LIVRE VU
blique catholique par les Jansénistes de Des Marets selon le suffrage de ce ministre'. H le priait de conjurer le pape de ne se point épargner la peine de condamner tout de nouveau cette doctrine, quoiqu'elle eût déjà été condamnée par Pie V et ses successeurs; de prononcer les oracles de la vérité et d'armer contre les enfants rebelles de l'Église tous les fidèles docteurs de la vérité pontificale. 11 l'assurait d'avoir pour ses associés les très illustres prélats, l'archevêque de Cambrai et l'évêque de Tournay, qui étaient unis dans les Pays-Bas par une sainte alliance, tous deux munis de la foi très pure de leur Faculté de théologie et de leur Université, et qui s'étaient dévoués tous deux pour soutenir l'infaillibilité du Saint Siège apostolique. Il louait l'un de s'être opposé comme un rempart pour la maison de Dieu pendant l'espace de dix-huit ans, lorsqu'il était évêque d'Anvers, contre la doctrine des Jansénistes alliés aux Hollandais; et l'autre d'avoir animé toutes les provinces du Pays-Bas d'un esprit très généreux et presque divin depuis qu'il avait été élevé à la prélature; et il déclarait avec douleur que s'ils ne se fussent opposés tous deux contre le torrent du siècle, il ne savait à quoi les affaires de la religion se trouveraient réduites au temps qu'il prononçait cette harangue.
Il la prononça le 14'™ jour de mai, et messire Gaspard Némius, qui d'évêque d'Anvers avait été transféré au siège archiépiscopal de Cambrai, ayant pris possession de cette dignité dès le 19 de mars de la même année, ce professeur assisté de quatre de ses collègues, savoir : les sieurs Théodore van Converden, Jacques Randouret Mathias Gertman, lui dédia un ouvrage de sa façon et de la leur sur cette matière le 4"^^ jour d'août de la même année*.
La solidité du jugement de ces bons docteurs ne peut mieux se remarquer que par une histoire fort agréable qu'ils racontent pour établir la possibilité de l'état de pure nature. Nous savons bon gré, disent-ils, à ceux qui ajoutent foi à une certaine histoire du Pays-Bas touchant un enfant qui vint autrefois au monde, et qui n'était ni juste ni injuste, parce qu'il n'avait pas de péché originel. N'était-il donc
.1. Sic, la phrase est inintelligible.
2. Ici figure au ms. l'intitulé latin de l'ouvrage dirigé contre Des Marets.
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pas dans l'état de pure nature? Le P. Héribert Rosweyde ' rapporte cette histoire dans les Annales des martyrs du Pays-Bas de l'année 1340. N'en voulez-vous rien croire? Allez consulter les registres de Téglise de Vlasloo, qui est un village près de Dixmude : vous y lirez en flamand ce que nous avons ainsi traduit en latin : « Louis Roussel et sa femme Elisabeth sont enterrés sous une môme tombe de pierre, devant l'autel de Sainte-Catherine. Comme ce mari se moquait un jour de sa femme dans le temps de son enfantement, elle fit une imprécation contre lui, en souhaitant qu'il plût à Dieu de permettre qu'il ressentît la moindre des douleurs que souffrent les femmes quand elles mettent les enfants au monde. 11 plut à Dieu d'envoyer à Louis Roussel une douleur insupportable dans la cuisse droite, laquelle ayant été ouverte au bout de neuf mois, on en tira un enfant mâle qui fut appelé Louis, du nom de son père dans le baptême. Louis étant touché de repentir de sa faute après qu'on eut tiré cet enfant de sa cuisse, porta jusqu'au jour de sa mort sur sa chair nue une cuirasse de fer pour en faire pénitence, et mourut en l'année 1354, et donna à l'église de Vlasloo une masure et cinquante verges de terre, et fonda un obit qui se devait célébrer tous les ans au jour de saint Thomas. Sa tombe portait la relation de cette histoire en la manière qu'elle était arrivée. Et au bas de la pierre on lisait que A. Hallebeck était alors curé de cette église. Voilà ce que portait ce registre. Le sieur George Colvener, excellent docteur en théologie, et professeur public en l'Université de Douai, s'étant informé de la vérité de ce fait, l'approuva dans une oraison qnodlibetique qu'il prononça dans la même Université. La même chose est encore constante par la tradition des habitants de ce village, des pasteurs de cette paroisse et de plusieurs autres qui assurent que cela est arrivé ainsi. On voit encore maintenant des monuments de la vérité de cette histoire, savoir : une pierre où elle est représentée sur le tombeau de ce Louis, ainsi qu'ajoute à tout ce que nous venons de rapporter ce que dit le P. Bertrand Loth *, l'un de nos docteurs de l'ordre
1. Héribert Rosweyde, jésuite (1569-1G29), enseigna la théologie à Douai et à Anvers, et est auteur de nombreux ouvrages do théologie et d'histoire ecclésiastique.
2. Bertrand Loth, domiDicaia, né à la fin du xvi" siècle el luort en