Cette phrase a été barrée au ms
2. Il y a de nombreuses ratures au ms. au cours de cette lettre. Chaque fois que l'expression : Mon cher ou très cher Père s'y reucon-
rait, elle a été effacée.
VOUS avoue que Dieu ne pouvait pas nous donner une marque plus sensible de sa bonté pour nous, et qui fût plus capable d'animer notre confiance et de nous donner du courage pour souffrir encore tout ce qui lui plaira, qu'en vous choisissant, comme il a fait, pour prendre la protection de l'innocence et pour vous donner la gloire d'entrer dans le combat lorsque tant d'autres s'en retirent. Comme je n'avais jamais rien tant demandé à Dieu que de vous voir un des plus saints évêques de l'Eglise, il me semble que j'ai sujet d'être parfaitement contente, puisque vous voilà certainement entré dans la voie des saints, et qu'il ne peut y avoir de meilleure marque que Dieu veut couronner les travaux extraordinaires que vous prenez pour votre troupeau depuis tant d'années, que de vous avoir inspiré ce dessein et de vous exposer pour son service dans une occasion aussi importante qu'est celle-ci, qui serait seule capable de sanctifier un évêque, quand même il n'aurait pas fait ce que vous avez fait pour vous y préparer par une aussi longue suite de bonnes actions. Tout ce qui me reste encore à souhaiter après cela est que Dieu vous soutienne par la force de son esprit à même temps que vous entreprenez de soutenir sa cause, et qu'il me ronde digne par vos prières, que j'ose vous demander très humblement, de mériter la qualité que je porte et qui me va devenir plus glorieuse que jamais, qui est celle.
Monsieur mon oncle, De votre très humble et très obéissante nièce et servante, sœur Angélique de Saint Jean, religieuse indigne.
La retraite dans laquelle M. Singlin était obligé de se tenir caché pendant l'orage de Port-Royal ne l'empêcha pas de témoigner par écrit à M. d'Angers combien il était plein de sentiments d'estime et de reconnaissance pour une action si épiscopale et si généreuse, et il le fît par cette lettre du 10 de juillet :
« Je ne puis m'empêcher. Monseigneur, que je ne vous témoigne la joie sensible que j'ai reçue en lisant la lettre que vous avez écrite au roi, car il y a longtemps que nous souhaitions que quelqu'un de Messieurs les prélats le fit; ce que vous avez fait avec tant de générosité et de sagesse tout ensemble que je n'ai rien vu jusqu'à présent de si
avantageux pour la défense de la vérité, pour le maintien de la discipline de l'Eglise, et qui soit plus capable de désabuser le roi et le persuader que ce qui cause aujourd'hui tant de trouble dans l'Église en partageant les esprits et en exposant les gens de bien à la persécution n'est qu'une chimère ou au plus une chose de nulle importance, ne s'agissant que d'un point de fait qui ne fera jamais d'hérétiques. Je crois, Monseigneur, que vous ne serez pas le seul de Messieurs les évêques qui écrirez ainsi au roi. Mais il était nécessaire que quelqu'un commençât, et c'est ce que vous avez fait si dignement qu'aucun autre ne vous pourra ravir la gloire d'avoir donné l'exemple de ce qu'ils doivent faire, étant sans doute le parti que doivent prendre les prélats les plus zélés pour la défense de la vérité et de la discipline de l'Église. Aussi l'introduction des signatures de choses semblables est tout à fait sans exemple dans l'Église, et il est tout à fait sans raison de les porter jusqu'à des religieuses dans des matières qu'elles ne peuvent entendre.
« Je ne doute pas aussi. Monseigneur, que tout le monde ne juge que vous n'ayez agi avec plus de prudence d'écrire au roi que de faire un bon mandement, et que cela sera bien mieux reçu à la cour de France et à celle de Rome, parce qu'elles aimeront mieux que l'on ne dise rien que de n'aller pas selon ce qu'elles désirent et selon leurs desseins. C'est ce qui me fait espérer. Monseigneur, que si le roi ne reçoit pas aussi favorablement votre lettre qu'il le devrait, et qu'il le ferait sans doute s'il n'était pas prévenu par des gens passionnés et intéressés qui ne craignent pas de faire leur cour aux dépens de la vérité et de ceux qui la défendent, au moins ne se blessera-t-il pas comme il aurait fait d'un bon mandement qui aurait mis la vérité à couvert et ceux qui la soutiennent. Mais après tout, quoi qu'il en arrive, par une action si digne de votre caractère, vous vous êtes acquis la qualité de premier défenseur d'entre MM. vos confrères de la vérité et de l'innocence, et à même temps les plus gens de bien et les plus habiles pour défendre et maintenir la justice et l'équité de votre conduite {sic). Et quoique je sois le moindre de tous, j'ose vous offrir mon très humble service et mon entremise pour contribuer en tout ce que je pourrai auprès de ces messieurs desquels vous pourrez recevoir uelques secours.
ft Je VOUS supplie [donc], Monseigneur, de croire qu'il ne se peut rien ajouter à mon ressentiment et à la passion que j'ai pour votre personne, offrant continuellement mes très humbles prières à Dieu pour obtenir de sa divine bonté un accroissement de lumière et de force pour soutenir votre action, et pour continuer jusqu'au bout de défendre sa vérité et son ÉgliwSe. Je suis avec tous les respects que je dois, votre...
Singlin. »