‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 502 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

être donnés par nous de ce qui est à faire par elle en conscience, en exécution de la dernière volonté de son mari, et que, moyennant les avis et les conseils ainsi baillés, ledit dépositaire sera bien valablement déchargé devant Dieu du dépôt et disposition à lui confié par ledit défunt ; comme aussi en faisant iceux par ladite dame, elle sera bien déchargée en conscience de l'exécution, délibération et dernière volonté de son mari. Et par effet ont été les promesses et obligations présentement délivréesà ladite veuve, sous nosdits conseils et avis qui lui ont aussi été déclarés et donnés à entendre, en présence de ses père et mère et de son fils aîné et autres personnes de son conseil, ce qu'elle a dit vouloir entièrement suivre et exécuter. Fait et exécuté comme ci-dessus, ce lundi 4 novembre après midi 1652. Signé : Rousse, curé de Saint-Roch; Mazure, curé de Saint- Paul ; de Sainte-Beuve, professeur en théologie. »

Ce résultat ayant été porté à Port-Royal par M. de Sainte- Beuve, on trouva que le mot d'œuvres pies n'était point favorable à la cause que l'on avait soutenue, et qu'au surplus cette résolution était très avantageuse dans le fond, mais exprimée en termes obscurs et peu congrus.

Cette aflfaire avait passé par tant de mains qu'il était impossible d'empêcher qu'elle ne vînt à la connaissance de tout le monde. Une personne de qualité ayant vu M. de Bagnols le 9 du même mois, lui apprit que s'étant trouvé au Conseil d'en haut, il en avait ouï parler d'une manière désavantageuse à Port-Royal; que l'un des chefs de cette compagnie en avait pris occasion de dire qu'il fallait empêcher l'agrandissement de cette maison nouvelle, et qu'il serait peut-être nécessaire d'interposer l'autorité du roi pour arrêter les progrès de leurs desseins; que l'on avait fait même plusieurs railleries au sujet de la conduite qu'on disait qu'ils avaient tenue à l'égard de M. de Chavigny. M. de Bagnols se croyant obligé d'en donner avis à Port- Royal, il fut conclu qu'il verrait les quatre principales têtes du Conseil pour les informer de la vérité de cette affaire, après avoir vu M"° de Chavigny, pour lui faire entendre que la nécessité de défendre la réputation des personnes intéressées dans cette aflaire l'engageait d'en faire entendre la vérité aux ministres, et qu'il n'en aurait jamais parlé, crainte de blesser la réputation du défunt, si elle-même ne 1 44

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l'avait rendue publique par les connaissances qu'elle en avait données à tousses parents et amis.

11 la vit le même jour, et sur ce qu'elle eut peine à consentirqu'il expliquât la chose aux ministres, il lui remontra que ce n'était point un avis qu'il lui demandait, mais une résolution qu'il lui apprenait. Elle fut obligée d'y donner les mains, et ensuite elle lui fit tant d'ouvertures des peines que celte affaire lui avait causées et qu'elles lui causaient encore, qu'il se crut obligé de lui parler, comme il fit, avec toute sorte de liberté, lui faisant entendre qu'elle n'aurait jamais de repos, ni sa famille de bénédiction, qu'elle n'eût pleinement exécuté la volonté de son mari. Il crut même avoir sujet de juger qu'elle en était comme persuadée, parce qu'elle lui témoigna nettement qu'elle ne prenait point de confiance dans le jugement des docteurs, et semblait même vouloir demander quelque avis de tempérament pour chercher la paix qui était nécessaire pour le repos de sa conscience. Et pour marquer davantage la confiance qu'elle prenait en lui, elle lui fil voir, à la prière qu'il lui en fit, un écrit qui avait été donné à M. de Chavignypour régler sa vie, par la lecture duquel il put très facilement juger que ses dérèglements avaient été jusqu'à se voir obligé de restituer le bien d'autrui, ce qu'il fit fort considérer à celte dame. La conclusion de la conférence fut que, selon les conseils qu'il lui donnait, elle ferait prier Dieu qu'il l'éclairàt de ses lumières et lui donnât la force nécessaire pour accomplir ses devoirs.

M. le chancelier donna ce jour là une favorable audience à M. de Bagnols, écouta avec attention le récit qu'il lui fit de ce qui s'était passé, et l'assura que tous les bruits qui avaient couru de cette affaire ne lui avaient donné aucune mauvaise impression contre les personnes qui s'en étaient mêlées.

Le 10 du même mois, il fit entendre la vérité de cette affaire à M. Mole, garde des sceaux et premier président, et comme ce grand magistrat lui témoigna qu'il trouvait cette histoire étrange, il le pria de lui dire si c'était à l'égard de lui et de WM. de Port- Royal qu'il la trouvait étrange. M. le garde des sceaux lui dit qu'à l'égard de sa personne il n'y trouvait qu'honneur et désintéressement, et ne voulut pas s'expliquer davantage à l'égard de MM.de Port-Royal, quoi

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que M. de Bagnols, lui ayant fait entendre qu'on ne pouvait distinguer sa conduite de celle de ces messieurs, l'obligeât en quelque manière de parler, s"il eût eu quelque raison de ^aire cette distinction.

M. de Bagnols remarqua dans cet entretien que lorsqu'il lui fit entendre que l'on avait eu quelque pensée de lui remettre [les papiers], à lui garde des sceaux, pour les faire valoir au profit des pauvres^ il avait témoigné par son geste et par quelques demi-mots qu'il ne les aurait pas refusés ; et qu'ayant appris que les docteurs avaient quelque pensée de faire la distribution des cent mille livres, il avait trouvé ce procédé extraordinaire. H lui fît même paraître que, si on lui donnait part de cette somme pour l'Hùtel-Dieu, il ne la refuserait pas.

Le 13 et le 14 de ce mois se passèrent en propositions et en conférences du certificat que M"'" de Chavigny demandait pour lui servir de décharge de cette somme. Il se fit aussi un éclaircissement de quelques paroles que M. de Bagnols avait dites à M. le chancelier touchant M. de Chavigny qui avait témoigné lui vouloir dire après la communion quelque chose d'importance. 11 sut aussi de M. de Villesavin, père de cette veuve, que MM. de Saint-Paul et de Saint- Roch n'avaient fait que suivre l'intention de sa fille sur l'article des cent mille livres ; que si elle eût voulu donner moins, ils l'auraient condamnée à moins, et qu'ils ne faisaient aucun doute de se charger delà distribution de cette somme.

Le 15, M. de Bagnols ayant informé de toute rafl"aire M. le maréchal de Villeroy*, il approuva la conduite qu'on avait tenue, et lui dit qu'il en avait entendu parler devant la reine de telle manière que les dépositaires de la volonté de M. de Chavigny n'avaient reçu aucun désavantage dans le rapport qu'on lui en avait fait.

Le 19, M. de Saint-Roch communiqua à M. de Sainte- Beuve trois formulaires de certificats qu'il avait dressés. Les deux premiers exposaient que les cent mille livres que donnait la veuve faisaient partie des avis qui lui avaient été donnés en conséquence du jugement de ces docteurs, et ne

1. Nicolas de Neuville, seigneur de Villeroy (1397-1685) fut gouverneur de Louis XIV ea 1646 et devint maréchal de France.

l'acquittaient pas du surplus, qui était le retentum secret dont on a parlé ci-devant. Le troisième était équivoque et exprimé en ces termes:

« Nous soussignés, docteurs de Sorbonne, pour expliquer et certifier par écrit comme nous avons donné à entendre spécialement quelle est l'aumône contenue et sous entendue dans l'écrit de notre délibération au quatrième du présent mois, déclarons et certifions que c'est d'employer, par la veuve d'un homme de condition y mentionnée, la somme de cent mille livres en aumônes envers les hôpitaux, pauvres honteux et autres; de laquelle notre présente déclaration et attestation ladite veuve se requérant pour la sûreté dudit emploi, nous lui avons baillé et signé notre présent écrit ce 20 novembre 1652. Signé : Rousse, curé de Saint-Roch et Mazure, curé de Saint-Paul. »

M, de Sainte-Beuve fît entendre qu'il pourrait signer les deux premiers certificats, mais qu'il ne se résoudrait jamais à souscrire le dernier, parce qu'il était contraire à la vérité; qu'étant conçu en paroles équivoques, la veuve pourrait s'imaginer qu'elle serait quitte de leur jugement pour la somme de cent mille livres, et ainsi se nourrir de la pensée de sa fausse paix qui pourrait beaucoup blesser sa conscience; que d'autres personnes mal intentionnées pour ceux qui avaient eu plus de part dans celte affaire en prendraient encore davantage pour soutenir les calomnies qu'ils avaient déjà publiées, et diraient sur cela deux choses : que les avis des docteurs se réduisant à une simple aumône, celle qui avait été conseillée par ceux dont M. de Ghavigny avait pris avis était excessive; la deuxième, qu'il n'y avait eu aucune nécessité au retranchement que ce défunt avait fait, puisque la veuve avait la liberté de l'employer aux hôpitaux, pauvres honteux, et autres charités qu'elle trouverait raisonnables. M. de Saint-Roch parut touché de ces raisons, et promit de s'en servir pour s'excuser de consentir aux intentions de M™« de Ghavigny et au conseil de ses avocats qui lui faisaient entendre qu'elle ne trouverait point de sûreté, pour payer cette somme de cent mille livres, que dans le certificat ci-devant transcrit. Et ils demeurèrent comme d'accord qu'ils s'arrêteraient à l'un des deux premiers formulaires où il paraissait que celte somme de cent mille livres ne faisait que partie de leurs avis. M. le curé

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