IV
On se contentera de rapporter ici une partie d'un écrit que fît alors M. de Sainte-Marthe*, l'un des confesseurs de leur monastère, et dont le zèle leur a fait recevoir de très grands secours dans toute la suite de cette longue persécution. Voici les réflexions qu'il faisait sur ce que l'on désirait d'elles :
Ignorare non licet quse facere non licet. — Unum timet Veritas, ne forte damnetur. — Cognoscile, etposlea, si potestis, damnate.
« On demande si c'est un bonheur ou un malheur en ce temps à une personne que l'on veut obliger de signer le formulaire de l'Assemblée du clergé, de ne savoir rien de la question dont il s'agit?
Il semble que cette ignorance est très dangereuse. Car :
l.Si on se croit obligé de signer, on doit donc savoir d'où vient cette obligation ; on doit connaître les raisons qui nous obligent, afin qu'après lavoir fait on puisse avoir la conscience en repos, qui n'y sera jamais si l'on demeure toujours incertain si on a dû signer ou si on n'a pas dû signer.
2. C'est une chose inouïe dans l'Eglise qu'on ait fait signer des religieuses. Ne doivent-elles donc pas savoir les raisons pourquoi on les oblige à une chose extraordinaire?
3. Ne doivent-elles pas savoir qu'on prétend leur faire signer ce formulaire comme un article de foi? Comment peuvent-elles croire si elles n'entendent point, dit saint Paul? N'est-il pas bon qu'elles sachent qu'en signant le formulaire elles s'obligent de croire, comme un article de foi révélé de Dieu, que cinq propositions sont dans Jansénius, et qu'elles soient pareillement instruites qu'il y a des faits qui deviendront des articles de foi quand il plaira à Messeigneurs de l'Assemblée du Clergé?
4. Ne faut-il pas aussi qu'elles sachent qu'elles condamnent ces cinq propositions dans le sens ' de Jansénius, quoiqu'il leur soit impossible de savoir quel est le sens de Jansénius sur ces propositions, et par conséquent de savoir s'il est bon ou mauvais?
Ne faut-il pas qu'elles sachent qu'elles condamnent
1. Claude de Sainte-Marthe (1620-1690), coufesseur des religieuses de P. R. Il fut forcé de se retirer cd 1679, et se réfugia à Orsay où il mourut.