‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 501 sur 522 · LIVRE V)I · texte numérisé non relu

LIVRE V)I

fiait. Elle lui promit d'en user avec toute la discrétion possible, et de se servir de la connaissance qu'il lui donnait pour porter la veuve, ainsi qu'elle avait commencé, à suivre ponctuellement la volonté de son mari.

Le 30, M. de Saint-Roch s'excusa de l'assignation par une lettre qu'il écrivit à M. de Sainte-Beuve, à cause des affaires qu'il avait avec un neveu de M. l'évêque d'Orléans venu de Brie, et le pria de remettre l'affaire au Jour des morts, après midi. Cette excuse parut légère, et on crut que M^e de Chavigny le faisait agir pour arriver à ses fins.

Le 2 novembre, MM. les docteurs de Sorbonne assemblés chez M. le curé de Saint-Paul, M. Singlin fut ouï et leur dit ce qu'il crut leur pouvoir apprendre des conférences que M. de Chavigny avait eues avec des personnes capables de le conseiller à l'occasion des retranchements qu'il pensait devoir faire de son bien. Il les assura qu'après l'examen qui fut fait du mémoire qu'il leur donna écrit de sa main, contenant la nature dudit bien, et les voies qu'il avait tenues pour l'acquérir, le défunt jugea qu'il devait séparer de ses biens onze à douze cent mille livres; que ce retranchement n'avait été fait par aucun scrupule, ni par aucun mouvement de piété extraordinaire, mais par une pure nécessité. M. de Saint-Roch demanda à M. Singlin s'il se souvenait de ce que contenait ce mémoire; il lui dit que non, mais qu'il y avait une personne à qui M. de Chavigny en avait parlé amplement qui pourrait peut être s'en souvenir.

iVInie de Chavigny étant aussi entendue dit qu'elle connaissait la nature du bien de son mari ; qu'il n'avait rien qui ne fût très légitimement acquis ; que ses enfants n'auraient pas de pain si ce retranchement subsistait; que lorsque le défunt les avait tirés de son cabinet pour les mettre sous son chevet, c'avait été possible pour les lui donner, et qu'ainsi les dépositaires ne devaient pas tirer grand avantage de ce qu'ils s'en trouvaient saisis. A quoi M. Singlin repartit quil fallait de deux choses l'une, ou que cette dame voulût aussi l'accuser d'avoir soustrait ces papiers, ou que le défunt l'eût pris, lui qui lui parlait, pour cette dame. Elle fut surprise et ne répondit rien précisément à cela, mais elle voulut encore faire effort pour persuader aux docteurs que depuis lundi au soir 7 octobre, jour de la tradition des papiers, M. son mari n'avait eu

qu'un fort médiocre usage de sa raison. M. le curé de Saint- Paul lui donna quelque avantage sur cette dernière déclaration, car il dit que M. de Ghavigny, dans toute sa maladie, avait eu l'esprit abattu et pouvait se dire n'être plus luimême.

Après que M. Singlin et M™" de Chavigny se furent retirés, dans l'examen que l'on fît des papiers, on trouva sur les dossiers des promesses et obligations qu'il y avait des notes écrites de la main de M. de Chavigny, qui marquaient qu'il avait reçu des intérêts, et des intérêts d'intérêts. De la part de M. le curé de Saint-Roch, il fut aussi dit que M™" de Chavigny avait soutenu que ces papiers ne subsistaient plus pour les fonds qu'ils contenaient, d'autant que le défunt avait reçu sur ces papiers quelque deux cents et tant de mille livres; ce qui faisait voir, disait ce docteur, qu'il n'avait pas grande liberté au temps de la dite tradition. M. de Sainte Beuve opina ce jour-là, et M. de Saiut-Roch aussi bien que M. de Saint-Paul voulut remettre au lendemain à prendre avis sur cette affaire.

Ce ne fut que le 4 de novembre que les docteurs s'assemblèrent chez M. de Saint-Paul, depuis huit heures du malin jusqu'à midi, et arrêtèrent ainsi qu'il fut rapporté par M. de Sainte-Beuve, que les papiers seraient rendus à la veuve, et qu'il serait dit en les lui donnant qu'elle n'était point déchargée de satisfaire à la volonté de son mari^ qui avait été de retranch^M'de son bien celui qu'il avait mal acquis ; (jne pour cet effet, elle était obligée d'examiner devant Dieu et en sa conscience tous les moyens desquels il s'était servi pour ces acquisitions, et que, selon les connaissances qu'elle leur en donnerait par un mémoire qu'ils attendaient d'elle, ils lui diraient avec sincérité ce qu'elle était obligée de faire pour satisfaire à la volonté du défunt; et cependant qu'elle donnerait cent mille livres pour commencer le retranchement qu'elle devait faire. Ils arrêtèrent aussi un écrit portant les avis sur le différend qu'on avait remis à leur jugement.

Ce jugement fut porté à Port-Royal et communiqué aux personnes qui avaif^nl connaissance de cotte affaire. Les motifs en furent expliqués par M. de Sainte-Beuve, et on trouva fort peu à redire aux termes dans lesquels il était conçu, il fut pourtant réformé en quelques parties, et

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porté à l'instant à M. le curé de Saint-Paul, qui promit de le faire signer en la manière qu'il avait été revu.

Ce curé apprit qu'ayant rendu les papiers à M"" de Chavigny, et lui ayant fait entendre l'arrêté secret, elle avait été tellement touchée des paroles qu'il lui avait dites sur ce sujet, qu'elle n'avait pu contenir ses larmes, ce qui lui avait donné quelque espérance qu'elle se rendrait aux avis qu'il lui donnait suivant le résultat. H dit aussi qu'elle avait voulu lui faire compter la somme de cent mille livres, mais qu'il s'était excusé de la recevoir, jusqu'à ce qu'on eût convenu avec M. Singlin à quoi elle serait employée, prenant néanmoins, pour la sûreté de ceux à qui elle serait donnée, une promesse de cette dame, à lui payable, pour être employée en œuvres pies suivant l'intention du défunt.

Il pressa ensuite M. de Bagnols, avec lequel il avait cette conférence, do s'ouvrir des desseins que M. Singlin pouvait avoir pour distribuer celte somme, lui insinuant autant qu'il lui était possible qu'il ne lui serait pas désavantageux de le faire sans donner une entière connaissance de ce à quoi il la destinait. Et il ne témoigna pas d'aversion de se charger avec M. de Saint-lloch de faire cette distribution par leurs mains, selon les connaissances qu'ils pourraient avoir des plus pressantes nécessités des pauvres.

M. de Bagnols, se tenant fort réservé sur cet article, lui dit qu'il n'avait de charge de M. Singlin, sinon de lui demander cet avis par écrit, pour lui servir de décharge à l'égard des personnes qui voudraient accuser la conduite qu'il aurait tenue en cette affaire, et qu'au surplus de ce qui regardait celte somme de cent mille livres, il n'avait rien à dire; que si on la leur donnait, ils en useraient selon les intentions qui leur avaient été expliquées par M. de Chavigny; que si lui, M. de Saint-Paul, croyait la pouvoir mieux employer, ils ne les empêcheraient point.

Cette retenue n'ayant pas plu autrement à M. de Saint- Paul, il demanda à parler à M. Singlin afin de conclure avec lui ce qu'il serait à propos de faire pour la conclusion de cette affaire.

Le 6, M. Singlin et M. de Bagnols étant allés voir ce curé, ils lui tinrent d'abord le même langage selon lequel M. de Bagnols lui avait répondu deux jours auparavant. Mais n en étant pas satisfait, il fit ce qu'il put pour leur persuader

qu'ils avaient grand intérêt de se décharger de la distribution de ces deniers, afin d'éviter toutes les calomnies que l'on commençait à publier contre eux. Ce qui engagea M. Singlin à lui dire qu'il y avait certaines nécessités dans cette affaire qui devaient demeurer dans le dernier secret, et qui l'empêchaient de déférer volontairement aux avis qu'il luidonnaitde ne prendre aucune pari dans la distribution de ces deniers. Mais pour lui montrer qu'il ne prenait point dans cette affaire aucun intérêt que celui de la justice, et de la décharge de la conscience du défunt, il se remettait absolument à lui de juger si lui, M. le curé de Saint-Paul, après ce qu'il lui aurait pu dire, pouvait se dispenser de remettre entre les mains de M. de Bagnols, selon l'intention de M. de Chavigny, cette somme de cent mille livres, lui protestant de sa part que s'il croyait la pouvoir retenir pour en faire la distribution, ni M. de Bagnols ni lui ne la lui demanderaient jamais. M. de Saint-l'aul, foit embarrassé de cette réponse, remit la conclusion de cette affaire au retour de M. Singlin qui allait faire un petit tour à la campagne.

Le 8 novembre, les docteurs arbitres de ce différend concertèrent et arrêtèrent en ces termes leur résolution du 4 du même mois :

« Un homme de condition malade, ayant fait appeler pour sa confession, du consentement et permission de son curé, un prêtre séculier, et lui ayant mis certaines promesses et obligations de grandes sommes à lui dues, pour être employées en œuvres pies, suivant ladisposition qu'il en a déclarée à ladite personne, la veuve, en ayant eu avis aussitôt après la mort de son mari de la part dudit dépositaire, avait fait difficulté de consenlir à l'exécution de ladite disposition. Sur quoi, nous, soussignés, docteurs de Sorbonne, choisis exprès par ladite veuve et par ledit dépositaire d'en donner notre avis, icelui dépositaire s'étant auparavant démis volontairement desdits papiers entre nos mains pour en ordonner selon Dieu, et après que nous avons ouï tant ladite veuve que ledit dépositaire, duquel nous avons trouvé l'intention et la conduite très sincère et très chrétienne ; sommes d'avis que les promesses et obligations dont est question soient baillées à ladite veuve, sous les conseils et avis que nous jugeons lui devoir

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