‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 220 sur 522 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Apologie du P. Canssin pour les Jésuites. L'Université de Paris y répond sur le champ.

11 n'était guère possible que les Jésuites, se voyant poussés si vivement de toutes parts, demeurassent dans le silence, et qu'ils ne fissent les derniers efforts pour soutenir par quelques machines l'idole de leur réputation, pour la garantir de la ruine dont elle était menacée. Mais on eut sujet d'être surpris lorsque l'on vit le P. Caussin employer sa plume pour la défense de leur compagnie, dont il avait été disgracié secrètement, avant même que d'être exilé de la cour, sous le ministère du cardinal de Richelieu.

Ce jésuite, né à Troyes et fils d'un principal du collège de la même ville, après avoir enseigné la rhétorique parmi les Jésuites lorsqu'ils furent rétablis dans la profession des lettres au collège de Clermont en l'an 1618, avait acquis quelque réputation dans le monde par le livre de la Cour sainte, qui avait eu assez de cours dans un temps où les bons livres étaient fort rares. Le roi Louis XIII ayant mis la direction de sa conscience entre ses mains, il ne fut point assez lâche pour entretenir une aveugle correspondance avec le premier ministre, et parla assez fortement à son prince sur plusieurs chefs, et particulièrement sur le sujet de la reinemère Marie de Médicis, que les intrigues de ce cardinal avaient éloignée du royaume depuis plusieurs années. Mais le roi ayant enfin consenti à la disgrâce de son confesseur*, au mois de décembre de l'an 1637, il fut relégué à Quimper, et le P. Jacques Sirmond mis à sa place.

Les Pères de la compagnie ayant été trompés dans le choix qu'ils en avaient fait pour tenir un rang de cette importance, firent éclater dans le temps de sa disgrâce les sentiments qu'ils avaient tenus cachés à son égard. Ils ne pouvaient souffrir en sa personne la résistance qu'il faisait

1. Ou lit en marge du ms., de la maiu d'Hermaut : « Revoir ce chapitre avec les lettres du P. Caussin, » ce qui parait avoir été fait, étaut données les références qui se trouvent notées.

2. On lisait primitivement au ms. : « Mais la faiblesse du roi ayant... » etc. Ces mots ont été barrés.

aux volontés du ministre dominant. Ils le voulaient entièrement dévoué à leur théologie accommodante, qu'ils considèrent comme le plus grand et le plus essentiel mystère de leur politique. Les vues qu'il avait sur la conscience du roi leur paraissaient une faiblesse et un scrupule, et le P. Sirmond S qui voulait, malgré qu'il en eût, partager cette direction avec lui, s'en était expliqué assez clairement en lui représentant: « que le prince a des péchés d'homme et des péchés de roi; qu'il suffit à son confesseur de l'absoudre de ce qu'il fait comme homme, et laisser à son conseil ce qu'il fait comme roi. » Mais le P. Caussiu n'avait pas cru que cette distinction pût mettre sa conscience à couvert; et ne se regardant pas seulement comme confesseur de Louis de Bourbon, mais comme celui de Louis XIll, il était toujours demeuré dans ses premiers sentiments.

Ce fut pour ce sujet que ceux de sa compagnie furent les premiers à insulter à sa disgrâce, et lorsque le gazetier en apprit la nouvelle à toute la France^, ils prirent un très grand soin de lui faire dire : « Qu'il avait été dispensé de Sa Majesté de la plus confesser à l'avenir, et éloigné de la cour, parce qu'il ne s'y gouvernait pas avec la retenue qu'il devait, et que sa conduite était si mauvaise qu'un chacun, et son ordre même, avait bien plus d'étonnement de ce qu'il avait tant demeuré en cette charge, que de ce qu'il en avait été privé. » Et ils avaient fait ajouter dans cette gazette, « que le déplaisir que ceux de sondit ordre avaient de sa faute était proportionné à la grande et sincère passion qu'ils ont au bien de cet état et au service du roi. »

Le P. de Séguirand, jésuite, ne s'était pas contenté de cette aversion générale de toute sa compagnie contre le P. Caussin, et avait donné des marques de son animosité particulière, en pressant l'exécution des ordres de Sa Majesté sur son départ avec toute l'exactitude d'un commissaire très ponctuel, 11 avait saisi ses livres, visité ses papiers, et lui avait fait porter- la peine d'avoir osé dire au roi « qu'il ne

1. Il y a au ms. Séguirand, ce que je crois une erreur manifeste vu la référence : Lettres du P. Caussin au P. Sirmond [sic). Gaspard Séguirand (1569-1644) fut à la fin de sa vie prédicateur du roi et sou confesseur.

2. Note du ms. : « Lettre du P. Caussiu au P. Séguirand. Voir ces lettres au P. Séguirand. »

Page 1