CHAPITRE XIV
Le pape donne la dernière audience à M. Bourgeois, qui prend congé de Sa Sainteté, des cardinaux et de ses amis particuliers,
M. Bourgeois ayant été introduit à son audience, deux ■jours après cette conversation qu'il avait eue avec cet officier du Saint-Office, Sa Sainteté lui dit avec un visage riant
qu'elle avait bien voulu qu'il sût la bonne nouvelle par M. d'igby; que la plus grande joie dont il avait été touché depuis son assomption au pontificat avait été le rapport qui lui avait été fait le jeudi précédent, par tous les cardinaux de l'Inquisition, en faveur du livre de la Fréquente communion; qu'il se souvenait de la fermeté avec laquelle ce docteur lui avait parlé dans toutes ses audiences, et particulièrement dans la dernière, et de la confiance qu'il avait en la justice des cardinaux du Saint-Office; que la force avec laquelle il avait fait paraître de si justes espérances les avait fait passer jusqu'à lui; que depuis ce temps-là il s'était senti soulagé de la crainte qui lui avait pesé sur le cœur, que des personnes qui lui étaient très chères et très considérables par leur mérite et leur dignité ne se fussent laissées aller à quelque signature indiscrète; mais qu'il avait joie à lui dire que sa confiance de lui député n'avait nullement été vaine; qu'en effet il ne s'était vu de longtemps dans le Saint-Office un consentement si unanime de tous les cardinaux et de tous les consulteurs, pour quelque livre que ce fût; qu'il témoignât aux évoques approbateurs et à M. Arnauld, auteur du livre, la part qu'il avait prise en cette affaire, ayant voulu s'en instruire par lui-même; et la satisfaction qu'il lui avait vu recevoir de l'heureux succès de cette affaire ; les assurant du contentement qu'il aurait à leur faire plaisir, si les occasions s'en présentaient, et témoignant en particulier à ce docteur la satisfaction avec laquelle il avait lu ses mémoriaux.
M. Bourgeois lui en rendit de très humbles actions de grâces, dans les termes les plus respectueux qu'il lui fut possible d'employer, tant pour les prélats dont il était député que pour lui-même; mais il ajouta que puisque Sa Sainteté lui faisait paraître tant de bonté pour eux et pour lui, il espérait qu'elle lui pardonnerait la liberté qu'il prenait de lui dire, qu'encore qu'il fût assuré que la nouvelle qu'il leur manderait de l'approbation et de la confirmation de leur jugement par Sa Sainteté leur serait infailliblement une des plus agréables nouvelles qu'ils pussent attendre, néanmoins il manquerait toujours quelque chose à leur satisfaction, jusqu'à ce qu'ils eussent en main, de la part de Sa Sainteté, quelque acte public et authentique qui vérifiât ses lettres et fît foi de ce qui s'était passé en sa présence et