‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 49 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

comme hérétiques ceux-mômes qui ne donneut que des sens très catholiques à Jansénius sur ces propositions?

Mais si elles ne doivent pas signer il semble qu'elles aient beaucoup plus de nécessité de s'instruire :

1. Comment peuvent-elles condamner ce formulaire, si elles ignorent comment il a été construit, les intrigues, les cabales, les fourberies dont on [s'jest servi à Home, auprès des évêques, et à la cour?

2. Comment peuvent-elles résister aux puissances ecclésiastiques, si elles ne savent pas quand elles le doivent faire et quand il est permis de ne suivre pas ce qu'elles ordonnent?

3. N'ont-elles pas besoin de savoir quand on doit craindre et ne pas craindre les inconvénients, pour avoir au moins dans les plus violentes persécutions le repos intérieur du cœur?

4. Qu'on peut être chassé visiblement de l'Eglise par la faction et l'envie des personnes charnelles sans en être chassé véritablement, comme le dit si souvent saint Augustin.

5. N'ont-elles pas besoin de lumière et de discernement pour ne pas prendre pour l'Église une faction de personnes charnelles qui se mettent en la place de l'Eglise, et qui, par leurs fourberies et violences, obligent presque tous les fidèles qui demeurent fermes dans leur foi à se cacher ou à être persécutés?

6. Puisque c'est une injustice à nos adversaires de vouloir dominer sur la foi des fidèles et de vouloir qu'ils croient des choses qu'ils ne veulent pas expliquer, ni même rendre raison pourquoi ils ne veulent pas les expliquer, comme saint Grégroire dit que les pasteurs sont obligés de faire, n'aurions-nous pas le même tort si nous voulions obliger les personnes qui ont créance en nous de nous croire sans que nous leur en rendions aucune raison?

7. Que peut nuire aux âmes les plus saintes de considérer dans l'Écriture sainte et dans les Pères des images de ce que nous voyons maintenant? N'est-ce pas une grande consolation de savoir que les saints ont été réduits à l'état où nous sommes, et que les méchants et les hérétiques ont été quelquefois aussi puissants dans l'Église que le sont nos ennemis?

8. Quand est-ce que la connaissance de la vérité nous est nécessaire pour nous délivrer des erreurs, sinon quand ces erreurs sont appuyées presque par tout le monde?

9. Quand est-ce qu'il faut s'instruire, sinon lorsqu'on nous veut contraindre de croire sincèrement et de cœur des hérésies, et de dire anathème à des personnes très catholiques?

10. Si saint Athanase a cru devoir écrire contre ceux qui se contentaient de demeurer dans ce qu'ils voyaient qu'on appelait l'Église catholique sans vouloir davantage examiner où était la vérité, et s'il a cru que ces personnes étaient en très grand danger d'être trompées, n'avons-nous pas sujet de dire la même chose en ce temps?

11. Pourquoi les Pères ont ils appelé l'Eglise une école, sinon pour nous apprendre que les pasteurs avaient une obligation indispensable d'enseigner les vérités chrétiennes, comme les simples fidèles avaient pareillement une très étroite obligation de s'en informer? Et quelles sont les vérités que nous sommes plus obligés de savoir, sinon celles que l'on combat le plus et qu'on veut obscurcir pour nous faire tomber dans l'erreur?

12. La première parole que Notre Seigneur a dite aux apôtres quand il les a envoyés prêcher l'Évangile a été : Docete. Enseignez. La foi est une science divine; c'est pourquoi il est dit des chrétiens qu'ils sont : docibiles Dei, que l'onction leur apprend toutes choses. Mais pourtant la foi ne s'établit dans les cœurs que par l'instruction et la prédication des hommes.

13. Jésus-Christ est la vérité, la lumière, le soleil de justice. Le diable au contraire est l'auteur du mensonge, le prince des ténèbres, un esprit de tromperie et de séduction. Lorsqu'il arrive des temps d'obscurcissement dans l'Église, et que faute de savoir la vérité nous la blessons, c'est sans doute un grand malheur, puisque nous pouvons dire alors que le soleil de justice ne s'est pas levé sur nous ; que nous ne sommes point entrés dans la lumière adn:irable du royaume de Dieu; que l'homme ennemi a ravi la parole de vérité de notre cœur, et nous a détournés des voies droites pour nous engager dans l'erreur.

14. 11 n'y a jamais une plus pressante nécessité de savoir une chose que quand on exige de nous que nous la

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