‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 279 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

approbateurs n'avaient pas perdu le sens, non plus que lui qui avait l'honneur de lui parler, aussi avaient-ils été fort éloignés de signer et d'approuver avec éloge une folie aussi grande que serait celle de prétendre que la pratique de l'Église, dans l'administration du sacrement de pénitence, soit un abus, et que toute l'Eglise soit dans l'erreur; qu'il pouvait assurer Son Excellence, que cela ne se trouvera point dans le livre, et que tout le contraire s'y lit en termes exprès; que cette accusation était une calomnie grossière dont il avait déjà purgé ce livre devant le tribunal du Saint Office ; qu'il ne croyait pas ses accusateurs assez hardis pour le soutenir en sa présence, ni devant ceux qui auraient lu le livre; qu'il avait déjà réfuté cette calomnie par un écrit qu'il avait mis entre les mains du commissaire du Saint Office; que les cOnsulteurs en avaient plusieurs copies qui leur avaient été distribuées, et qu'il ne croyait pas que ses parties entreprissent d'y répondre; qu'il le priait très humblement de l'excuser s'il lui parlait avec tant de chaleur et de confiance, l'énormité de cette calomnie méritant d'être repoussée avec force.

M. le cardinal Paucirole lui en témoigna beaucoup de joie en son particulier, et ajouta que Sa Sainteté en ressentirait aussi une très grande en apprenant une aussi agréable nouvelle; parce qu'aimant et honorant les personnes de ces illustres approbateurs, il avait léinoigné quelque crainte qu'ils ne se fussent laissé surprendre dans celte approbation, ou par légèreté, pour ne s'être pas donné tout le temps et toute la patience nécessaires à l'examen d'un ouvrage de cette importance^ou par faiblesse, ou pour n'avoir pu résister aux prières qui leur en auraient été faites, soit par l'auteur même, soit par leurs propres confrères; qu'il ne doutait nullement que Sa Sainteté n'eût reçu avec grande satisfaction l'assurance qu'il lui avait donnée du contraire; que quant à lui, il servirait de tout son pouvoir auprès de Sa Sainteté ces illustres approbateurs, qu'il le priait de les en assurer de sa part, el le remerciait du calme qu'il laissait à son esprit sur cette affaire.

M, Bourgeois, qui était dans un accès de fièvre tierce quand il fit ces deux visites, ne voulut pas néanmoins manquer à l'audience dont on lui avait marqué l'heure, parce que se sentant assez de force pour vaincre sa fièvre, il vou-

lait aussi s'épargner du temps en s'épargnant la peine d'en faire ses excuses au camérier, et celle de lui redemander une autre audience.

Entre les amis à qui il se crut obligé de rendre compte de l'audience favorable qu'il avait eue de Sa Sainteté et de l'espérance qu'il en avait rapportée, les premiers à qui il en fît part furent M. le cardinal Grimaldi, M. d'Igby et le P. commissaire du Saint Office. Quoique tous les trois ils en eussent beaucoup de joie, il n'y eut que les deux premiers qui osèrent la lui faire connaître ouvertement, le dernier s'étant abstenu de le faire, parce que sa qualité de juge et le silence mystérieux de l'Inquisition l'obligeaient à une plus grande retenue.

Ce fut par le conseil de ces trois amis qu'il prit la résolution de voir les cardinaux de l'Inquisition, tant pour leur rendre ses respects, que pour leur donner connaissance de cette affaire, dont ils devaient être les juges. Il les vit tous, jusqu'à ceux-mémos qu'il savait n'être de cette compagnie que par honneur et sans aucune fonction d'autorité, tels qu'étaient les cardinaux Lauti, d'Esté, Albornos', de la Cueva. Mais il se contenta de les voir une seule fois, ne s'acquittant envers eux de ce devoir que par civilité et par quelque sorte de bienséance. M. le cardinal Grimaldi voulut aussi qu'il saluât le cardinal Sant Onofrio*, frère du pape Urbain VIII, qui était encore plus considérable par son grand âge et par la sainteté de sa vie que par l'éclat de sa dignité. Et il eut la bonté de le présenter lui-même à ce vénérable prélat, qui le reçut avec accueil et lui témoigna que si ses incommodités le lui permettaient, il appuyerait volontiers de son suffrage une cause aussi juste qu'était celle qu'il défendait, étant persuadé qu'il se commettait de très grands abus dans l'administration du sacrement de pénitence et de celui de l'eucharistie, et louant le zèle des théologiens qui travaillaient à les réformer. Mais ce cardinal étant mort peu de jours après celte visite, M. Bourgeois n'en tira point d'autre secours que ce témoignage sincère qu'il rendit à la vérité.

Page 1