LIVRE XV
mauvais qu'il eût fait cette révocation qu'il lui avait répété plusieurs fois être toute pleine de justice. Qu'il était vrai qu'il lui avait dit que ce n'aurait pas été son avis, mais qu'il ne lui avait jamais dit la moindre parole qu'elle fût contraire aux sentiments du pape, et qu'il pourrait alléguer quelques autres personnes de considération de ceux qui approchaient Sa Sainteté, auxquelles il en avait parlé et qui ne lui avaient jamais rien fait connaître de semblable. Que cependant il avait reçu le jour précédent une lettre de Monsignor Rospigliosi qui lui commandait de la part du pape d'annuler cette révocation comme contraire à ses ordres, et de- remettre les choses au même état qu'elles étaient avant qu'elle fût publiée. Qu'il n'avait rien à dire sur ce qu'on lui alléguait du commandement du pape; mais qu'il pouvait bien assurer Son Éminence qu'il fallait qu'il eût bien mal entendu ; qu'il n'avait rien à disputer sur ce sujet, mais qu'il était obligé d'assurer pour la vérité qu'il ne l'avait pas fait par malice, et que c'avait été une faute d'ignorance; que même, s'il osait, il prendrait la liberté de s'étonner un peu de ce que M. Rospigliosi, voyant l'erreur où il était, et que sa faute n'était que d'ignorance, puisqu'il lui parlait si librement de ce qu'il avait vu des sentiments du pape, que ce prélat n'eût pas eu la bonté de le détromper dans un temps où il pouvait encore changer les ordres qu'il avait donnés, puisque les choses avaient été près de deux mois sans exécution depuis qu'il lui en avait parlé. Qu'il ne disait tout cela à Son Éminence que pour lui faire voir son malheur, et qu'il pouvait avec justice attribuer sa faute à sa mauvaise fortune plutôt qu'à son intention ; mais qu'il était persuadé qu'étant de cette nature, elle pourrait ne pas avoir un châtiment aussi rude que celui de l'obligation qu'on lui imj.osait de se perdre à jamais dans l'Église de France, et de rétablir un grand-vicaire déposé si justement. Qu'il mériterait lui-même de l'être s'il y avait manqué; qu'il ne demandait point de grâce en cette occasion ; mais qu'il suppliait très humblement Sa Sainteté de lui faire justice, et qu'il espérait d'un pape aussi saint et aussi juste que lui. Qu'il écrivait en ces termes à M. de Rospigliosi, à qui il envoyait de plus la permission que le vicaire déposé avait demandée à [un] nouveau grandvicaire pour se faire sacrer. Après quoi il était persuadé
que l'on ne pouvait pas souhaiter de lui qu'il rétablît un homme qui avait renoncé lui-même, et qui n'était plus en état d'être son grand-vicaire^ puisqu'il était sacré; que quand cette raison, qui était péremptoire, ne serait pas, il était persuadé que lorsque Sa Sainteté serait informée que ce grand-vicaire était actuellement dans l'irrégularité de laquelle il n'était point absous, elle ne lui voudrait point commander une chose qui était si positivement contre tous les canons. Mais que, comme il venait de dire k Son Éminence, la chose n'était plus dans ces termes par la permission que ce grand-vicaire avait demandée pour se faire sacrer,, cela étant absolument contre l'usage de l'Église gallicane, et qu'il croyait certainement quesi l'on eût eu cette nouvelle à Rome quand on lui avait dépêché ce courrier, on aurait jugé à propos de ne pas désirer de lui une chose qui était impraticable et qui ne servirait qu'à le perdre à jamais dans l'Église de France. Qu'il espérait que Son Émlnence aurait bien la bonté de l'honorer de sa protection dans cette rencontre, et faire connaître à Sa Sainteté que ces sentiments où il était n'étaient pas plus les effets de la pensée où il était de les avoir, par son devoir et par les obligations de sa conscience et de son honneur, que de la passion qu'il avait et qu'il conserverait toute sa vie de demeurer exactement et invariablement dans l'obéissance qu'il devait au Saint-Siège et à Sa Sainteté, dont il savait qu'il ne saurait mieux suivre les intentions qu'en ne se départant point de tout ce que la loi de l'ancienne Église et moderne lui ordonnait si précisément, et qu'il participerait lui-même à l'irrégularité de celui qu'il savait irrégulier, ou pour le moins qu'il se déclarerait coupable d'un choix si contraire à tous les canons. Qu'il ne faisait point de doute que quand Sa Sainteté aurait été informée de la vérité, elle lui ferait bien la grâce d'approuver sa conduite en ce point, qui avait reçu déjà l'approbation et le succès nécessaire à Paris sur ce sujet, et qu'il espérait que Son Éminence ne lui refuserait pas la justice de croire qu'il était plus à elle qu'à personne qui vécût' et avec plus de passion, etc. »
Il écrivit à un autre cardinal ce jour même, que « Son Émi-