‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 107 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

si public, que trente-deux de ses chanoines s'étaient crus obligés de se retirer du service; qu il ne se plaignait pas d'une infinité de manquements qu'il avait faits contre tout ce qui était de l'ordre de i'Église, et de ceux que lui, cardinal de Retz, lui avait donnés en particulier pour faire à Sa Majesté un serment de fidélité ; et qu'il le suppliait de se souvenir des lettres que l'abbé Charrier lui avait montrées, par lesquelles il lui mandait qu'il avait promis de n'avoir point de commerce avec lui son archevêque ; qu'il jugeât s'il pouvait plus longtemps conserver dans son diocèse un grand-vicaire qui rompait la communion avec son archevêque, honoré de celle du pape; que ces raisons et plusieurs autres avaient paru si essentielles à Sa Sainteté que, lorsqu'il lui en avait fait ses plaintes à Cassel, il y avait désapprouvé absolument son procédé, et qu'il lui pouvait assurer avec toute sorte de vérité que, sans une lettre qu'il avait reçue le jour précédent, il serait encore dans l'opinion que Sa Sainteté lui avait accordé la permission qu'il lui avait demandée de le déposer; que Mk'" Rospigliosi pouvait bien juger qu'après ce qu'il lui avait fait l'honneur de lui écrire, il ne pouvait douter qu'il n'eût été assez malheureux pour ne pas bien prendre le sens des paroles de Sa Sainteté ; mais qu'il espérait de sa bonté qu'il ne lui refuserait pas la grâce de faire connaître à Sa Sainteté l'extrême douleur qu'il avait de s'être mépris, et de l'assurer que sa faute n'étant en cette occasion que de son ignorance, qui avait beaucoup de bonnes intentions, il osait dire qu'elle était un peu excusable, puisque l'ayant si peu cachée et l'ayant publiée à Rome comme une chose faite et envoyée à Paris six semaines devant que de revenir aux bains de Saint-Cassien, il n'avait pas été assez heureux pour être éclairé dans son erreur dans le temps qu'il pouvait faire entendre ses raisons de bouche, et avant qu'il fût engagé dans une déclaration publique et si authentique. Qu'il le suppliait de se ressouvenir que dans la conversation même qu'il avait eue avec lui un peu devant que de sortir de Rome, et dans laquelle ce prélat lui avait fait connaître qu'il n'eût pas été d'avis de cette révocation si elle eût été à faire, il n'avait pas laissé de lui ajouter qu'elle avait toute sorte de justice, et qu'il ne lui avait marqué par aucune parole que le pape la désapprouvât. Qu'il ne lui disait pas toutes ces

choses pour excuser sa faute, qui était toujours très grande puisqu'il n'avait pas bien entendu les sentiments de Sa Sainteté; mais qu'il espérait qu'il aurait bien pour lui la bonté de lui représenter qu'elle serait punie bien sévèrement si, pour avoir fait une chose dont le fond est très juste, il était obligé de rétablir des personnes qui avaient renversé toute l'église de Paris et toutes sortes de lois et de disciplines. Qu'il ne faisait point de doute que lorsque le pape saurait que M. Du Saussay lui-même avait souscrit à sa déposition, il ne jugeât bien que lui, cardinal de Retz, se rendrait inutile à jamais dans son diocèse, s'il ne suppliait humblement Sa Sainteté d'agréer une déposition pleinement consommée par le consentement public et le sien particulier, et qu'il le suppliait bien humblement de considérer qu'il espérait que, selon sa bonté ordinaire, il ne lui refuserait pas ses offices. »

A cette lettre, datée du 23 juillet, il en joignit une autre datée du même jour, qu'il écrivait à M. le cardinal Barberin, auquel il manda « qu'il avait tant de marques de la bonté qu'il avait pour lui, et que le zèle que cette Éminence avait pour l'Église était si connu qu'il était très persuadé que S. E. agréerait la liberté qu'il prenait de recourir à elle dans une affaire dans laquelle il lui semblait que ce qui le regardait ne se pouvait pas séparer aisément de ce qui touchait la conservation des droits de l'Eglise; qu'il croyait qu'il aurait ouï parler de la révocation de son grand-vicaire, fondée sur ce qu'il avait fait faire les ordres à un évêque qui avait encouru les censures de l'Église, et même tombé dans l'irrégularité, et sur plusieurs autres raisons si puissantes que, s'il l'avait laissé en charge, il se serait chargé envers toute l'Église de France d'une ignominie éternelle, et aurait trompé l'attente de tous les peuples scandalisés par sa conduite; qu'il en avait fait ses plaintes à Cassel à Sa Sainteté, et pouvait assurer Son Éminence que sa conscience ne lui reprochait point d'avoir contrevenu à ses ordres; qu'il avait publié ensuite dans Rome qu'il avait fait cette révocation; qu'il en avait parlé deux fois à M. Rospigliosi, qui lui avait parlé de la conduite de son grand-vicaire comme d'une chose insupportable à un évêque, et qui, encore un peu avant que lui, cardinal de Retz, partit de Rome, ne lui avait témoigné en façon quelconque que Sa Sainteté eût troijvé

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