LIVRE V
Cependant, M. Pereyret, grand maître et professeur royal du collège de Navarre, ne se contentait pas de vouloir détruire la doctrine de saint Augustin parmi ses confrères, il tâchait encore d'en rendre l'autorité méprisable aux disciples à qui il enseignait publiquement la matière de la grâce. Et quoiqu'il parût avoir recueilli avec quelque soin les éloges que l'on a donnés à ce saint dans l'antiquité, il en faisait néanmoins concevoir une idée si désavantageuse^ dans une longue préface qu'il avait dictée à la tête de ce traité, que, selon lui, il eût fallu considérer le plus grand docteur de l'Eglise après les apôtres comme un auteur inconstant et problématique, qui n'était pas d'accord avec lui-même.
Un savant théologien de notre siècle ayant reconnu combien cette méthode malicieuse était capable d'empoisonner les esprits fut d'autant plus porté à la combattre qu'il savait que les écrits de ce professeur se répandaient de toutes parts. Il en entreprit donc la réfutation par un assez juste volume qu'il intitula : Quae sit S. Auguslini et doclrinae ejus autoritas in Ecclesla, opus propulsandis hodiernis erroribus controversiisque elucidandis et componendis accommodatum. In quo exculitur apparatus ad Tractatum de gratia publiée traditus in collegio IS'avarrico à M. Jacobo Pereyret, theologo et professore parisiensi. Il y faisait voir les contradictions étranges de ce docteur, qui n'élevait d'abord saint Augustin que pour le faire tomber de plus haut, et ne condamnait d'abord Molina que pour montrer qu'il avait été approuvé par d'autres papes. Car au lieu que tous les catholiques étaient prévenus de respect pour les sentiments de ce saint docteur de la grâce, comme de ceux de toute l'Église, M. Pereyret tâchait de montrer que l'on s'en pouvait départir sans blesser la saine doctrine, et au lieu que la nouveauté de celle de Molina était capable de la rendre odieuse par elle-même, il prétendait la rendre plausible par Je grand nombre de ses sectateurs. Mais ce théologien ne se contentait pas d'en faire une réfutation générale pour découvrir à tout le monde un artifice si pernicieux, il venait encore au détail de la plupart de ses lignes et de ses mots, pour y faire remarquer autant d'ignorance que de mauvaise foi.
Dans le même mois d'avril que cet écrit sortait de la
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presse, le Catéchisme de la Grâce, composé par M. Feydeau, et qui avait été traduit en flamand, s'imprima à Gand et s'y publia avec une préface et approbation, Et le mois suivant, ^es Récollets de Flandre, qui tenaient alors leur chapitre provincial à Lille, y soutenaient la doctrine de saint Augustin sur la matière de la grâce dans des thèses dédiées à un seigneur de ce pays-là, de la maison de Montmorency. Le P. Casteau, lecteur en théologie, présida à cet acte, et le P. David Durieu, prêtre du même ordre fut le soutenant.