‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 124 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dans la dédicace de son livre, n'était pas fort grand ennemi des vertus païennes, cherchant plutôt des modèles de sa conduite parmi les Grecs et les Romains de l'antiquité que parmi les saints prélats de la loi nouvelle. La gloire du monde n'était pas son aversion, et s'il eût paru dans sa Sorbonne à la tète des docteurs, il n'aurait jamais condamné comme une erreur cette honnête ambition dont M. de la Mothe le Vayer se déclare le partisan et le défenseur.

De plus il rapporte dans ses citations une preuve qui seule était incomparablement plus forte que toutes les autres. Car elle engageait M. le chancelier à la défense de son livre, de peur que la censure que l'on en ferait ne retombât sur M. le président Séguier', son oncle, qui ayant composé un livre des Eléments de la connaissance de Dieu et de soi-même, y avait écrit ce qui suit : « Il y en a quelques-uns, dit-il, lesquels considérant les bonnes actions que ces philosophes ont exercées durant leur vie, ne désespèrent point de leur salut^, et excusent en quelque sorte leur idolâtrie, puisqu'elle ne procédait point de leur jugement, mais qu'elle était un effet de la coutume publique, et qu'ils la voyaient autorisée par les ordonnances du Prince. Quant à nous si l'on nous presse de dire notre sentiment sur cette matière, nous espérons, si cela se peut légitimement espérer, que ces anciens philosophes, qui ont exercé des actes de justice et de piété, qui ont mené une vie sans tache et sans reproche et qui ont reconnu et adoré un seul Dieu, trouveront grâce auprès de Dieu même, que sa miséricorde infinie consumera leurs défauts et leur pardonnera l'ignorance où ils ont été des mystères de J.-C. »

M. de la Mothe le Vayer pouvait écrire impunément, toutes choses sur cette matière sous une telle caution. Mais si elle était capable de le garantir de la censure des hommes et de lui acquérir même le droit de condamner de témérité ses censeurs, elle ne le défendait pas du jugement de Dieu, quoiqu'il le laissât sur la terre, pour y faire de très méchants livres, jusqu'aux dernières années de son extrême vieillesse*.

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