‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 407 sur 522 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Dieu voyant à regret la blessure profonde

Dont Adam, par un fruit funeste à tout le monde

S'était percé le cœur.

Voulut pour réparer cette injure soufferte, Que si l'arbre autrefois avait causé sa perte, Il causât son bonheur.

Ainsi sa Providence et sa haute Justice Devaient par un saint art confondre l'artifice

Du serpent envieux, Et comme par le bois il blessa la nature. Il fallait que le bois refermât la blessure

Et nous ouvrit les cieux.

Lors donc qu'après le cours d'un si long esclavage, Dieu veut finir nos maux par le plus grand ouvrage

De sa puissante main, Le Verbe, fils du père et créateur du monde, Descend dans une vierge, et la rendant féconde,

Se fait chair dans son sein.

Ce véritable Dieu naît enfant véritable.

Il est faible et muet, il pleure en une étable,

Et le Verbe est sans voix.

Sa mère de drapeaux l'enveloppe et le serre. Liant ses petits bras qui lancent le tonnerre

Et font trembler les rois.

Aussi M. l'abbé Le Roy, à la fin de son ouvrage, fit imprimer la traduction de Port-Royal en une colonne et celle du P. Adam en l'autre, avec le latin entre les deux, pour les confronter ensemble ; et cela seul suffisait pour couvrir de confusion ce jésuite, et toute sa société, qui avait souflfert qu'un si misérable ouvrage parût sous son nom et fût dédié au roi. Ils ne furent pas longtemps à s'apercevoir de la faute qu'ils avaient faite et se servirent d'une religieuse du couvent des Filles de Saint-Thomas pour corriger cette malheureuse traduction dans la seconde édition de leurs Heures, qui furent négligées par ceux à qui la forme extérieure de ce livre n'imposa point, et il n'y en eut jamais de troisième.

538 MÉMÛIRES liE GObîiFHUi UEKMANÏ

Page 1