LIVRE XXV
apôtres des gentils par toute la terre, et leur imposèrent les mains, ce qui ne se fait que par ceux qui ont autorité; que Prosper et Hilaire, qui ont tant résisté en France aux évoques pélagiens étaient tout au plus prêtres, et qu'on ne leur avait jamais reproché cela. Pourquoi donc les prêtres croyaient-ils devoir s'excuser de résister à l'injustice sur un défaut qu'ils n'avaient point? Qu'il avouait que les évéques avaient étrangement avili les prêtres; mais que, consentît qui voudrait à cet avilissement, pour lui il était du sentiment de saint Jérôme approuvé par saint Augustin, que le respect que les prêtres doivent à leurs évéques pouvait bien aller jusqu'à ne point s'élever contre les faussetés qu'ils signaient, de sorte qu'on aurait pu leur laisser signer entre eux le formulaire s'ils se fussent contentés de cela; mais qu'il ne s'étendait pas jusqu'à leur obéir quand ils voulaient obliger les autres à ces sortes de signatures. Qu'il y avait aussi deux sortes de disciplines : quelques-unes indifférentes d'elles-mêmes, et d'autres que l'on ne pouvait violer sans la ruine de la foi; et il prétendait que cet établissement d'un prétendu concile national dans TAssemblée du clergé était de celte nature. Qu'enfin de reconnaître cette usurpation comme un droit légitime, c'était ouvrir la porte à toutes les hérésies, et que la discipline qui était absolument nécessaire pour conserver la certitude de la foi appartenait autant à la foi que celle qui était renfermée dans un dogme particulier. Il avait écrit ces deux lettres à M. Haslé avant que d'avoir reçu le mandement des grands-vicaires; mais [l'jayant lu et désapprouvé, il en écrivit encore deux autres de plus grande étendue, qui seraient trop longues à rapporter ici avec toute la dispute qu'elles contiennent. On se contentera de faire voir quels étaient ses sentiments par un écrit qu'il fit sur cette matière :
Ecrit de M. Perrault contre la signature du formulaire et du premier mandement des grands-vicaires de Paris.
Toute signature est un témoignage de consentement et d'approbation, et en particulier la signature d'une formule de foi est une croyance.
On ne peut consentir à une injustice, ni approuver des mensonges et des impostures, ni croire comme de foi ce ce qui ne peut être un objet de foi.
Le formulaire a été fait avec injustice. : 1° parce qu'il a été fait sans ouïr les parties qu'il condamne; 2° parce que les évéques n'ont jamais voulu donner l'éclaircissement qui leur a été demandé en particulier et en public par des évêques même de l'Assemblée; 3° par ce que les auteurs du formulaire implorent l'assistance même du -bras séculier pour le faire exécuter avant que d'avoir reçu le consentement de leurs confrères qu'ils veulent assujettir par ce moyen, quoiqu'ils ne fassent en apparence que les prier et les exhorter d'exécuter ce qu'ils ont résolu.
Le formulaire est plein de mensonges il" Il est faux qu'on soit obligé en conscience d'obéir aux constitutions du pape comme à une chose appartenant à la foi; car il n'est point de foi que les papes ont droit de faire des constitutions, et encore moins qu'on soit obligé de les recevoir et d'y obéir. Cependant on fait profession de cette obligation par ce formulaire de foi.
2. 11 est faux que les cinq propositions soient de Cornélius Jansénius et contenues dans son livre.
3. Il est faux que la doctrine de Jansénius ne soit pas celle de saint Augustin, et qu'il l'ait mal expliquée contre le vrai sens de ce saint docteur. Toutes ces faussetés sont contenues en termes exprès dans le formulaire.
Le formulaire oblige à croire comme de foi ce qui ne peut être un objet de foi, puisqu'il oblige à croire que des propositions sont condamnées au sens de Jansénius, et bien que cela ne soit pas exprimé en termes exprès dans le formulaire, néanmoins les propositions n'y sont expliquées que par le rapport qu'elles ont avec Jansénius, et l'Assemblée, qui seule a droit d'expliquer sa décision, déclare dans ses articles que ce qu'elle a défini comme de foi dans le formulaire est que les propositions sont condamnées comme hérétiques au sens de Jansénius.
L'Assemblée déclare qu'elle n'a mis dans la formule pour décision de foi que la même décision qui est contenue dans la constitution, savoir que les propositions qui ont été tirées du livre de Jansénius sont condamnées d'hérésie au sens que cet auteur les a enseignées.
Il n'est donc pas permis de donner son consentement et son approbation ni sa créance au formulaire, et par conséquent il n'est pas permis d'y souscrire.