‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 109 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

nence savait qu'elle était la personne du monde à qui il était le plus et à qui il avait le plus d'obligation et de confiance; qu'il savait ce qui s'était passé sur sa révocation, comme quoi il en avait parlé au pape à Cassel deux fois, au Père Pallavicini une fois, et deux fois à M. de Rospigliosi, et qu'il lui protestait qu'on ne lui avait jamais dit parole qui pût marquer qu'il eût déplu au pape en cette rencontre, quoi qu'il en eût parlé publiquement dans Rome six semaines avant que d'en partir. Que cependant il avait reçu le jour précédent une lettre de M. de Rospigliosi qui lui commandait de la part du pape de révoquer sa révocation, c'est-àdire de se perdre d'honneur, et de rétablir un irrégulier et un excommunié; qu'il en écrivait tout au long à M. le cardinal Barberin sur ce sujet, et que son secrétaire lui montrerait la lettre où il lui disait tout ce qui se pouvait écrire ; qu'il le conjurait de faire porter ses raisons au pape par le Père Pallavicini, qu'il savait si homme de bien qu'il ne refuserait pas un office digne de sa piété et de sa justice ; qu'il faisait réponse à M. de Rospigliosi dont il verrait aussi la copie. »

Ses raisons étaient sans doute assez fortes, et elles paraîtront telles à ceux qui les pèseront sans intérêt ; mais le crédit de ses ennemis dans Rome était encore plus fort en ce temps-là, et on prévoyait fort bien que, ne pouvant se résoudre à se couvrir de confusion en acceptant une humiliation si honteuse, on se délivrerait du reproche perpétuel que sa seule vue faisait au pape, en laissant sans protection un cardinal qui avait contribué plus qu'aucun autre à le faire monter sur le Saint-Siège.

Pour réponse à des lettres si pressantes, on* lui manda qu'il avait parlé à Ms"" Rospigliosi avec le plus de force qu'il avait pu, tant par ce qu'il devait à Son Éminence que par la considération de l'Église; que ce qu'il en avait tiré, s'il avait bien compris la chose, était que l'on n'approuvait ni la conduite de M. du Saussay, ni encore moins celle que Son Éminence avait tenue en le révoquant sans mettre en sa place des personnes qu'elle sût être agréables; que ce

l. Le mot 071 remplit à la copie le blanc laissé au ms. L'auteur de la lettre qui va suivre est ou le cardinal Barberin, ou plutôt le second cardinal à qui Retz s'était adressé, et dont Henuaut n'a pas rapporté le nom.

qui lui déplaisait le plus en tout cela (si néanmoins il avait bien compris la chose), [c'était] que malaisément il arriverait que Sa Sainteté appuyât l'autorité de Son Éminence, et la fit voir dans les résolutions qu'elle prendrait sur cette affaire; de sorte que si Son Éminence prenait le parti de députer pour son grand-vicaire l'un de ceux qui avaient été proposés parle roi lorsque M. du Saussay fut élu, il doutait qu'on en dût donner l'exécution à Son Éminence'; [qu'il] croyait avoir un juste sujet de craindre que Son Éminence n'eût exposé son église à un plus grand danger que jamais, parce que le Parlement était en état de s'en saisir; et que comme il possédait parfaitement toute cette affaire, il n'avait pas encore eu le temps de voir le soir précédent toutes les instructions qui lui avaient été données par son secrétaire ; mais qu'ayant répondu qu'il ne croyait pas que le Parlement eût pu s'en saisir, il lui avait répliqué que le roi le ferait par lui-même; qu'il y retournait le matin pour lui en parler encore après en être mieux informé, et ferait en sorte que Monsignor Rospigliosi donnât audience au secrétaire de Son Éminence, se réservant d'en parler luimême à Sa Sainteté s'il y trouvait quelque entrée.

Il lui mandait par un autre billet : qu'étant retourné parler à Monsignor Rospigliosi depuis qu'il avait su toutes les instructions, et s'être mis en état de posséder cette affaire, il n'y voyait pas d'entrée ni d'ouverture, parce que les autres n'avaient pas seulement formé leur résolution, mais même l'avaient prise autant qu'il pouvait conjecturer; qu'il croyait que la principale était que M. de Toul restât encore grand-vicaire, au défaut de quoi, ou parce que cela ne [se] pourrait faire, ou parce que cet évêque ne le voudrait point, il doutait qu'ils prissent un de ceux qui seraient nommés par le roi, comme si le pape se trouvait engagé parce que le choix que Sa Sainteté aurait fait d'un grand-vicaire n'aurait réussi qu'à l'égard d'un de ceux qui seraient nommés par le roi très chrétien ; que les ordres avaient été expédiés selon cet engagement, et qu'il serait inutile d'en parler; qu'il se pourrait faire qu'il se trompât en cela et qu'il le souhaiterait fort, mais qu'il croyait que l'affaire était en cette situation, si Dieu n'y remédiait par

1. Au tas. on trouve ici trois mots illiaibles. La copie a rétabli le sens.

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quelque événement miraculeux, comme il était arrivé autrefois.

M. le cardinal de Retz, trouvant une si grande préoccupation dans l'esprit du pape, ne pensa plus qu'à se retirer de l'Italie afin de n'être pas accablé par ceux mêmes dont il avait espéré la protection. Mais afin de le faire avec bienséance, il prit congé de Sa Sainteté par une lettre, et lui manda que « voyant tous les jours avec beaucoup de déplaisir la peste qui s'allumait dans toute l'Italie, et Sa Sainteté n'ayant pas jugé à propos de l'employer dans celle de Itome comme il l'en avait très instamment suppliée, il avait cru être obligé de sortir d'un pays où il se voyait inutile à toutes choses, et où la difficulté du commerce, qui se rendait plus grande de jour en jour, lui ôtait tous les moyens de songer aux besoins de son diocèse et à ceux de sa subsistance; qu'il ne doutait point que Sa Sainteté n'eût bien la bonté d'approuver ce dessein, dans la suite duquel il la suppliait très humblement de croire qu'il continuerait avec la même exactitude qu'il avait observée dans Rome à donner toutes les marques possibles d'une parfaite obéissance à Sa Sainteté et d'une fidélité inviolable au service du roi ; qu'il espérait en toute humilité les bénédictions de Sa Sainteté pour confirmer en lui la grâce qu'il demandait tous les jours à Dieu de ne rien faire dans ses persécutions qui fût indigne de la fermeté d'un véritable évèque ni de la soumission d'un sujet très fidèle et très passionné, et qu'il embrassait avec tout le respect qu'il devait les pieds de Sa Sainteté.

Dès que cette nouvelle de la retraite du cardinal de Retz fut sue en France, on commença à le craindre plus que jamais, et le cardinal Mazarin porta le roi à faire une ordonnance, datée du 14 de septembre, qui fut criée par les rues et affichée aux carrefours, pour le faire arrêter en quelque lieu du royaume qu'il se présentât.

Elle portait : que Sa Majesté ayant eu avis que le cardinal de Retz, connaissant que ses sollicitations et menées à Rome au préjudice de la France étaient inutiles, qu'il y était décrédité envers tous, et que Sa Sainteté même avait témoigné beaucoup de dégoût et de mauvaise satisfaction de sa conduite dont il avait découvert les fins en la révocation du sieur du Saussay de la charge de grand-vicaire en

l'archevêché de Paris; le dit cardinal, après avoir conféré avec les ministres et les partisans de la couronne d'Espagne en Italie des moyens de renouveler ses pratiques en France pour troubler l'état, et ayant conçu de grandes espérances d'y réussir sur ce qu'ils lui avaient fait entendre que le succès qu'ils avaient eu au [siège] de Valenciennes avait été bien plus considérable et plus avantageux pour eux que (grâces à Dieu) il ne s'était trouvé en efTet ; et que cet événement avait des suites qui ouvriraient les voies au dit cardinal d'exécuter tout ce qu'il voudrait entreprendre ; il était parti d'Italie et s'était mis en mer pour descendre en Provence et venir dans le royaume, travesti et comme inconnu. Qu'encore que Sa Majesté eût tant de confiance en la fidélité de ses sujets et particulièrement de ceux de sa bonne ville de Paris qu'?lle ne crût pas que la présence non plus que les factions d.t dit cardinal causassent la moindre altération en aucun lieu du royaume, ni tissent aucune impression sur leurs esprits, sinon pour les confirmer en la connaissance, qui était assez publique, des desseins du dit cardinal de rejeter la dite ville et l'État dans le trouble, et des artifices qu'il employait continuellement pour y parvenir; néanmoins, ne voulant rien omettre en une chose de cette conséquence, conseillée et fomentée par les ennemis de la dite couronne, et entreprise par un homme si remuant et audacieux, désirant aussi lui ôter tous moyens de surprendre et abuser ceux qui n'étant pas informés des volontés de Sa Majesté pourraient le recevoir, adhérer à ses persuasions et avoir commerce avec lui, Sa Majesté, conformément à son ordonnance du 20 août 1654, publiée lors de l'évasion du dit cardinal de Ketz du château de Nantes, ordonnait et enjoignait expressément à tous gouverneurs et ses lieutenants-généraux en ses provinces, gouverneurs de ses villes et places ou ceux qui commandaient en leur absence, maires et échevins d'icelles, gentilshommes et seigneurs des châteaux, et tous autres dans le pouvoir et détroit, juridiction ou seigneurie desquels le dit cardinal passerait ou séjournerait, de l'arrêter et tenir en lieu de sûreté, ou donner avis, conseil, aide et main-forte pour l'arrêter et le garder sûrement, jusqu'à ce qu'ayant averti Sa Majesté de sa détention, elle en eût autrement ordonné, à peine à ceux qui sauraient le lieu où il serait et le recelé--

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