CHAPITRE XII
Écrit des molinistes contre le mandement des grands- vicaires de Paris. Relation de ce qui se passa sur ce sujet après leur arrivée à Fontainebleau.
Quelque persuadé que pût être M. Perrault que les molinistes laisseraient signer librement à tout le monde le mandement qui lui faisait tant de peine, il en put être désabusé par un écrit que les partisans des Jésuites publièrent en ce temps-là et qui était intitulé : Considérations sur T ordonnance de MM. les vicaires généraux de Paris sur les souscriptions. La conclusion de cet écrit, après un très grand nombre de faussetés et de calomnies, était « qu'il y avait grand sujet de douter qu'aucun particulier pût en conscience souscrire le formulaire avec les interprétations de l'ordonnance ; que ce serait consentir aux faussetés que l'auteur de ces Considérations prétendait avoir montrées en deux articles ; que ce serait tremper dans la fraude qui était faite aux intentions des papes, des évêques de France, de toute l'Église et du roi qui se montrait le défenseur du saint siège et desprélats ; que ce serait favoriser l'hérésie en lui laissant le moyen d'éluder les jugements du saint siège et les arrêts du roi; que ce serait convertir la signature qui était inventée pour s'assurer de la foi des particuliers en un moyen de couvrir l'erreur et de fomenter les divisions; qu'enfin ce serait se laisser jouer manifestement et souffrir qu'on éludât l'autorité divine et humaine, et tout ce qu'il y a de grand, de saint, et d'éclairé en toute la terre.»
Mais ce qui se passait à Fontainebleau, et la conspiration de la cour, des évêques du conseil de conscience, des Jésuites el des docteurs du parti de Molina pour ruiner le mandement montrait encore plus évidemment combien il leur était désagréable.
Les grands-vicaires y ayant été mandés arrivèrent le mercredi '29 juin, et se rendirent d'abord chez M. Le Tellier, secrétaire et ministre d'État, selon l'ordre qu'ils avaient reçu de la part du roi. Il les retint à dîner et les mena aussitôt après saluer Sa Majesté, qui leur dit qu'ils avaient fait une ordonnance dont on se plaignait. M. le doyen répondit qu'il était fort surpris que l'on eût trouvé à redire à cette ordon-
nance, qu'ils avaient selon Dieu et leur conscience recherché les moyens qu'ils avaient jugés propres à mettre la paix dans l'Église et dans le diocèse de Paris, qui était troublé depuis dix ans par une question peu importante, ce qu'il répéta plusieurs fois au roi, et qu'ils priaient Sa Majesté de croire que leurs intentions avaient été sincères en faisant ce mandement ; et que si Sa Majesté avait agréable de les entendre sur cette affaire, ils lui feraient voir que la présente contestation n'était qu'une pure bagatelle, et que sans doute ceux qui trouvaient à redire à leur mandement aimaient plus le trouble que la paix dans l'Eglise, et qu'ils assuraient Sa Majesté que tout le monde s'y soumettait. Le roi répondit qu'il fallait conférer avec son conseil de conscience.
Après la réponse du roi, M. LeTelliermenadanssoncarrosse MM. les grands vicaires chez MM. les évêques de Rodez et de Rennes, avec qui ils confèrent depuis trois heures jusqu'à neuf heures du soir. Le Père Annat ne s'y trouva pas, M. le doyen ayant témoigné à M. Le Tellier qu'il ne voulait pas conférer avec lui.
M. le doyen ayant commencé par la lecture de son ordonnance, M. Le Tellier dit qu'on trouvait deux choses à y reprendre : la première en ce qu'ils avaient fait la distinction du droit et du fait; la deuxième en ce qu'ils avaient dit : sans que par le dit formulaire et signatures d'icelui il soit innové aux dites constitutions. L'on ne se plaignait que de ces deux articles de leur mandement, mais principalement et presque uniquement du premier.
M. le doyen dit d'abord qu'il était constant que l'Assemblée du clergé n'avait aucun droit de faire des formulaires dans le diocèse de Paris, puisqu'elle n'y avait aucune autorité ni juridiction, et qu'il n'appartenait qu'à eux grandsvicaires d'en faire dans ce diocèse, et qu'ils avaient aussi le droit d'expliquer le formulaire dressé par l'Assemblée au cas qu'ils s'en voulussent servir. M. le doyen dit aussi qu'on ne pouvait pas nier qu'il y avait dans le formulaire un fait et un droit. M. de Toulouse demeura d'accord que les évêques n'avaient aucune autorité ni juridiction dans le diocèse de Paris, et qu'il y avait dans le formulaire un droit et un fait, mais qu'eux, grands-vicaires, devaient obliger à croire que les propositions étaient dans Jansénius, et condamnées dans le sens expliqué par cet auteur, comme il était porté par le