LIVRE IV
ressentait de se voir en assurance contre ce qui avait été jusqu'alors le plus grand sujet de sa crainte et de tous ceux qui s'intéressaient en cette cause, savoir que leurs parties, qui se vantent d'être toutes puissantes à la cour de Rome, n'obtinssent quelque censure par surprise avant qu'il eût pu se faire entendre; qu'il commençait à croire qu'elles n'étaient pas si puissantes qu'elles se vantaient de l'être ; qu'il les connaissait comme des personnes très dangereuses en matière d'accusations et de calomnies, subtiles à les inventer, hardies à les publier et à les répandre de toutes parts, et habiles à les colorer de mille prétextes spécieux, pour leur donner quelque vraisemblance. Que la crainte qu'il avait eue de quelque surprise par leurs intrigues et par celles de leurs amis l'avait obligé de se présenter seul au Saint Office et d'y demander audience, comme approbateur, avant l'arrivée de la procuration des évoques et des docteurs approbateurs; qu'il savait que leurs partisans pressaient très vivement les rapports des officiers et des théologiens nommés à l'examen et à la censure de ce livre; que les fers en étaient au feu, et que le seigneur Albizzi, dans la crainte que son intervention n'en arrêtât le jugement, ne lui avait vou'u donner que huit jours pour répondre aux objections des adversaires, ajoutant en même temps que le jugement de ce livre n'en serait pas retardé d'un seul moment ; mais que puisque Sa Sainteté avait la bonté de l'assurer que rien ne se ferait par surprise, ni avec précipitation, que tout se passerait dans les formes, et qu'elle voudrait bien prendre le temps et se donner la peine de s'en instruire par elle-même,, il croyait tout en sûreté, et que si au commencement de son audience, il lui avait dit, avec Sa sincérité ordinaire, qu'il espérait, étant fondé sur la justice de Sa Sainteté et sur le mérite de sa cause, il pouvait lui dire présentement qu'il ne craignait plus, n'étant pas possible que les grands témoignages qu'il lui donnait d'une bonté et d'une charité égales à sa justice ne fussent le fondement solide de sa confiance. Il finit en disant à Sa Sainteté qu'il serait toujours prêt et tiendrait à un très grand honneur de lui donner les éclaircissements qu'elle lui demanderait sur les difficultés du livre dont il s'agissait: qu'il espérait lui donner une pleine et entière satisfaction, et lui faire voir que la bonne opinion qu'elle lui avait té
moignée de la doctrine et de la prudence des approbateurs de cet ouvrage était très conforme à la vérité, ne doutant pas que Sa Sainteté n'en eût de la joie. Le pape l'en assura tout de nouveau, lui donna sa bénédiction, et lui ordonna d'aller voir son secrétaire, le cardinal Pancirole'.