‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 71 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

remédier à ce mal, si tant est que vous le croyiez tel, comme votre bonne conscience vous le persuadera sans doute, et que le moyen pour cela serait assez facile si vous en vouliez un peu concerter, et écouter ce que l'on en pourrait vous dire de deçà. Je prie Dieu qu'il vous mette par sa miséricorde en cette bonne et louable disposition, si vous n'y étiez pas, et que nous en voyions bientôt de bons effets. Ce serait sans doute pour vous et pour nous aussi une consolation admirable et un bien qui réparerait et surpasserait tout le mal pfecédent. C'est le souhait de tous les gens de bien de deçà, c'est le mien particulier, comme ma très humble et très instante prière, que vous excusiez la liberté que je prends ici de vous parler de la sorte. Vous avez assez de bonté pour moi, et j'ai l'honneur d'être assez connu de vous pour oser espérer que vous prendrez mes paroles en bonne part, et que vous n'y considérerez qu'un zèle et qu'une affection très sincères de vous rendre quelque service. Je vous en supplie autant que je le puis, et de croire que si j'avais été libre et maître de moi, j'aurais été vous trouver en personne au lieu de ma lettre, avec une joie extrême. Car je vous honore et je suis à vous, mon très cher Père, à la mort et à la vie, a dextris et a sinistris^ per bonam et malam famàm^ et jamais rien ne sera capable de me faire oublier de mes devoirs si légitimes pour vous. Je suis plus que jamais chargé de vous offrir les vœux et les respects de tous les pères, frères et amis du cœur; chacun vous salue et chacun prie pour vous. »

Comme M. Duhamel était particulièrement en peine des sentiments de M. d'Andilly touchant sa personne et sa conduite si surprenante, et qu'il lui en avait écrit plusieurs lettres, il en reçut cette réponse datée du 3 de juillet :

« La lettre du 18 juin est la seule que j'aie reçue de vous depuis très longtemps, quoique je vous aie écrit diverses fois ; mais non pas après avoir su ce qui ne m'a pas moins surpris, et tous vos véritables amis, qu'aurait fait un coup de tonnerre lorsqu'il y aurait eu le moins d'apparence qu'il pût éclater, parce que je croyais devoir plutôt me contenter d'en gémir devant Dieu que de vous témoigner mon extrême douleur de l'affliction du monde à laquelle je me serais le moins attendu, et qui m'est plus sensible que mille paroles ne sauraient être capables de vous l'exprimer. Jamais nou-

velle ne m'a para moins croyable, et je ne pouvais m'imaginer d'être éveillé lorsqu'on m'assurait comme véritable ce qui m'aurait donné de l'étonnement et de la frayeur, même dans ua songe. Votre billet ne me confirme que trop néanmoins, et après vous avoir vu sombrer aune si horrible tentation, il ne me reste qu'à entrer daus une telle défiance de moi-même, que je tremble à chaque pas que je ferai, et n'ose presque espérer de demeurer debout en voyant de quelle sorte un homme que j'estimais avec tant de raison être cent fois plus fort que moi est si malheureusement tombé. Quelle joie pour les ennemis de la vérité ! Quel déplaisir pour ceux qui l'aiment ! Mais comme Dieu n'a pas besoin des hommes pour la défendre, il permet peut-être de semblables chutes afin de montrer qu'il veut être seul son soutien et son secours, et que laissant affaiblir les uns, il fortifie les autres pour prendre la place qu'ils ont quittée dans ce glorieux combat où l'on ne saurait entrer et persévérer sans s'oubliersoi-même pour ne penser qu'à acquérir aux dépens de fout la gloire de demeurer inébranlable dans une si juste cause. C'est la grâce que je souhaite aux personnes du monde que j'aime le plus, et que je ne saurais trop leur souhaiter parce que je n'en connais pas de plus grande. »

La tendresse et la force dont ces lettres des amis de M. Duhamel étaient remplies étaient comme autant de différentes pointes capables de percer son cœur s'il n'eût pris pour tout le reste de sa vie le malheureux parti de ne consulter sur cela que ses fausses lumières dont il venait de se préoccuper. On le verra encore rouler plus bas dans ce malheureux précipice, et montrer par une chute si lamentable qu'il n'y a point de personnes plus difficiles à ramener dans la voie de la vérité que ceux qui s'en sont écartés par principe d'une fausse dévotion.

Mais M. Arnauld, qui imitait la constance de saint Athanase dans les persécutions de l'Eglise, suivait aussi dans sa conduite l'exemple de la modération de ce grand saint. 11 conservait toujours non seulement sa charité, mais aussi son amitié et sa tendresse pour ceux qui tombaient ou par faiblesse ou par ignorance, et dont il avait un juste sujet de se plaindre; et cette bonté, qui ne l'abandonnait jamais dans les plus fâcheuses occasions, lui fit écrire cette lettre le

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