‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 85 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

qualités naturelles et acquises, ceux qui avaient pris les devants à la cour le connaissaient et le craignaient trop pour consentir à un retour qui aurait pu être la ruine de leur crédit, et il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour s'en apercevoir '.

M. de Contes ne convint point de ce que M. de Toulouse avait dit à cet archevêque dans leur entretien, que c'était lui-même, doyen de Paris, qui avait fait l'ouverture d'envoyer à Rome son mandement. Il n'avait parlé que du formulaire seul, qu'il savait n'avoir pas été agréable à Sa Sainteté. Mais la sincérité n'était pas l'une de ces grandes qualités que M. de Marca admirait en sa propre personne, et toute sa relation n'était qu'un continuel déguisement.

M'>« de Vertus ayant reçu la dépêche de M. de Sens lui répondit sans doute comme elle devait, principalement sur la lettre de M. d'Angers, de sorte qu'il se sentit obligé de s'en justifier auprès d'elle par une autre lettre du 24 du même mois, conçue en ces termes:

« Mon dessein n'a jamais été de blâmer la conduite de M. d'Angers, et je ne crois point qu'un évêque se doive taire parce que le monde n'approuve point ce qu'il dit. Mais M. d'Andilly m'avait si fort mis dans la tête que cette lettre n'était que pour faire voir qu'il n'y a point de jansénistes, que quoique je sois persuadé de tout ce qu'il faut être là-dessus, je ne pouvais souffrir qu'on entreprit de soutenir la vérité par un moyen qui choque si fort ceux qu'on en veut instruire. Mais ayant lu cette lettre dans une copie qu'on m'a donnée, je suis tout à fait persuadé qu'elle ne pouvait être meilleure ni plus digne de son auteur, et je crois qu'elle fera un effet admirable, si elle est soutenue par celle qu'on dit que M. d'Alet a écrite au roi. J'ai grande impatience de la voir, parce que j'ai grande peur que ce saint évêque ne parle que de la forme et de l'entreprise de l'Assemblée par le défaut d'autorité, qui est véritablement un fort grand mal, mais non pas le plus grand. Faites-moi s'il vous plaît l'honneur de me mander le nom des évêques qui veulent écrire au pape, au nombre desquels je serai ravi d'être, après que j'aurai vu et examiné la lettre dans

1. Tout ce passage, depuis : Cette lettre, sl été barré au ms. et ne figure pas aux copies.

laquelle il faut prendre garde de ne rien dire qui engage le pape à parler de nouveau. Il me vient encore en pensée qu'il faut appréhender que le conseil de conscience n'en rallie un plus grand nombre que le nôtre, qui écrira aussi à Rome, et que le pape se voyant assuré de la multitude, comme en la première censure des cinq propositions, il ne prononce sans peine^ étant assuré qu'il sera soutenu par cette multitude et de l'autorité du roi. Gela mérite ce me semble quelque réflexion. J'oubliais à vous mander une terrible nouvelle qui est que M. le nonce montre à tout le monde une lettre latine que M. le cardinal de Retz a écrite à Sa Sainteté, dans laquelle il a mis en latin le formulaire de l'Assemblée pour lui servir de profession de foi sur cette matière. On m'en a promis copie, que je vous enverrai aus- :

sitôt. J'oubliais encore que M. le nonce prétend être si 1

assuré de ce cardinal qu'il se faisait fort de révoquer le mandement des grands-vicaires si le roi voulait consentir qu'on s'adressât à lui pour cela. Débrouillez-moi tout cela, s'il vous plaît, si vous en avez la clef. J'ai envoyé ce matin i

l'abbé de Saint-Nicolas à Fontainebleau, pour travailler à mes aff'aires, n'ayant pas fait encore la moindre démarche pour cela. Dans deux ou trois jours nous en aurons la dernière résolution, et si est elle favorable, je serai bientôt au chevet de votre lit, ou auprès de votre chaise, ou pour mieux dire, j'espère qu'après votre neuvaine on pourra avoir l'honneur de se promener avec vous dans votre jardin. Je suis votre très obéissant serviteur.

« Le maréchal d'Albret * m'a dit ce matin que M. de Toulouse est malade. »

Il faut avouer que M. de Sens suspendait un peu sa force et sa générosité en ce temps-là pour donner plus d'étendue à sa prudence. Car il craignait tous les moyens ecclésiastiques que les autres évoques voulaient employer, et ne considérait pas que dans le temps qu'il s'affaiblissait. Dieu suscitait d'autres prélats à son Église pour la défense de la vérité et de la justice de la cause de son épouse.

1. César Phébus d'Albret (1614-1676), parent par sa mère, de M. de Goadrio, devint maréchal de France en 16S3, puis gouverneur de la Guyenne.

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