‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 65 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

rite souveraine qu'ils n'avaient fait dans une conférence, et ils jugèrent qu'ils ne devaient répondre à leur mémoire que par un arrêt.

Ils gardèrent néanmoins quelque sorte de tempérament pour ne pas condamner tout d'un coup le mandement, parce qu'ils reconnurent dans l'esprit du roi qu'il ne voulait point user en cette rencontre de son autorité royale, et ils se contentèrent de faire surseoir à l'exécution de la signature de ce mandement après que les autres évéques qui se trouvèrent alors avaient déclaré dans une assemblée extraordinaire qu'ils n'avaient autre avis à donner à Sa Majesté que celui qui était porté par leur délibération du 2o de juin, qui lui serait représentée.

Cet arrêt porte que le roi en son Conseil ayant appris que quelques personnes interprétaient mal le mandement des vicaires généraux de Paris, qu'ils avaient fait le 8 du mois de juin pour la signature du formulaire, aurait ordonné, jusqu'à ce qu'il eût pris avis des évéques qui sont à sa suite touchant le dit mandement, qu'il serait sursis à l'exécution du dit mandement et signature du dit formulaire en vertu d'icelui. En date du dernier juin.

Cet arrêt fut apporté à M. le doyen de Paris par un commis de M. Le Tellier, qui dit que le roi les aimait et chérissait, et n'avait pas voulu leur faire signifier cet arrêt par un huissier; mais qu'il le leur donnait manuellement pour leur faire savoir les ordres de Sa Majesté, et pria M. le doyen de mettre au bas de la copie qui était entre les mains de lui, commis, qu'il en avait reçu l'original, ce qu'il lit.

Ce même jour, MM. les vicaires généraux, après avoir été traités à dîner par MM. les évéques de Condom et de Césarée, furent voir M. Le Tellier pour prendre congé de lui et le prier de savoir si le roi trouvait bon qu'ils allassent prendre congé de Sa Majesté. Ils le firent après la parole d'agrément que ce ministre leur en donna, et le roi étant sorti de sa chambre vint au devant d'eux. M. le doyen dit au roi qu'ils étaient bien fâchés de n'avoir pu donner à Sa Majesté la satisfaction qu'elle désirait d'eux, mais que l'honneur de l'Eglise, leur conscience et leur propre réputation les [en] empêchaient; que leurs intentions avaient été sincères, qu'ils n'avaient point vu d'autres

moyens de mettre la paix dans le diocèse de Paris que celui qui était porté par leur mandement, et que s'il avait plu à Sa Majesté de les entendre, elle aurait trouvé juste la résistance qu'ils faisaient sur l'explication qu'on leur demandait de leur ordonnance. Le roi leur dit : « Je ne doute point de vos bonnes intentions, mais vos moyens ne sont pas trouvés propres et suffisants. » M. le doyen répliqua : « Sire, en une heure de temps, je ferais voir que cette contestation n'est quune bagatelle, et vous me pardonnerez, Sire, si je dis que ceux qui trouvent à redire à notre mandement seraient fâchés de voir la paix dans l'Église. Je l'aurais mise dans le diocèse de Paris, j'aurais réuni les esprits, et j'aurais mis fin à une bagatelle dont on importune Votre Majesté, et qui cause du trouble dans l'Église et donne lieu à toutes sortes de calomnies et de médisances. Nous aurions fait. Sire, tout ce qu'on a demandé de nous, si l'honneur de l'Église et notre conscience ne nous en empêchaient. » Ce que le roi entendit assez paisiblement.

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