mortels ennemis que les hérétiques, ni les hérétiques de plus forte résistance que de la part de leurs rois. Et l'on ne doit compter pour rien certaines tolérances, ou pour mieux dire quelques unions qui leur ont été accordées dans la nécessité des temps pour conserver la couronne à ses princes légitimes contre les entreprises de leurs propres vassaux, qui prétendaient usurper le royaume après en avoir usurpé l'autorité. Une infinité de choses font foi de ce que je viens de dire, comme l'exécution d'Amboise, le carnage de la Saint-Bar- Ihélemy, tant de batailles livrées aux hérétiques et tant de déroutes qui leur y sont arrivées, leur inhabilité aux charges publiques, enfin l'entière privation qu'ils ont soufferte de toutes sortes de lieux de refuge, et leur entier désarmement qu'ont fait les armes victorieuses du roi défunt; et parce que vous ne pourrez demander pour quel sujet le parti huguenot ayant été réduit à une si grande extrémité on n'a point achevé de les ruiner entièrement, je vous répondrai qu'il faut croire que l'on s'est abstenu de le faire pour n'avoir point à combattre un ennemi si redoutable et si dangereux en tout temps de rumeur et de tumulte, et particulièrement lorsqu'il est réduit au désespoir, les Pays- Bas en ayant donné depuis pe,u un exemple suffisant à toute la postérité, puisque l'on y a vu que la trop rigoureuse application des ministres et des officiers du roi à l'extirpation des hérétiques a été la cause défaire soustraire de l'obéissance de Sa Majesté catholique les Provinces- Unies des Hollandais, par la perle desquels la couronne d'Espagne a été privée d'une de ses plus belles et précieuses pierreries.

« Que si la France, lorsqu'elle était encore toute catholique, s'est liguée, et par la division qu'elle a fomentée a donné lieu aux potentats d'Allemagne de se soulever contre l'empereur Charles V toujours victorieux, elle ne fît rien

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en cette occasion que ce que tout prince aurait fait dans une pareille rencontre, et [ellel ne se ligua point en faveur de la religion protestante, mais seulement pour s'opposer à la trop grande puissance et à l'agrandissement de son vainqueur, qui avait ruiné en une infinité de rencontres les forces des Français, la politique rendant nécessaire et légitime toute confédération, sinon pour attaquer un ennemi, au moins pour conserver les états et la grandeur que l'on possède.

« Enfin la France est un royaume puissant dont le roi et la plus saine partie du peuple sont catholiques, dont les armées, quoique composées indifféremment de catholiques et de calvinistes, obéissant entièrement sans aucune exception au moindre signal du prince, peuvent être employées utilement pour le bien de la chrétienté et pour la défense particulière de l'Église.

« Ce peu de considérations que je vous ai exposées en forme d'apologie pour la France m'ont paru non seulement n'être pas inutiles, mais même fort à propos et nécessaires. Je les ai jugées fort à propos pour l'honneur d'un royaume à qui la Majesté du roi mon seigneur a donné pour reine la sérénissime infante sa fille, à quoi sa piété n'aurait jamais consenti, ni par la considération de la paix, ni pour quelque autre intérêt que ce puisse être, s'il n'avait eu en vue de l'établir sur un peuple où Ldomine] le parti catholique, et la donnant pour épouse à un prince qui n'est pas moins chrétien d'effet que de nom. J'ai aussi jugé que ces considérations étaient nécessaires pour Justifier une des fins que j'ai protestées au commencement de mon discours, savoir l'honneur et la gloire de Dieu et le bien de la chrétienté, étant assuré que quand il plaira à Sa Majesté de les peser, elles l'obligeront à porter le pape à faire avec de prudentes réflexions l'estime qu'il doit faire de la couronne de France, et il sera difficile que de cette estime Sa Majesté ne passe ensuite à ces satisfactions desquelles doit dépendre la division de la paix et de la guerre, non seulement de l'Italie, mais aussi de toute l'Europe, qui se verra indubitablement agitée dans peu de temps de mouvements à venir.

c Or ces satisfactions que la France a demandées sont si justes et si raisonnables, qu'en comparaison de l'affront

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