‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 45 sur 522 · Ms. : qu'elle croyait avoir eu · texte numérisé non relu

Ms. : qu'elle croyait avoir eu

vit néanmoins à M. de Langres qui était absent, et cet évêque, qui n'avait alors que des sentiments avantageux pour M. de Saint-Cyran, manda que l'on suivît cette conduite. Aussi l'avait-il lui-même pressé instamment de se charger de la direction de son âme, et il était tellement prévenu d'estime pour lui qu'il avait même tâché de Tavoir pour successeur, ayant prié plusieurs fois M. Mole', pour lors procureur général, et depuis premier président et garde des sceaux, d'en porter parole à M. le cardinal de Richelieu pendant l'absence de cet abbé et sans sa participation.

La Mère Angélique ayant exécuté cet ordre de M. de Langres et suivi l'avis de M. de Saint-Cyran en donnant la charge des pensionnaires à une autre fille, la sœur Anne de Jésus entra dans un chagrin pitoyable qui l'empêcha d'achever son renouvellement. Elle cessa de voir en la personne de son directeur les qualités qu'elle y avait admirées, et ne le vit plus depuis ce temps-là en particulier. Elle porta même l'indisposition de son esprit jusque contre M. de Langres, ne lui écrivant plus comme elle avait accoutumé de faire auparavant. Elle se choquait de tout ce qui se passait dans la maison ; mais la charité de ses Mères et de ses soeurs souffrait avec beaucoup [de] patience les eiïels de sa mauvaise humeur, et on s'étudiait à ne lui faire paraître aucune peine de ses contradictions, quoiqu'il parût que sa principale occupation était de choquer la Mère Angélique en toutes choses.

Mn>« de Longueville, qui aimait beaucoup cette fille et qui croyait que l'estime que l'on faisait de M. de Saint-Cyran était une diminution de l'autorité de M. de Langres, se refroidissait de jour en jour dans l'affeclion qu'elle avait eue pour le monastère. Au lieu de l'éclat qu'elle en attendait par une dévotion élevée, elle ne voyait rien qui ne parût fort commun ; on n'y parlait plus que de pauvreté, de séparation du monde, de pénitence et de tout ce qui est conforme à l'état de mort qui est le plus solide fondement de toutes les religions*, mais qui devait être en particulier

1. Matthieu Mole (1584-1656) conseiller, procureur-général, et entin premier président et garde des sceaux.

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