‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 69 sur 440 · C'est-à-dire Henri Du Hamel · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Henri Du Hamel

reçu de la cour de lui faire signer le formulaire, et S3 contenter de lui répondre que quand son évêque ou ceux qui étaient revêtus de son autorité lui demanderaient compte de sa foi, il tâcherait de leur satisfaire.

Ce qu'il disait de sa prévention touchant les décisions du pape se ruinait par des choses toutes contraires qu'il avait dites autrefois à ses amis dans l'affaire du cardinal de Retz, dont il espérait alors protection contre la cour de Rome si elle venait à pousser à bout les disciples de saint Augustin. Mais cette vaine terreur qu'il faisait paraître de l'excommunication et de ses suites n'était nullement le sentiment dans lequel il avait toujours vécu. M. Arnauld ayant publié en l'an 1647 la traduction du livre de saint Augustin : de la véritable religion^ on y voit encore l'approbation de ce curé de Saint-Merry avec celle de M. Retarten ces termes :

<' L'on peut dire que l'un des plus excellents livres qu'ait faits saint Augustin, est celui de la Véritable religion. C'est presque comme un abrégé de la doctrine merveilleuse que cedocteur incomparable a étendue en tant de différents volumes, dont ce docteur est si riche. Il y fait triompher puissamment par la force de ses raisonnements la vérité et la justice que Ton peut trouver seulement dans l'Eglise catholique, de tout ce que l'erreur des philosophes, l'aveuglement des Juifs, l'opiniâtreté des hérétiques, la cupidité ou l'amour déréglé des chrétiens imparfaits envers les créatures leur peuvent opposer. C'est pourquoi nous avons sujet d'espérer que si cet ouvrage est reçu et lu avec piété, ainsi que c'est cet esprit qui l'a fait produire à saint Augustin comme il le dit lui-même, et qui l'a fait traduire à M. Arnauld, que la vérité de la vraie religion qu'il enseigne se montrant avec plus de force produira les bons effets qui sont inséparables de l'amour sincère qu'on lui porte. C'est ce que nous souhaitons pour fruit de cet ouvrage, après que nous, docteurs en théologie, l'avons lu et approuvé, le 2 octobre 1647, à Paris.

« Retart, — Duhamel curé indigne de Saint-Merry. »

Or, s'il y a quelque livre au monde qui soit capable de fortifier les personnes faibles contre la crainte des excommunications injustes, c'est le livre de la Véritable religion, où l'on trouve dans le chapitre 6 ces paroles si célèbres et si consolantes:

« La Providence de Dieu permet souvent que des hommes même vertueux soient chassés de la communion de l'Eglise par des troubles et des tumultes que des personnes charnelles excitent contre eux; ce qui arrive afin qu'après avoir souffert avec une patience extraordinaire cette ignominie et cette injure pour conserver la paix de l'Église, sans vouloir y former quelque nouveau schisme ou quelque nouvelle hérésie, ils apprennent à tout le monde par leur exemple combien nous devons servir Dieii avec une affection véritable et une charité sincère. Le désir de ces personnes dans ces rencontres est, ou de retourner après que la tempête sera passée, ou, s'ils ne le peuvent faire voyant qu'elle dure toujours, ou appréhendant que leur retour n'excite les mêmes troubles ou encore de plus grands, ils gardent toujours la volonté de faire du bien à ceux mêmes qui les ont chassés par leurs violences et par leurs cabales, et sans faire aucune assemblée particulière, ils soutiennent jusqu'à la mort et confirment toujours par la profession de leur créance la foi qu'ils savent que l'on prêche- dans l'Eglise catholique. Ces personnes sont couronnées dans le secret par le Père qui les voit dans le secret. Ces exemples paraissent rares; mais il y en a pourtant, et plus qu'on ne saurait croire. »

Un docteur qui avait approuvé cette doctrine de saint Augustin avec tant d'éloges si magnifiques, et qui avait passé quatorze ans entiers dans ces sentiments, devait être fort précautionné contre les vaines terreurs des excommunications injustes. Mais s'il était ou s'il voulait être assez peu éclairé pour traiter de subtilité scholastique la distinction du droit et du fait, qui est si ancienne dans l'Église, il ne fallait rien attendre de lui que de faible et de déplorable. Si sa charité pour ses amis eût été aussi grande qu'il se l'atlribue, il devait plutôt se mettre en peine de les désabuser que de se recommander à leurs prières, qui auraient été peu efficaces devant Dieu si l'opiniâtreté seule et l'attache malheureuse à leur propre sentiment les eût exposés si longtemps à tant de longues et dures persécutions. Le mauvais succès de leurs écrits qu'il leur reprochait n'était que dans son imagination. Si les puissances en paraissaient irritées, les fidèles ne laissaient pas d'en être instruits ; les persécuteurs mêmes des disciples de saint Augustin ne

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