‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 420 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

France et d'un puissant secours contre les Turcs, de ces divines bénédictions que Votre Seigneurie leur désire, et non du sang et des larmes de tant de familles chrétiennes, qui se répandraient si l'intention du pape avait le succès qu'il désire, puisque l'on sait très bien, au grand élonnement de tous ceux qui connaissent sa piété, qu'il a fait solliciter l'empereur et le grand -duc; et qu'enfin sous prétexte d'accorder au cardinal Impérial la permission qu'il lui avait demandée de se retirer dans son pays, Sa Sainteté l'a envoyé à Gênes pour tâcher d'engager cette république dans son parti.

« Ce point est très important à Sa Sainteté et au roi mon seigneur, et c'est le moyen de s'éclaircir l'un avec l'autre de la véritable intention du roi de France, parce qu'après qu'il aura reçu les satisfactions qui lui sont dues, il sera obligé de remettre à Sa Majesté la parole de l'accord qu'il a fait avec elle, par le passé, d'éloigner des frontières d'Italie toutes ses troupes, et de faire succéder aux apparences de la guerre toutes les apparences d'une paix et d'une amitié sincères, et par ce moyen Sa Majesté sera délivrée de la jalousie qu'elle doit avoir par raison d'état. Le pape sera aussi délivré de la crainte que lui cause le zèle si ardent qu'il témoigne pour les intérêts de l'Eglise. Que si au contraire le roi de France, après avoir reçu les réparations proportionnées qu'il désire, continue dans la possession du passage qui lui a été accordé, et ne cesse point par des désordres suspects et par la proximité de ses troupes en Italie de donner de la jalousie à cette province, alors non seulement l'Espagne, mais aussi tous les princes d'Italie s'uniront ensemble pour lier étroitement contre eux cette grande confédération que Votre Seigneurie vient de proposer.

« Le second parti est, que si l'on ne peut en nulle manière fléchir l'esprit du pape, afin que l'on puisse au moins tirer de ce mal le bien que l'on pourra, Sa Majesté ne fasse aucune ligue publique et déterminée, mais seulement une secrète et conditionnée, en s'obligeant avec chaleur à la défense de la Sainte Église et des états que Sa Majesté possède en Italie.

Pour expliquer quelle doit être cette ligue conditionnée, et afin que, toutes choses étant réglées, on puisse ajouter

des mesures et prendre de part et d'autre dans cette occasion les résolutions que l'on jugera à propos, il est nécessaire de déclarer en quoi consiste l'offense qui aura été faite à l'Église, afin que le roi mon seigneur puisse savoir en quoi il sera obligé par cette ligue.

« Les souverainspontifes ont deux sortes d'administration : l'une spirituelle, l'autre temporelle. La première ne peut ni peu ni beaucoup être altérée sans blesser l'Église. Quant à la temporelle, il n'est pas permis au pape d'offenser ni avec injures, ni avec armes aucun prince chrétien sans que ce prince puisse avec toute sorte de justice venger les injures qui lui sont faites, opposer la force à la force, combattre les peuples qui sont dépendants de l'Église, étant même nécessaire de se saisir des places de l'Église, pour les restituer ensuite dans le temps. Et si la chose allait autrement, il ne faudrait plus appeler les princes chrétiens enfants de l'Église, mais ses esclaves.

« Après avoir établi cette vérité infaillible, si le roi de France envoie une armée en Italie dans la seule intention de venger l'affront que lui a fait don Mario, ce qu'il pourra faire en plusieurs manières et même à Rome sans blesser l'Église, puisque don Mario n'est ni de l'appartenance, ni de la dépendance de l'Église quoiqu'il soit frère du pape, et l'Église n'ayant nul intérêt en sa personne, elle n'est point obligée de prendre sa défense et sa protection, et si elle le faisait ce serait injustement, et le roi très chrétien aurait droit et une raison légitime de traiter d'ennemi l'état de l'Église, d'attaquer ses troupes, et de les tailler en pièces partout où il le pourrait, et de s'emparer de ses forteresses autant qu'il le jugerait à propos, et qu'il le croirait utile à l'honneur et à la sûreté de ses troupes, avec intention néanmoins de rendre ces forteresses quand il le faudrait, sans qu'en ce cas là Sa Majesté fût tenue de faire commettre aucune hostilité contre la France. Et quoique Sa Majesté soit tenue de rompre la paix avec les Français, lorsque par la voie des armes ils procureront la restitution de Castro et de Comacchio, parce qu'en agissant ainsi^ ils ne feraient rien contre l'Église, étant certain que ce ne serait encore rien, sinon opposer la force à la force, en la faveur de deux princes dont les états sont retenus avec violence par l'Eglise, qui doit se conduire en bonne mère et non en usurpatrice

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