LIVRE XV
Que ce cardinal témoignait à l'Assemblée qu'il avait su qu'elle avait nommé des commissaires pour examiner toutes les entreprises faites depuis quatre ans contre l'Église et contre ses droits ; que de sa part, il ne pouvait pas dissimuler son déplaisir de telles entreprises, et particulièrement de la détention du sieur Chevalier, à qui on ne pouvait imputer d'autre crime que d'avoir obéi à son archevêque, et qu'il ne pouvait douter que l'assemblée ne jugeât de l'importance de remédier à une action de cette nature, ce qui consistait à le remettre dans la fonction de sa charge de grand-vicaire, protestant jusqu'à ce de ne point choisir d'autres grandsvicaires ^entre ceux qui lui seraient nommés, puisque les canons et l'équité naturelle voulaient qu'il fût pleinement rétabli dans ses droits.
Qu'il disait ensuite que le prétexte que l'on prenait de saisir son temporel faute de prêter serment était nul aussi, ayant fait ce qui dépendait de lui pour le rendre au roi, et que même ce qui ne dépendait pas de ce serment, comme le revenu de ses abbayes et de son patrimoine, lui était retenu ; qu'il aurait pu employer son autorité spirituelle pour repousser ces entreprises ; mais que le respect qu'il avait pour l'Assemblée et le désir qu'il a toujours eu d'user des voies les plus douces l'avaient porté jusqu'à ce tempslà à suspendre l'usage des armes spirituelles, et qu'il avait cru devoir encore auparavant recourir à l'entremise de l'Assemblée, afin d'obtenir de la piété du roi la réparation de toutes ces entreprises, et protestait, quoi qu'il arrivât, d'essayer à soutenir sa dignité, et d'allier toujours les obligations de sa charge avec les devoirs de sa naissance et la fidélité au service de Sa Majesté.
Que sur la fin de sa lettre, il déclarait que, comme d'une part, il ne pouvait souffrir plus longtemps les désordres de S')n diocèse sans travailler à les réprimer par toutes les voies légitimes de sa puissance spirituelle, de l'autre aussi, quand on aurait fait raison à l'Église de tous les torts qu'elle avait reçus en sa personne, rétabli les curés, donné la liberté à ses grands-vicaires, laissé à l'église de Paris la liberté du commerce tout spirituel et tout innocent avec son pasteur, et rendu son revenu temporel, tant de son archevêché que de ses abbayes, on le verrait parfaitement disposé à prendre tous les tempéraments que l'honneur de
l'Église lui pourrait permettre afin de procurer une solide paiK à son diocèse, ajoutant que c'était ce qu'il ferait, autant par son inclination particulière que par le désir sincère qu'il avait de témoigner à l'Assemblée, en déférant à la sagesse de ses conseils, combien il était son très humble et très obéissant serviteur.
Qu'à l'endroit où on avait accoutumé de dater les lettres, il y avait ainsi : Du lieu de ma retraite, que vous jugez bien, Messieurs, que je ne dois pas nommer, le i 3 de septembre
La délibération de cette affaire fut remise au lundi 25 du même mois, mais ie clergé n'eut pas plus de chaleur pour les intérêts de l'Église qu'il en avait eu auparavant, ayant seulement résolu d'envoyer un de MM. les agents à la cour, pour voir Son Éminence et le prier de faire savoir à Sa Majesté que la compagnie avait différé à délibérer sur l'extrait de la lettre de M. le cardinal de Retz dont il lui porterait une copie, jusqu'à ce qu'elle lui eût fait part des choses qui y étaient contenues, et d'écrire à Son Éminence une lettre de créance, et donner à cet agent une instruction particulière.
Le mardi 26, M. de Narbonne, président, rapporta à la compagnie qu'à son retour de la cour il avait trouvé chez lui un paquet semblable à ceux que MM. les promoteurs avaient reçus, dans lequel il y avait une lettre de M. le cardinal de Retz adressée à l'Assemblée, et que puisqu'elle avait ordonné que les premières lettres seraient mises entre les mains de M. de Meaux et de MM. les autres députés de la province de Paris, il croyait qu'il devait aussi leur donner celle qu'il avait reçue; ce qu'il fît.
Il ajouta que dans le peu de temps qu'il avait été à la cour, le roi lui avait parlé de l'Assemblée et lui avait témoigné qu'il souhaitait qu'elle finît bientôt; que M. le cardinal Mazarin l'avait aussi prié d'assurer la compagnie qu'aussitôt qu'un courrier que l'on attendait tous les jours serait arrivé, Sa Majesté lui donnerait satisfaction touchant l'administration du diocèse de Pari?.