‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 55 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

les plus méchants hommes du monde. Que l'on n'avait pas de peine à leur obéir, et cela de peur du schisme ; tellement que l'on souffrait sans douleur les plaies les plus profondes que les autres faisaient à l'Église, sous prétexte d'éviter une petite division qui n'était que superficielle, et qui n'était que l'ouverture sans laquelle on ne pouvait faire purger l'apostume. Qu'il ne pouvait s'empêcher de comparer l'état dans lequel la plupart du monde était pour ce regard à celui des soldats qui après avoir crucifié J.-C. ne voulaient pas diviser sa robe; qu'il était vrai que la charité faisait cet effet dans quelques-uns, mais que l'intérêt qui régnait dans l'âme de ces soldats en était la cause dans presque tous les autres; qu'il ne suffisait pas de ménager les intérêts de la vérité, mais qu'il fallait aussi veiller à ceux de la justice. Que le désordre que nous craignons dans l'Église et qui avait commencé dès le temps de saint Paul n'est pas appelé le mystère de l'erreur, mais le mystère d'iniquité. Que les sentiments relâchés tels qu'étaient ceux d'un évêque d'une piété célèbre qui venait de dire que ce serait un acte de piété héroïque de signer contre son propre sentiment, ne pouvaient venir sinon de l'indifférence que l'on avait pour la conservation et la défense de la liberté chrétienne, qui est presque tout à fait inconnue et qui passe pour un désordre dans l'Église; tant nous sommes accoutumés aux flatteries avec lesquelles on parle aux puissances et des puissances de l'Église, en leur attribuant les élévations des puissances séculières. Que l'on mettait même la piété dans cette bassesse et dans cette servitude injuste à laquelle on se soumettait envers elles. Qu'on s'imaginait que c'était ce qui conservait l'Église, et qu'on ne voyait pas que c'était ce qui la changeait en un royaume temporel et politique; que nous serions bien malheureux de n'avoir pas pour tous nos supérieurs tout le respect et l'obéissance qui leur est due, puisque nous devons, selon le précepte de l'Apôtre, regarder chaque fidèle comme notre supérieur : Superiores invicem arbitrantes, et que Jésus- Christ a dit que le mépris que l'on fait de ses Apôtres retombe' sur lui, mais que nous sommes bien indignes d'être sous le gouvernement de la vérité si nous souffrons qu'on nous gouverne par l'aveuglement, si étant assurés que nous ne devons obéir que selon la raison, rationabile obse^

quium vestrum, nous souffrons que l'on mette la volonté des hommes à la place de la raison, et qu'on nous y fasse obéir contre sa lumière. Qu'en nous refusant l'instruction qu'un nous doit, on exige de nous une obéissance que nous ne devons pas, et que la foi même n'exige point de nous, puisqu'elle ne nous enseigne rien de contraire à la raison. Que cette matière mériterait bien d'être étudiée; mais que ce qui la rendait difficile, c'était que le désordre que nous voyons était aussi ancien que l'Église. Que saint Paul s'en plaignait de son temps, mais qu'il était encore plus ancien, parce que dès qu'il y avait en douze personnes assemblées autour de J.-C, ils avaient commencé à disputer de la grandeur et de la prééminence, et qu'encore que ce que J.-C. avait prononcé sur cette contestation fût capable de la faire cesser, elle n'avait pas laissé néanmoins de persévérer toujours et de croître comme dans l'état politique.

Dans sa troisième lettre, M. Perrault répondait aux exemples qu'on lui apportait, de saint Hilaire, qui avait corrigé les désordres du concile de Rimini par d'autres conciles, et se contenta de dire que ce saint ne présenta point aux évêques un autre formulaire de foi, [que] celui de saint Paulin, qui avait signé en exceptant la condamnation de saint Athanase.

11 proposait ensuite à examiner le raisonnement : Ou le formulaire dont il s'agit est un véritable formulaire composé par l'Église, ou c'est un faux formulaire. S'il est véritable, il faut le recevoir comme les Saints Évangiles, sans restriction. S'il est faux, il ne faut pas le signer même avec restriction, parce que la restriction ne lui ôte point la qualité de formulaire, qu'il usurpe injustement au scandale de toute l'Église, auquel on consent parla signature. De sorte que de signer le formulaire, c'était en quelque façon pécher contre le Saint-Esprit.

11 témoignait néanmoins que dans le temps même qu'il lui écrivait, il lui venait dans l'esprit une manière de signer le formulaire en ces termes : « Je souscris pour témoigner que je condamne les cinq propositions condamnées comme hérétiques, sans néanmoins avouer qu'elles sont dans Jansénius, et sans reconnaître le présent acte pour formulaire de foi, n'ayant point été fait par l'Eglise universelle ni par aucun concile. »

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